SCULPTURE ET PEINTURE
Il me semble que le jugement qu'on porte de la sculpture est beaucoup plus sévère que celui qu'on porte de la peinture. Un tableau est précieux si, inanquant par le dessin, il excelle dans la couleur; si, privé de force et de coloris ou de correction de dessin, il attache par l'expression ou par la beauté de la composition : on ne pardonne rien au statuaire. Son morceau pèche-t-il par l'endroit le plus léger: ce n'est plus rien; un coup de ciseau donné mal à propos réduit le plus grand ouvrage au sort d'une production médiocre, et cela sans ressource ; le peintre, au contraire, revient sur son travail, et le corrige tant qu'il lui plaît.
Mais une condition sans laquelle on ne daigne pas s'arrêter devant une statue, c'est la pureté des proportions et du dessin : nulle indulgence de ce côté.
Une autre chose sur laquelle vous serez sûrement démon avis, c'est que le maniéré, toujours insipide, l'est beaucoup plus en marbre ou en bronze qu'en couleur. Oh! la chose ridicule qu'une statue maniérée 1 Le statuaire est-il donc
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condamné à une imitation de la nature plus rigoureusement que le peintre?
Ajoutez à cela qu'il ne nous expose guère qu'une ou deux figures d'une seule couleur et sans yeux, sur lesquelles toute l'attention et toute la critique des nôtres se ramasse. Nous tournons autour de son ouvrage, et nous en cherctions l'endroit faible.
La matière qu'il emploie semble par sa solidité et par sa durée exclure les idées fines et délicates; il faut que la pensée soit simple, molle, forte et grande. Je regarde un tableau, il faut que je m'entretienne avec nne statue. La Vénus de Lemnos fut le seul ouvrage auquel Phidias osa mettre son nom.
Toute nature n'est pas imitable par la sculpture. Si le centre de gravité s'écartait un peu trop de la ba^^e, la pesanteur des parties supérieures terait rompre le morceau. Sans la massue qui appuie l'Hercule Farnèse, l'exécution en aurait été impossible; mais pour une fois où le support est un accessoire heureux, combien d'autres fois n'est-il pas ridicule? Voyez ces énormes trophées qu'on a placés sons les chevaux de la terrasse des Tuileries. Juelle contradiction entre ces animaux ailés qui s'en vont à toutes jambes et ces supports immobiles qui restent!
Voilà donc le statuaire privé d'une infinité de positions qui sont dansla natui e. Le Lutteur antique, remarquable par sa perfection^ l'est encore aux yeux desconnaisseurs par sa hardiesse. Quand on le revoit, on est toujours surpris de le retrouver debout. Cependant que serait-ce qu'un lutteur avec un appui?
La sculpture de ronde bosse me paraît autant au dessus de la peinture que la peinture est au dessus de la sculpture en bas-relief. (Observatmis sur la sculpture.)