‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 21 sur 153 · DO MÉPRIS DES INJCRES · texte numérisé non relu

DO MÉPRIS DES INJCRES

Il serait à souhaiter que les philosophes modernes, sourds aux cris de l'envie, et connaissant mieux le prix et la douceur du repos, suivissent l'exemple du sage Fontenelle; se fissent, comme lui, un système de bonheur indépendant des opinions et des jugements du vulgaire et se dissent froidedement : « Je n'ai jamais lu aucun des ouvrages de mes ennemis; je n'ai ni le droit de les mépriser, parce que j'ignore s'ils ont du talent, ou s'ils en manquent; ni celui de les haïr, puisqu'ils ne m'ont pas fait le moindre mal, puisqu'ils ne m'ont pas donné un instant d'humeur pendant le jour, ni un quart d'heure d'insomnie pendant la nuit. Où en serionsnous, si des hommes pervers pouvaient rendre faux ce qui est vrai, mauvais ce qui est bon, laid ce qui est beau? Le vrai, le bon et le beau forment à mes yeux un groupe de trois grandes figures, autour desquelles la méchanceté peut élever un tourbillon de poussière qui les dérobe un moment aux regards des gens de bien ; mais, le moment qui suit, le nuage disparaît, et elles se montrent aussi vénérables que jamais. Si j'ai raison, il est inutile que je me défende ; si j'ai tort, ma défense ne me donnera pas raison. Je me suis fait un oreiller sur lequel il est difficjle de troubler mon repos :

et qui est-ce qui sait mieux que moi ce qu'il faut que je me dise et ce qu'il faudrait que je fisse pour me rendre meilleur? » {Essai sur les règnes de Claude et de Néron.)

XVIÏ

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