‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 6 sur 153 · Voir page · texte numérisé non relu

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provise. Il y a beancoup à rabattre de ce qu'il dit, beaucoup à retrancher; mais il y a déjà le fond et la forme, la sagacité, la vivacité et le hasard heureux de l'expression...

Diderot est un critique supérieur, bien qu'il manque souvent d'une exacte justesse. Mais il sent ce qu'il juge; il analyse avec éloquence. Son imagination se colore de celle d'autrui ; il prend le langage et l'accent des choses qu'il veut louer. Vous le croyez emphatique et déclamateur, c'est qu'il dissertait sur Sénèque. Mais lisez quelques pages qu'il a écrites sur Téreuce ' ; on n'est pas plus simple, plus élégant, plus net; on n'a pas plus de goût. Térence l'a frappé, il en conserve l'image, comme un œil irritable, qui s'est fixé sur une vive et distincte couleur, en garde l'empreinte et la porte quelque temps en soi...

Dans l'ordre moral, Diderot ne saurait être trop blâmé; car il a fait servir au ravalement de l'homme la chaleur môme de l'imagination et de l'éloquence. Sous le rapport du goût, il ne pèche pas moins, comparé surtout à Voltaire; c'est Diogène au lieu d'Aristippe. Là où Voltaire a passé, jetant quelques traits libres, Diderot professe longuement la corruption. Sa licence môme devient doctorale et déclamatoire. Il a donné l'exemple funeste de se passer à la fois de raison et de pudeur ; et par là, si son nom et son talent doivent vivre, sans cesse on doit protester contre l'erreur de ses principes et la contagion de sa parole. »

(ViLLEMAiN, Littérature au dix-huitième mde.)

«Diderot, c'est le paradoxe. C'est pour cela qu'il est si cher à une certaine classe de lettrés, outre son désordre, dont l'attrait n'est pas médiocre pour les gens qui ne goûtent pas l'ordre. Il a été toute sa vie l'homme qui conseillait à Rousseau de tourner contre les Lettres la déclamation qu'il avait préparée pour leur défense. 11 aimait la vérité sans la res-

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