‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 7 sur 153 · NOTICE. XI · texte numérisé non relu

NOTICE. XI

pecter, comme une maîtresse, avec l'infidélité en projet. Les zélés qui, un ces derniers temps, ont parlé de remplacer les Pères par les auteurs païens, ne se doutent guère que l'idée était venue à Diderot de mettre aux mains des enfants de dix à onze ans des extraits des Pères, « comme ayant autant d'esprit que les plus beaux esprits d'Athènes et de Rome. » — Et, poussant sa pointe, il voulait qu'on fît argumenter les enfants de douze ou treize ans sur les preuves métaphysiques de la religion. — Type du décousu, de la témérité, se permettant tout, môme la raison et la vérité, agité de tous les souffles du temps, sans lest, point incapable de bien, pourvu qu'il n'y fallût que le premier mouvement, faisant le mal avec l'étourderie de l'enfant qui lapide une statue, il y aurait autant de duperie à l'admirer qu'à lui demander, comme La Harpe, au nom de la religion, de la morale et du gotlt, un compte pédantesque de tous ses paradoxes. «

(D. NisARD, Histoire de la littérature française.)

« Cet homme excellent, cordial, élevé, chaleureux, ce critique si animé, si ingénieux, si fin, et qui a par-dessus tout la manie de prêcher les mœurs, ne sait pas, en présence d'un objet d'art, se contenter d'élever et de fixer notre idée du Beau, ou de satisfaire même notre impression de sensibilité : il fait plus, il trouble un peu nos sens. Aussi, par moments, quand vous lui voyez au front un reflet du rayon de Platon, ne vous y fiez pas, regardez bien, il y a toujours un pied du satyre...

Diderot, dans ses Salons, a trouvé la seule et vraie manière de parler aux Français des Beaux-Arts, de les initier à ce sentiment nouveau, par l'esprit, par la conversation, de les faire entrer dans la couleur par les idées. Combien, avant d'avoir lu Diderot, auraient pu dire avec M™* Necker : «,Je n'avais jamais vu dans les tableaux que des couleurs plates et inanimées; son imagination leur a donné pour moi du relief et de la vie ; c'est presque un nouveau sens que je dois à son génie. •

On a de Diderot de petites pièces volantes, de petits récits, des contes, des boutades, qu'on s'est accoutumé à appeler des chefs-d'œuvre. Un chef-d'œuvre! il y a toujours un peu de complaisance à employer ce mot avec Diderot. Le chefd'œuvre proprement dit, la pièce achevée, définitive, complète, où le goût donne la mesure du mouvement et du sentiment, n'est pas son fait : la qualité supérieure, partout diffuse chez lui, n'est concentrée nulle part, nulle part encadrée et nettement rayonnante. Il est bien plutôt l'homme de l'esquisse. Dans les petits morceaux faits exprès, tels que VEloqe de Rirhardson * ou les Regrets sur ma vieille robe de chambre ^, il a bien de la grâce, des pensées heureuses, des expressions trouvées; mais l'emphatique revient et perce par endroits , l'apostrophe me gale le naturel. Il y a, par-ci, par-là, des bouffées d'emphase.

Là où Diderot réussit tout à fait bien et naïvement, c'est quand il ne se prépare point, et quand il ne vise à quoi que ce soit, c'est quand sa pensée lui échappe, quand l'imprimeur est là qui le presse et qui l'attend : ou encore quand le facteur va venir, et que lui, il écrit à la hâte, sur une table d'auberge, une lettre pour son amie. C'est dans sa Correspondance avec cette amie, M"® VoUand^; c'est dans ses Salons écrits pour Grimm, qu'on trouverait ses pages les plus délicieuses, les franches et promptes esquisses où il revit tout entier.

...11 aécritquelque part cesadmirables ethumaines paroles :

«Un plaisir qui n'est que pour moi me touche faiblement et dure peu...; c'est pour moi et pour mes amis que je lis, que j'écris..., etc., etc. *. »

Nous qui sommes de ses amis, de ceux à qui il songeait confusément de loin et pour qui il a écrit, nous ne serons point ingrats. Tout en regrettant de rencontrer trop souvent chez lui ce coin d'exagération que lui-même il accuse, le peu

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