DE L'IMMORTALITÉ DE L*AME
but, qu'elle nous ordonne de poursuivre!, pouvonsnous l'atteindre dans le cours de cette vie ou en général dans celui d'une existence bornée? Nullement, selon Kant ^ la sainteté n'est pas pour les créatures morales un état où elles puissent arriver à un moment donné de leur existence, mais elles peuvent s'en rapprocher à l'infini ; et c'est uniquement dans ce progrès s'étendant à l'infini et qui est un tout aux yeux de Dieu, pour qui la condition du temps n'est rien, c'est uniquement, dis-je, dans ce progrès infini que peut résider la sainteté des créatures. Si donc celle-ci n'est point un idéal fantastique, comme elle ne peut être réalisée qu'au moyen d'un progrès inÇni, et qu'il n'est lui-même possible qu'au moyen d'une vie immortelle, il faut admettre que l'âme, à qui la raison impose le devoir de tendre à ce but, est en effet immortelle. Tel est le fondement sur lequel Rant établit le dogme de l'immortalité de l'âme, que la raison spéculative était, selon lui, impuissante à prouvera
J'ai voulu, en rappelant cette démonstration, lui conserver la forme que lui a donnée son auteur, afin qu'on pursse la juger, telle qu'il nous la présente lui-même. On voit qu'il ne cherche pas ici, comme on le fait ordinairement, à prouver l'immortalité de l'âme par la nécesfsité d'admettre une autre vie où les actions ac-complies en celle-ci puissent recevoir les récompenses et les châtiments qui leur sont dus. Telle n'est pas la preuve à laquelle il s'arrête; et, quoiqu'il ne se soit pas du tout expliqué sur ce point, il est permis de
« Cf. pluB haut, p. 164-165.
308 QHTIQUB.
penser qu^il ne la regardait pas comme suâîsante^ au moins en tant qu'il s'agit de démontrer l'immortalité de Tàme : car, si l'on établit la nécessitéd'admettre une au tre vie ou chacun puisse être récompensé ou puni selon ses ceuvres, on n'établit nullement par là celle d'admettre des récompenses et des châtiments éternels, et, par conséquent, l'immortalité del'âme. Quoi qu'il en soit, c'est sur un autre fondement que Kant établit cette idée : il faut, pense-t-il» que l'âme soit immortelle, pour pouvoir continuer indéGniment ce progrès vers la sainteté dont la raison lui fait un devoir. Quelle est la valeur de cette nouvelle démonstration qui lui appartient, ou du moins à laquelle on peut dire qu'il a attaché son nom ? Je ne lui reprocherai pas de demander à la raison pratique ou à la morale la preuve d'une idée qu'il a déclarée au-dessus de la portée de la raison spéculative ; car la vérité est qu'il n'y a guère de preuve théorique à donner de l'immortalité de l'âme, et que, s'il est possible de la démontrer de quelque manière, ce ne peut être que par des raisons tirées de l'ordre moral, ou, comme dit Kant, de la raison pratique. La démonstration, par exemple, que l'on a longtemps fondée sur la nature de l'âme, ne prouve qu'une chose, c'est que l'âme, étant distincte du corps, peut lui survivre, mais non pas qu'elle le doive nécessairement* La spiritualité de l'âme n'est qu'une condition de la possibilité de sa survivance ; elle n'est pas la preuve de cette survivance même. Mais la démonstration admise par Kant est-elle de nature à satisfaire un esprit critique et formé à son école ? Je ne m'arrêterai pas sur ce qu'il y a d'obscur et d'impénétrable dans cette idée d'un