MOTS BANNIS A TORT DE LA LANGUE FRANÇAISE
Comme le poète et l'orateur savent quelquefois tirer parti de l'harmonie du style, et que le musicien rend toujours sa composition plus parfaite, quand il en bannit certains accords, et des accords qu'il emploie, certains intervalles; je loue le soin de l'or.iteur et le travail du musicien el du (loète, autant que je blâme cette noblesse prétendue qui nous a fait exclure de notre langue un grand nombre d'expressions énergi(iues. Les Grecs, les Latins, qui ne connaissaient guère cette fausse délicatesse, disaient en leur langue ce qu'ils voulaient, et comme ils le voulaient. Pour nous, à force de raffiner, nous avons appauvri la nôtre, et n'ayant souvent qu'un terme propre à rendre une idée, nous aimons mieux aflaiblir l'idée que de ne pas employer le terme noble. Quelle perte pour Cf'ux d'entre nos écrivains qui ont l'imagination forte, que celle de tant de mots que nous revoyons avec plaisir dans Amyot et dans Montaigne I Ils ont commencé par être rejetés du beau style, parce qu'ils avaient passé dans le peuple ; et ensuite, rebutés par le peuple môme, qui à In longue est tou-
jours le singe des grands, ils sont devenus tout à fait inusités. Je ne doute point que nous n'ayons bientôt, comme les Chinois, lu langue parlée et la l;ingue écrite K
[Lettre sur les sourds et muets.)