‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 3 sur 153 · Voir le passage entier, page · texte numérisé non relu

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NOTICE. Vil

ou bien :

« On ne me vole point ma vie, je la donne '. »

« Je n'ai jamais regretté le temps que j'ai donné aux autres. Je n'en dirai pas autant de celui que j'ai employé pour moi2. »

Enfin il se justifiera par des raisons faites pour attendrir et désarmer les plus sévères :

« Un plaisir qui n'est que pour moi me touche faiblement et dure peu. C'est pour moi et pour mes amis que je lis, que je réfléchis, que j'écris, que je médite, que j'entends, que je regarde, que je sens. Dans leur absence, ma dévotion rapporte tout à eux. Je songe sans cesse à leur bonheur. Une belle hgne me frappe-t-elle, ils la sauront. Ai-je rencontré un beau trait, je me promets de leur en faire part. Ai-je sous les yeux quelque spectacle enchanteur, sans m'en apercevoir, j'en médite le récit pour eux. Je leur ai consacré l'usage de tous mes sens et de toutes mes facultés, et c'est peut-être la raison pour laquelle tout s'exagère, tout s'enrichit un peu dans mon imagination et dans mon discours : ils m'en font quelquefois un reproche, les ingrats!... »

{Salon de 1767.)

Avec cette ingénuité imprudente et inaltérable du vrai philosophe qui ne veut pas croire au mal, parce qu'il est incapable d'en faire ; aux persécutions, parce qu'il est le plus Inoflfensifdes hommes, lorsque Voltaire, moins candide et plus inquiet, lui écrit de Genève qu'il est temps de fuir pour se mettre à l'abri des rigueurs du Parlement, il répond par un refus formel, et entre autres raisons nobles et touchantes, il donne celle-ci :

« Je me lève tous les matins avec l'espérance que les méchants se sont amendés pendant la nuit... Et comment voulez-vous que celui qui n'en veut à personne s'imagine, sous ses tuiles, où il s'occupe de se rendre meilleur, que des bourreaux attendent le jour, pour se saisir de lui, et le jeter dans un bûcher ^ ? >>

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