V. DES VOIES DIGESTIVES
De la correspondance de leurs anomalies et de celles du cerveau.
S'il n’est point de parties dans un corps organisé
( 266 ) l qu'elles ne soient engagées dans de mutuelles relations, ce ne peut être également et ce n’est point pour toutes dans le même degré. Parmi les systèmes le moins susceptibles de cette correspondance ou de cette sujétion réciproque sont, je crois, au premier rang, le cerveau et le canal intestinal. Qu'on interroge leur position respective, leur forme, leur composition ou leurs fonctions, on trouvera que ces organes ne sauraient différer davantage ; et qu'ils sont par conséquent, l’un à l'égard de l’autre, dans une sorte d'indépendance.
Cependant étendrions-nous cette conséquence aux cas monstrueux ? Nous venons de dire quelles sont chez les podencéphales toutes les anomalies du cerveau : nous en avons d’autres à faire connaitre au sujet des voies digestives. Les unes seraient-elles occasionées par les autres? Telle est sans doute une question assez délicate.
. Voudrait-on soutenir la négative? ona: à faire valoir, outre les raisons que fournit déjà l’indépendance des deux systèmes, qu'il n'existe de monstruosités qu’en vertu d'influences extérieures. Et, dans le vrai, plus nous avançons, plus nous avons sujet de nous convaincre qu'il n’y a pas de monstruosités sans l'intervention de brides émanées des membranes de l'œuf et dirigées sur le fœtus. Rien ne répugne en effet à ce qu'il'existe deux ordres de brides à part, les unes en tête et les autres en
queue, et, de cette manière, deux sortes de mons-
ruosités tout-à-fait indépendantes, quoique réunies lans le même individu.
Tout en convenant de la valeur de cette argunentation, il n’y aurait cependant pas à en conclure vec certitude que le podencéphale püt exister sans alhance de ces deux ordres de monstruosités. L’un 1e serait pas engendré par l’autre; voilà seulement € que prouverait l'indépendance des deux grands rganes. Mais les deux ordres de monstruosités Jeuvent reconnaître pour cause une seule et même ésion, et, parexemple, une déchirure du chorion, t l’extravasion des eaux de l’amnios : n'y ayant lus de fluide interposé entre le fœtus et ses enreloppes, et l’utérus conservant son action comressive, c'est là un état de choses favorable à des dhérences, et par conséquent à la production de rides en plusieurs points des surfaces en contact.
Cependant il est douteux qu’une seule bride uffise à fixer le fœtus au placenta, et il l’est daantage que le tronc y puisse long-temps demeurer ttaché par l’une de ses extrémités. Dans le petit ombre d'observations que nous avons recueillies cet égard, c’est le fait contraire qui est constant. 1 est de ces brides multipliées tout le long du dos hez l’anencéphale, et il en existe aussi plusieurs hez l’'hypérencéphale de répandues sur la tête et ur la plupart des viscères thoraciques. Les brides
en tête et en queue, dont nous avons retrouvé les traces sur le podencéphale, seraient donc nécessaires l’une à l’autre ; nécessaires, parce que lune manquant expose l’autre à se rompre de bonne heure : événement effectivement capable de faire avorter la monstruosité, en la restituant à l'action du nisus formativus, et en ramenant de cette manière le fœtus aux conditions normales. C’est sous ce point de vue que nous rattachonis les deux sortes de brides et par conséquent les deux ordres de monstruosités à un même fait, et que nous nous décidons à en regarder l'alliance comme obligatoire dans le podencéphale. Cette conjecture fondée, les caractères de notre monstre se composeraient tout aussi essentiellement des anomalies des visceères abdominaux que de celles du cerveau.
Cependant en quoi consistent ces anomalies ?
Nous ne craindrons pas de nous étendre sur ce sujet.
De la division du canal intestinal.
Les voies digestives, n'ayant été primitivement considérées que dans une seule espèce, et chaque circonstance de longueur et de grosseur ayant par-là offert un égal sujet d'intérêt, furent dès-lors divisées d'une manière fort arbitraire. Ce qu'on a imaginé à cet égard n’est pas même applicable à tous les
( 269 ) “es de l'espèce humaine, et s'applique bien moins ncore à notre enfant monstrueux,
Une division qui puisse satisfaire à toute la généalité de la question, c’est-à-dire rester indépenante des variations que la diversité des âges et des spèces peut à chaque pas faire naître, doit être baée sur l’ordre du développement successif des pares, et par conséquent sur le principe qui le donne Jujours à connaitre, le principe des connexions. Jans ce cas, nous ne nous occuperons ni de l’entasement des intestins n1 de leur superposition, qu’un efoulement plus ou moins efficace détermine au asard. Nous verrons le système intestinal dégagé e ses entraves, hors des cloisons qui le circoniennent, et, selon cette abstraction, étendu sur ne seule ligne.
La vésicule ombilicale, soit qu'elle se transforme ar allongement en un tuyau membraneux, soit qu’elle crée un tel tuyau au contraire par jet, à la nanière des cotylédons donnant la premiére tige l'un végétal, produit un premier intestin, qui dans quelques animaux disparaît avec elle, et qui dans autres acquiert de grandes dimensions. S'il dis- Jarait, il en reste quelques vestiges, comme dans ‘homme par exemple, où ce lambeau est connu ous le nom d’appendice vermiculaire du cœcum. De cette souche naissent deux autres tiges, dont une , après s'être diversement enroulée, finit par
(270 ) s'épanouir dans l'estomac, et dont l’autre, éprouvant le même entortillement, va se perdre dans une sorte de cloaque (1). Je décris un fait général, èt je m’éloigne de ce que donne lanatomie humaine pour me porter sur la conformation plus commune des familles mitoyennes. À une troisième époque de formation, comme font les bourgeons qui s’élancent de leur mére-branche, il naït de chaque bout un autre intestin. La tige de l'estomac se continue, et, allant s'ouvrir dans le pharynx, constitue proprement la voie nommée æsophage, tandis que le prolongement opposé et de même rang, non moins abondamment pourvu de fibres musculaires, devient le rectum. Celui-ci s'ouvre chez les ovipares’ dans une poche, le cloaque commun; comme l'œsophage dans le pharynx.
Devant me renfermer dans ce qui forme particulièrement le sujet de cet article, dans ce qui concerne spécialement le canal intestinal, je vois celui-ci, d’après ce qui précède, uniquement suscéptible d’une seule et essentielle division, savoir, en tntestin antérieur et en intestin postérieur (2). :
(x) En traitant plus bas de la subdivision du second tuyau intestinal , nous dirons ce qu'est cette poche.
(2) Oken (EÆsquisse d'un Système d’'Anatomie, etc., Paris, 1821) divise Les intestins en trois parties; en pharynæ, intestin-
grêle et intestin-gros. Les noms d’anticæcal et de post-cœcal
Je fonde cette division sur une limite naturelle, ur un point d'intersection qui ne dépend ni du rolume, ni du plus où moins de séjour des matières limentaires dans les intestins; toutes choses qui vexercent qu'une influence secondaire, mais qui ’exercent cependant avec assez d'efficacité pour aire varier la longueur et le diametre des autres subdivisions du canal intestinal.
Cela posé, je considère le canal alimentaire comme naturellement partagé en deux intestins tres-disincts, savoir, premièrement, depuis la fin de Poœæsophage jusqu’à l’origine du cœcum, et secondement, depuis l’extrême pointe de celui-ci jusqu’au rectum:
Du cœcum en général.
Il est évident, d'après ce qui vient d’être dit, qu'en faisant dépendre une règle générale de la situation du cœcum, nous n’entendons accorder qu'à cêtte circonstance, et non au cœcum lui-même comme érigé en un intestin particulier, tout l'intérêt de cette observation. Cependant il y avait déjà sur ce sujet quelque chose de convenu. T’anatomie comparée, dressant des tables de rapport de toutes les parties du canal alimentaire chez les différens
Séraient préférables. Mais doit-on se permettre de créer un
adjectif quand la langue ne manque point d’équivalent ?
(272 ) animaux, à eu aussi recours à la considération du cœcum: pour lui servir de point de partage : mais elle a en même temps accordé au cœcum une existence à part; elle l'a élevé au rang d’un intestin particulier. Je présenterai sur cela quelques observations.
Le seul point du cœcum qui véritablement importe à ces recherches est le lieu où il s'ouvre, et où 1l verse dans l’intestin antérieur. Il est la mèrebranche qui pousse un rameau latéral, tout en continuant de fournir à son propre accroissement. On y remarque une nodosité qui prend en dedans le caractère d’une valvule, ou plutôt ce sont deux tuyaux, dont l’un est enté sur l’autre. Mais d’ailleurs le cœcum, comme on l'entend, n’a point en luimême de caractère distinct, et par conséquent il ne saurait être considéré comme un organe particulier. Sa continuation sans la moindre altération avec le tube qu’il précède, sa textureetsa fonction, qui sont les mêmes, tout indique qu'iln’est qu'une partie de ce qu’on appelle le colon ou le gros intestin chez l’homme (7).
*# \ (1) Je lis dàns le troisième volume des Leçons d’ Anatomie comparée ; page 467, le passage suivant : « Dans tous les mam= «imifères qui n’ont qu'un cœcum, celni-ci ne semble qu'un « prolongement du gros intestin, que le grèle laisse en-decà de
« son insertion avec ce dernier. »
( 275 ) Ce quimérite defixer sur lui l'attention, c'estdonc moins sa propre condition que la manière, dont il s’abouche avec l'intestin antérieur. Et.en effet l'anostomose des deux parties intestinales a-t-elle lieu bout à bout? puisque le cœcum n’est au fond que le commencement de l'intestin postérieur, cette circonstance na d'inconvénient que de ne pas marquer assez fortement la soudure dé l’un avec Vautre. On dit des animaux qui présentent ce caractère qu'ils manquent de cœcum. Ou bien le premierintestin est-il abouché avec le second ar côté? une portion plus ou moins considérable de celui-ci fait saillie, c’est-à-dire tout ce qui existe en deçà du point d'insertion. Ce rameau latéral, de ce qu'il forme un coude sans issue, un tuyau aveugle, a recu le nom particulier de cæcum. Vous pouvez par-là juger comment fut imaginé ce nom dans l'origine. Mais voyez comme, à son tour, la nomenclature gouverna, comme elle entraina les esprits ! On crut à l'existence d’un organe tout-à- fait indépendant, et l’on en voulut connaître toute la valeur. On vint à remarquer chez les animaux herbivores que cet excédant du gros intestin offrait à la fois une longueur et un diamètre con- Sidérables. On rechercha quelles pouvaient être les fonctions d’une portion aussi étendue et aussi bien circonscrite. Et d’après le principe emprunté à la doctrine des causes finales, qu'il n'existe rien dans I, Ro
( 274 ) l'organisation qu’on n’y doive trouver en même temps une attribution préfixe, une utilité à y appliquer,on se permit les conjectures les plus bizarres, qui allèrent jusqu’à supposer que lé cœcum était une poche disposée pour un genre particulier de rumination (1).
Ainsi donc, si je ne m'abuse, le cœcum n'aurait pas toute l'importance qu'on y a jusqu’à présent attachée : en sorte que les naturalistes, qui en avaient pris d'abord une autre opinion, sur la remarque que le cœcum est petit ou nul chez les carnassiers, et tout au contraire ample à l'excès chez les herbivores, seront forcés d'abandonner ce rapport, comme ne donnant lieu à aucune règle précise.
C’est dans les rongeurs que sont les cœcums les plus volumineux; et l’un des principaux genres de
(x) Un docteur en philosophie des universités d'Allemagne eut cette idée singulière. Il me faisait l'honneur de suivre mon cours de zoologie au Jardin du Roi, et il y avait été frappé de la simultanéité, chez la plupart des mammifères, des conditions du cœcum et de celles des organes de la mastication. Il crut: pouvoir expliquer ces relations en attribuant un nouvel emploi au cœcum, celui de la panse chez les ruminans. Des lapins quil avait apprivoisés lui paraissaient rendre des déjections d’une nature particulière, qu’ils reprenaient , remâchaient et avalaient de nouveau. L'auteur, dès son arrivée en Allemagne, devait publier ces idées. À
cette famille, celui des loirs, en est privé. La plupart des plantigrades, les ours, les ratons, les hérissons, les musaraignes, les taupes, etc., tous animaux omnivores, n’en ont point, quand les espèces le plus décidément carnassières , les lions, les panthères, les loups, les hyènes, les genéttes, les phoques, etc., en sont pourvus.
Le fait général qui avait séduit les naturalistes était que le cœcum grandissait comme augmentait dans les animaux leur disposition pour la nourriture végétale, et diminuait selon qu'ils avaient un goût plus déterminé pour la chair. Mais il fallait faire cette distinction; cette variation de volume n'est point un fait spécial au Coœcum : il n’est point un organe sui géneris, un petit intestin accessoire, ainsi qu'on s'exprime sur lui en anatomie humaine. Mais, comme portion d’un autre, il prend sa part des modifications imposées à ce principal intestin, c’est-à-dire à celui dont il forme la tête.
En sa qualité de partie détachée, située en dehors de l’anastomose des deux sortes d’instestin, ses variations ne suivent nullement la loi qu’on avait cru y reconnaitre. Nous pourrions en alléguer bien d’autres preuves que celles déjà ci-dessus données ; car le cœcum ne marque nulle part à la rigueur: Sa variation ne s'établit que sur le lieu où s'insère l'intestin antérieur : ou il offre une saillie de dix, vingt, quarante ou cinquante centimètres,
(276 ) ou il est.intercallé et non apparent entre les deux intestins.
Mais, au surplus, l’observation que les naturaralistes ont voulu particulariser au cœcum reste vraie, ramenée sur toutes les voies digestives: il est certain que le canal alimentaire est étroit et court chez les carnassiers, ample et long au contraire chez les herbivores.
Pour ne pas faire de cet article un épisode hors: de proportion avec l’intérêt du sujet, jomets plusieurs autres considérations recueillies dans -les livres d'anatomie comparée. Le peu que: j'ai: dut autorise sans doute à regarder comme élevé à la généralité ce fait, quil existe sur la longueur du canal intestinal un point d’intersection par lequel l'intestin se trouve naturellement , chez tous les. animaux vertébrés, divisé en deux parties. Je réf viens au podencéphale.
Des anomalies du canal intestinal.
. Pour obtenir, dans l'esprit de. ces recherches, les faits et les rapports que peuvent donner:les: portions intestinales du podencéphale;;nous com parerons ces parties non-seulement à leurs ana logues dans un fœtus humain de son âges; mais:de: plus à celles de même ordre chez un st) ue.
galinacé et un:oiseau de proie, 45 1: 15 9b
Longuèéur du canal intestinal, savoir, 1° de la Jusqu'au point où cette portion s’abouche dans le cæœcum (1), et 2° de la partie postérieure, dépuis
et y compris le cœcum jusqu'à sa terminaison.
e s INTESTIN | INTESTIN ESTOMAC COECUM Mesures en mètres, prises, ni is antérièur. {posténèur.| à part. à pärt.
savoir : P P P
Sur le podencéphale. . . . 0,0 { 0,052
— un fœtus humain normal
ét'Altennre. 7 0, à 6,08 | 0,055 un pins. Cuire 0,30 |-0,750 — une poule. . . . : : .. 0,0 | 0,190 —uné buse. . . . . . .. 6,03 | 6,005
L’intestin, répandu de l’estomac au cœcum, est chez le podencéphale à peu près d’un cinquième plus court que dans le fœtus normal. Notre tableau donne par approximation les rapports suivans : L'intestin antérieur est au postérieur comme l'unité est à 2 dans le lapin, à 3 dans la poule, à 4 dans le podencéphale, à 5 dans l'enfant normal, et à 6 dans la buse.
L’estomac du monstre participait davantage que D ————— La (1) C’est du cœcum, comme on l’a défini jusqu’à ce jour, et
non de la poche cœcale, qu’il s'agit dans ces mesures.
l'intestin gréle au raccourcissement général, et surtout y participait plus en largeur qu’en longueur. Son plus grand diamètre était de deux centimètres, c’est-à-dire d’un sixième au-dessous de celui que donne l'estomac d’un fœtus à terme. Sa plus grande largeur commençait vers le cardia, et sa diminution avait ensuite lieu graduellement. Sous sa nouvelle forme, il présentait l’aspect d’un cœcum de rongeur.
L'intestin antérieur n'avait de remarquable que d’être de toutes manieres plus petit que dans l’état normal.
Il en était tout autrement de l'intestin postérieur : rien à son aspect ne rappelait celui d’un fœtus humain nouveau-né. Ce n’était plus un tuyau vague, préparé, comme on le croit, dans un esprit de prévision, et n’existant chez le fœtus que pour ne prendre d'activité que dans la vie de relation. Cet intestin avait acquis d’aussi larges dimensions que chez les animaux herbivores, et il annonçait, par la quantité et la variété des substances dont il était rempli, qu'il n’était pas moins susceptible de ressort et de facultés. Le cœcum, qui surpasse ordinairement le colon en volume, présentait une proportion inverse ; ou plutôt, resté dans sa grosseur! habituelle, c'était le colon quiavait pris une plus forte extension : presque partout large de quatre centimètres, il ne décroissait jamais au-dessous de trois.
… Mais cela même était peu de chose en comparaison de l’avant-dernière portion intestinale. Je l'ai fait représenter, pl. VI, fig. 8, comme elle s’est offerte à l'ouverture de l’abdomen, et sans qu'il ait été nécessaire de la gonfler en la soufflant. Cette figure est donnée, réduite à moilié de grandeur naturelle. Sa longueur de a jusqu’en à est de treize centimètres, et sa largeur de six. Tout ce qui tient à la composition de cette poche participe à son excès de volume : ainsi les vaisseaux répandus à sa surface ont leur calibre augmenté dans une raison proportionnelle.
Au delà était enfin une dernière portion d’intestin, d'une texture, d’une composition et d’une épaisseur bien différentes; allant se perdre sur la vessie, il importait de savoir de quelle façon. On en a donc fait l'ouverture, et c'est cet intestin fendu qui se voit, lett, s. La membrane interne était làche et longitudinalement plissée : elle se trouvait revêtue d’une forte couche musculaire, dont les fibres, disposées pour la plupart annulairement, ne pouvaient se contracter sans faire de ce bout d’intestin un long sphincter.
Des substances contenues dans les intestins.
Les substances contenues dans l'intestin postérieur n'étaient point seulement remarquables par
leur quantité, mais de plus par un caractère pärticulier, comme de différer de consistance et de forme au fur et à mesure qu’elles avaient chéminé dans Vintestin. C'était, dans le cœcum et dans le commencement du colon, de la matière fécale disposée par petits grains et rendue liquide par un mucus abondant, dans lequel cette matière, ainsi divisée, sé trouvait baignée et comme dissoute. La couleur dé ce brouet était verdâtre. Plus loin les petits grains se réunissaient, et formaient par leur association de petites balles, qui devenaient d'autant plus consistantes qu’elles étaient chacune moins entourées de mucus. Enfin, l'assemblage de ces matières continuant de plus en plus d’avoir lieu, | c'était, au devant et dans la grande poche terminale, de plus grosses boulettes stercorales.
Ici un événement inattendu arrête nos regards. Ce n'est point uniquement par une accumulation de ces boulettes fécales que sout remplies et l’extrémité du colon et la grande poche qui le suit: ces boulettes n’occupaient dans la première partie qu'ün quart, et dans la seconde qu'un vingtième de la capacité de cet intestin. Ce qui remplissait le É surplus de cette capacité était du z2ucus, dans un. état plus liquide au commencement de l'intestin, et au contraire d'une certaine consistance dans la graude poche. Cette consistance, dont l'état trém: blotant de la gélatiné peut donner une idée, pros
(8 )) curait au mucus une forme si décidée, que cela allait jusqu’à présenter le caractère de l’organisation: C’étaiént dés colonnes, charnues en apparence, naissant de principaux troncs et se subdivisant en plus petits rameaux, comme la cime des arbres. Ces parties, jouissant de cette sorte d’organisation, étaient engagées dans la masse commune, soit à leur naissancé, soit à leur terminaison. Il en existait plusieurs paquets dans une situation parallèle. Ceux-ci gardaient le même parallélisme à l'égard de lintestin, les plus petits rameaux se dirigeant du côté du rectum.
Chaque groupe de colonnes renfermait au dedans de sa cime rameuse un noyau qui, il ne peut être absolument qualifié de moule préparateur de cet
épanouissement, devait très-certainement du moins avoir contribué à cet arrangement comme support et peut-être comme absorbant. Ces noyaux sont les boulettés stercorales dont j'ai parlé plus haut. Elles étaient contenues sans avoir contracté d’adhérences ; car, extraites de leurs cellules, elles conservaient leur poli, ainsi que le faisaient les surfaces élles-mêmes étendues sur elles. Les couches externes des colonnes de mucus paraissaient tenir du caractère des membranes, et leur detisité provenir d'une évaporation de parties fluides : enfin leur demi-transparence, leur blancheur tirant sur Île cendré, et leur faible ténacité, rappelatent tont:à-
fait les paquets musculaires des seiches, et généralement des molusques testacés.
Cependant, pourrait-on objecter, ces matières \ parvenues à ce degré de consistance et d’organisation, étaient-elles réellement du mucus? Je n’en puis douter : j'ai cherché, et je n’ai pu réussir à les coaguler. M. Chevreul a bien voulu aussi les examiner, et les a bien décidément reconnues pour mucus.
Des subdivisions de l'intestin postérieur.
Ces faits établis, j’examine maintenant à quoi peuvent correspondre les subdivisions de l’intestin postérieur. Des trois parties principales que j'y ai reconnues, l’une, dont le cœcum n’est que le couronnement, répond évidemment au colon. Pour prononcer sur l'intermédiaire ou la grande poche a-b, et pour faire voir qu'elle est simplement une dilatation de la première, s'y montrant toutefois avec un caractère et une destination propres, Je recourrai à ma méthode de détermination, dont je n’ai jamais inutilement employé la coopération. Je me porteraisur les analogues de cette organisation, élevés au maximum de composition, et dans lesquels par conséquent je pourrai voir chaque partie sans constriclion, avec un développement intégral, et donnant ainsi distinctement ses conditions indtviduelles.
C’est chez les herbivores que sont les intestins les plus volumineux : ce qui n’existe pas chez eux sans y produire une différence caractéristique des familles. Ainsi la multiplicité des surfaces intestinales forme la considération distinctive des animaux aux quatre estomacs ou des animaux ruminans quant à la partie antérieure du canal alimentaire, et devient celle au contraire des solipèdes et des rongeurs quant à la postérieure. Sur cette réflexion et sans autres tâtonnemens, Jarrive ainsi sur les êtres qu'il m'importe d'examiner comme offrant une organisation portée au z7aximum de développement dans le point et relativement à la question dont je suis préoccupé.
Les secondes voies intestinales, les seules dont la grande poche a-b du podencéphale nous fasse désirer la détermination, présentent donc de trèsgrandes dimensions. Examinons-en les subdivisions, puisque leur grandeur respective les prive de se resserrer, et que, les mettant, malgré leur continuité, dans une indépendance entiere, elle va nous les faire apparaître avec des formes et par suite avec des fonctions distinctes.
Les connexions sont naturellement données, lorsque l'intestin est détaché du mésentère et disposé sur une seule ligne : il n’est besoin que de reconnaître les points d'intersection, entre lesquels on puisse apercevoir des portions intestinales de
( 284) structures et de diamètres différens. Ayant comparé de cette manière l’intéstin post-cæcal d'un bœuf, d’un cheval et d’un lapin, voici les faits généraux que cette observation m'a donnés.
J'ai distingué un premier segment encore plus à son ampleur qu’à sa disposition en cul-de-sac. Ce n'est point uniquement le cœcum, comme on l'à défini jusqu’à présent, c’est-à-dire le prolongement du gros intestin que l'intestin grêle laisse en decà du point où ils s’abouchent ensemble : c’est une poche tres - parfaitement limitée, se composant, 1° du cœcum, selon l’ancienne définition, et 2° d’une autre partie d’égale étendue, placée de l'autre côté de l'intestin gréle; c’est, dis-je, une poche cæcale, dans le centre de laquelle Pintestin grêle va s'insérer. (
Après vient un second et plus long segment, le plus gros des intestins, d’un diamètre de beaucoup moindre cependant que la poche cœcale , laquelle, comme celle de l'estomac à l'égard de l'intestin anticœæcal, devra toujours être examinée séparé- | ment. Ce second segment est remarquable par des étranglemens égaux et nombreux. Nommons-le canal bosselé.
LA troisième portion éstunie et étroite : c'est une sorte d’initestin grêle. | La quatrième se distingue au contraire à son renflement considérable ; elle forme dans le cheval
( 285 ) ie une poche en proportion aussi volumineuse que celle du podencéphale.
Et la cinquième enfin est le rectum, qu’on reconnait à sa tunique musculaire.
Ces portions intestinales offrent des conformations trop tranchées, pour que les fonctions n’en soient pas de même très-différentes. Si vous examinez le degré d'élaboration des matières contenues dans ces intestins, vous les trouvez excrémentitielles au premier degré, c’est-à-dire délayées et liquides dans la poche cœcale : car, à peine entrées dans le cœcum, elles développent tout à coup ce caractère. En y regardant attentivement, on les voit composées de petits grains roulant les uns sur les autres, moins encore parce qu'ils tiennnent cette disposition de leur forme arrondie, que parce qu'ils sont baignés dans un mucus abondant.
Ce mucus est absorbé dans le canal suivant, que ses étranglemens font apparaitre comme une série de petits moules sphéroïdaux : tout ce qui se porte dans ces secondes voies y est retenu quelque temps, et commence à S'y transformer en boulettes d’une | certaine consistance.
Le troisième segment s’en tient à être un canal d'écoulement.
| Les boulettes stercorales parviennent de là dans | la quatrième partie plus évasée, dans une sorte de
grande vessie, où elles attendent, pour leur expulsion, comme l'urine dans la vessie urinaire, que ce réservoir soit entièrement rempli. +
On sait enfin ce que ces matières deviennent après avoir été refoulées dans le cinquième et dernier segment intestinal, le rectum.
Craignant de me laisser entrainer dans de trop longues digressions, je n’essaierai point de retrouver dans le podencéphale ces divers segmens. Je ne m'étais proposé que la recherche du caractère et de l'emploi de l'avant-dernier. Or, des considérations, qui précèdent, je crois pouvoir conclure que la grande poche qui termine le colon du podencéphale a son analogue trouvée. Si dans les bœufs et Les lapins on peut la méconnaitre à la rigueur en voyant cette quatrième portion intesti-
nale étendue en longueur, 1l n’en est pas ainsi du vaste réservoir que montre l'intestin du cheval : sal situation indique son usage. Ainsi le quart inférieur. du colon est une véritable poche, une sorte de ré! servoir à part, où les matières fécales sont recueils | lies (r) jusqu’à ce que lexcès de leur accumulation
mm tement
(1) Le célèbre professeur, M. le docteur Richerand, a déja | attribué ce même usage à tout le colon. « Les gros intestins, | « dit-il dans l'ouvrage devenu classique qu'il a donné sur là « physiologie, peuvent être considérés comme une sorte dé ré-
«servoir destiné à contenir pendant un certain temps le résidu |
\ ( 487 ) provoque leur expulsion. De la monstruosité à l’état normal, il n’y a dans le vrai qu'une différence de grandeur. Le réservoir stercoral est plus allongé (il forme la moitié du colon) chez l’homme régulier; et, si chez le podencéphale c’est une beaucoup plus grande capacité, absolument parlant, l’accumulation du mucus explique cette différence : car, où les contenus ne discontinuent pas d’abonder, s'ils sont d’ailleurs privés d’être rejetés en dehors, il est de toute nécessité que les contenans s’agrandissent (1).
Le dernier segment intestinal s du podencéphale est d’une détermination trop évidente, pour que nous jugions nécessaire de nous y arrêter longtemps. À son caractère de dernière portion, à son insertion sur le colon, aux plis longitudinaux de la membrane interne, et à l'épaisseur de sa tunique musculaire, on reconnaît le rectum. Fi
Nous traiterons dans le septième paragraphe de son mode de terminaison.
« excrémentitiel de nos alimens solides, afin de nous soustraire « à lincommodité dégoûtante de le rendre sans cesse. » Voyez Nouveaux Élémens de. Physiologie, 8° édition, t. 1, p. 254. (1) Dans un enfant mort-né à la suite d’une imperforation de Janus, Salomon Reïselins vit l'intestin colon fort enflé et rempli de beäucoup de matières noirâtres, qui y étaient renfermées comme dans un sac. Voyez Collection académique, partie étran-
gere, tom. 7, p.607. : +
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