‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 5 sur 153 · NOTICE. IX · texte numérisé non relu

NOTICE. IX

...Quel était le talent de cet homme qui, en face de génies bien supérieurs à lui, exerça beaucoup d'empire sur son temps et en conserve sur la littérature du nôtre; écrivain remarquable, dont la verve ne resta pas accablée sous les in-folio de l'Encyclopédie, ne parut pas diminuée par tant d'emprunts qu'on lui faisait sans cesse, ni desséchée par l'aridité des études techniques, ni dissipée dans la stérile agitation des entretiens ; mélange du sophiste et du philosophe, du déclamateur et du savant; corrupteur de la morale avec une sorte d'effusion de cœur et de bonhomie, corrupteur du goût avec une éloquence remplie parfois de vigueur et de simplicité?...

Il est deux genres de composition où Diderot a vraiment excellé, où il a été original et judicieux, nouveau et vrai. Le premier de ces genres, quel nom lui donnerai-je? Je ne sais. Ce sera, si vous le voulez, le conte moral, mais non pas mondain et fardé comme celui de Marmontel, le conte moral, bourgeois, populaire, le récit familier, les Deux amis de Bourbonne ', par exemple, cette histoire touchante où tout est si rude et si simple... Cela était nouveau dans notre langue. C'est l'abondance de détails, l'exactitude pittoresque et sensible de Richardson*, avec une expression plus serrée, plus nerveuse. Personne n'a mieux conté dans le xviii^ siècle, non, pas même Voltaire...

Je reviens à un autre genre, la critique littéraire, où il a porté parfois une sorte d'invenMon aussi rare que piquante, et jeté, en courant, de petits chefs-d'œuvre. Ce n'est pas que là aussi Diderot n'ait été fort inégal, et, par moment, faux et de mauvais goût. Il a surtout contribué à donner aux jugements littéraires cette chaleur extatique, cet engouenient fantasque, ces emportements d'admiration ou de dédain, souvent éprouvés ou affectés depuis, et qui ne sont pas la vraie éloquence du genre, celle dont Cicéron, Fénelon, Voltaire ont animé la critique. Diderot, dans ses écrits, ressemble toujours à un homme de talent et d'humeur qui im-

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