DE LA BIUÈVETÉ DE LA VIE
« La vie n'est courte, dit Sénèque dans son traité de la Brièveté de la vie, que par le juauvais emploi qu'on en fait. «
On ne lit point ce traité sans s'appliquer à soi-même la plupart des sages réOexlons dont il est parsemé. Un liomme de lettres se plaignait de la rapidité du temps. Un de ses amis, témoin de ses regrets, et sachant d'ailleurs combien il était prodigue du sien, l'interrompit en citant ce passage de Sénèque : Tu te plains de la brièveté de la vie, et tu te laisses voler la tienne. « On ne me vole point ma vie, répondit le philosophe; je la donne ; et qu'ai-je de mieux à faire que d'en accorder une portion à qui m'estime assez pour solliciter ce présent? Quelle comparaison d'une belle ligne, quand je saurais l'écrire, à une belle action ? On n'écrit la belle ligne que pour exhorter à la bonne action, qui ne se fait pas; on n'écrit la belle ligne que pour accroître sa réputation , et l'on ne pense pas qu'au bout d'un nombre d'années assez courtes et qui s'écoulent avec rapidité, il sera très indifférent qu'il y ait au frontispice de la Pétréide Thomas, ou un autre nom ; on ne pense pas que le point important n'est pas que la chose soit faite par un autre ou par soi, mais qu'elle soit faite et bien faite par un méchant même ou par un homme de bien; on