‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 83 sur 153 · DU GOÛT EN LITTÉRATDRE · texte numérisé non relu

DU GOÛT EN LITTÉRATDRE

Le vrai goût s'attache à un ou deux caractères, et abandonne le reste à l'imagination. Les détails sont petits, ingénieux et puérils. C'est lorsque Armide s'avance noblement au milieu des rangs de l'armée de Godefroy, et que les généraux commencent à se regarder avec des yeux jaloux, qu'Armide est belle. C'est lorsque Hélène passe devant les vieillards troyens, et qu'ils se récrient, qu'Hélène est belle. Et c'est lorsque l'Arioste me décrit Angélique, je crois*, depuis le sommet de sa tète jusqu'à l'extrémité de son pied, que, malgré la grâce, la facilité, la molle élégance de sa poésie, Angélique n'est pas belle. Il me montre tout. 11 ne me laisse rien à faire. 11 me fatigue, il m'impatiente. Si une figure marche, peignez-moi son port et sa légèreté : je me charge du reste. Si elle est penchée, parlez-moi de ses bras seulement et de ses épaules : je me charge du reste. Si vous faites quelque chose de plus, vous confondez les genres; vous cessez d'être poète, vous devenez peintre ou sculpteur. Je sens vos détails, et je perds l'ensemble, qu'un seul trait, tel que lèvera incessu yatuit de Virgile, m'aurait montré.

Dans le combat où le fils d'Anchise est renversé de son char, et Vénus, sa mère, blessée par le terrible Diomède, le

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