‹ Philosophie de KantChapitre 7 sur 17 · ESTHÉTIQUE TRANSCENDE IN TALE · texte numérisé non relu

ESTHÉTIQUE TRANSCENDE IN TALE

Sujet de celte leçon : analyse de la théorie de Kant sur la sensibilité, ou de f Esthétique transcendcntale. — Divisions de la Critique de la raison pure : Doctrine élémentaire et Méthodologie. — La sensibilité et l’entendement sont les deux grandes sources de la connaissance, ou les deux fatuités fondamentales : leur fonction, leur caractère. — De la sensibilité. Vice ladical de la théoiie de Kant : que la conscience rentre dans la sensibilité. — La sensibilité peut contenir des éléments a priori. — Comment on ariive à les déterminer: Esthétique transcendcntale. — L’espace et le temps, foi mes de la sensibilité. Exposition métaphysique et transcendentale de l’idée d’espace : c’est une idée a priori; — une idée nécessaire; — ce n’est pas une idée collective-, — c’est l’idée d’une grandeur infinie. — Des connaissances synthétiques a priori qui dérivent de l’idée d’espace. — Examen de l’opinion de Condillac, en opposition à celle de Kant. — Exposition métaphysique et transcendentale de l’idée de temps : ses caractères sont les mêmes que ceux de l’idée d’espace. — Des connaissances synthétiques a priori qui dérivent de l’idée de temps. — Que les idées d’espace et de temps n’ont aucune valeur objective.

Vous savez quelle réforme Kant entreprend dans la métaphysique; vous savez quel est, pour lui, le véritable but de cette science : ce but, Kant a pris soin de l’établir lui-même, avec une parfaite précision, dans l’Introduction que vous connaissez. En même temps, cette Introduction vous a initiés à plusieurs des principes essentiels et à une partie du langage de la philosophie kantienne. Maintenant donc, vous pouvez me suivre plus rapidement dans l’examen de la Critique de la raison pure .

L’objet de la Critique est de donner une théorie générale

de tous les éléments purs ou a priori qui entrent dans la connaissance humaine. Mais pour que cette théorie soit complète, il ne suffit pas d’énumérer et d’exposer tous les éléments purs a priori , il faut encore en apprécier la valeur, absolue ou relative, et déterminer la méthode à suivre pour en faire un usage légitime et régulier. De là dans la Critique de la raison pure, deux grandes divisions : l’une, qui comprend la recherche des éléments purs de la connaissance humaine, et que Kant appelle Doctrine élémentaire ( Elementarlehre ) ; l’autre , où on détermine la méthode qu’on doit appliquer à ces éléments pour en former un ensemble philosophiquement ordonné, et qu’il nomme Méthodologie ( Mcthodenlehre ). De ces deux parties de la Critique, c’est la doctrine élémentaire qui doit venir en premier lieu. Plusieurs leçons seront même nécessaires pour la mettre dans tout son jour, et vous la faire connaître avec une juste étendue.

Toute connaissance humaine dérive, selon Kant, de deux sources également importantes, mais profondément différentes. Quelles sont ces deux sources, c’està-dire ces deux facultés fondamentales? Quelle est la fonction de chacune d’elles? et comment se combinentelles pour produire la connaissance? Ces deux facultés fondamentales sont la sensibilité (, Sinnlichkeit ) et l’entendement ( Verstand). La sensibilité est la capacité [F aehighcit) de recevoir des représentations ( Vorstellun gen) des objets, au moyen des impressions ou sensations [Eindrucke, Empfmdungen ) que ces objets produisent en nous. Elle est toute passive : aussi Kant la désigne-t-il

par le nom de réceptivité (: receptivitœt ). C’est par la sensibilité que les objets nous sont donnés, ou, en d’autres termes, les représentations immédiates que nous en avons ne peuvent avoir lieu qu’à la condition que ces objets nous aient affectés ( affciren ) d’une certaine manière. Kant appelle aussi les représentations des intuitions ( Anschaungen ). L’objet quelconque d’une intuition »

est une apparence, un phénomène ( Erscheinung ).

Les intuitions sont la base de toute connaissance. « En « dernière analyse, dit Kant, toute connaissance doit, «soit directement, soit indirectement, au moyen de « certains signes, se rapporter aux intuitions, et par « conséquent à la sensibilité. »

Voilà à peu près la théorie de Locke et de Condillac, et la part de la philosophie régnante. Voici celle de la philosophie nouvelle. A côté de la sensibilité, il faut admettre une autre faculté, qui n’est plus seulement la capacité de se représenter les objets, mais le pouvoir de connaître ces objets au moyen des représentations obtenues. Cette nouvelle faculté, c’est l’entendement, lequel est la source des notions ou concepts ( Begriffc ), tout comme la sensibilité est la source des intuitions. L’entendement n’est pas une simple capacité, c’est-àdire quelque chose de passif; à la différence de la sensibilité, il mérite véritablement le nom de faculté (Vermœgen). C’est un pouvoir dont le développement est spontané {spontané itœt).

Ainsi Kant admet deux facultés ou propriétés différentes par leurs caractères, différentes par leurs fonctions, et qui toutes deux concourent d’une manière

également importante dans toute connaissance humaine. Cette distinction étant bien établie, il est évident qu’on doit considérer séparément ces deux facultés, et par conséquent distinguer avec soin l’étude de la sensibilité en général ou X esthétique, pour parler grec avec Kant, de l’élude de l’entendement en général, ou de la logique.

Mais n’oubliez pas le but, le véritable but de la Critique. 11 ne s’agit pas de faire une étude générale de la sensibilité et de l’entendement, de manière à connaître parfaitement tout ce qui se rattache à ces deux facultés. La question est seulement de déterminer les éléments purs ou a priori qu’elles peuvent contenir. C’est donc, pour nous servir d’un mot qui vous est connu, c’est sous le point de vue transcendental que Kant envisage ici la sensibilité et l’entendement. Aussi l’étude de la première porte-t-elle, dans la Critique de la raison pure, le nom d ’ esthétique transcendentale , et l’étude de l’entendement celui de logique transcendentale. L’esthétique transcendentale forme la première partie de la doctrine élémentaire. C’est cette première partie que nous vous proposons de vous faire connaître dans cette leçon.

Mais avant de rechercher quels sont les éléments piirs, les principes a priori que contient la sensibilité, il faut se demander si de tels éléments peuvent en effet s’y rencontrer. Sont- ils possibles, et comment le sont-ils? C’est là une question préjudicielle, qui est une question de vie ou de mort pour l’esthétique transcendentale.

Or, selon Kant , non- seulement ces éléments ou ces

principes a priori sont possibles, mais sans eux la connaissance sensible serait absolument impossible. Rappelez-vous le rôle de la sensibilité dans le système de Kant. La sensibilité est cette capacité que nous avons de recevoir certaines représentations des objets, au moyen des sensations qu’ils produisent en nous; et ces représentations, quel que soit le sens qui nous les fournisse, Kant leur donne toujours le nom d'intuitions. Or, dans l’objet quelconque d’une intuition, c’est-àdire dans un phénomène , il faut distinguer deux choses : d’abord tout ce qui est multiple et variable, ou tout ce qui correspond à la sensation; c’est ce que Kant appelle la matière du phénomène; puis, ce qui est fixe, ce qui ne change pas, ce qui fait que les diversités des phénomènes peuvent être envisagées d’après certains rap- •ports constants, c’est ce qu’il nomme la forme du phénomène. Mais si la matière du phénomène est ce qui correspond à la sensation, ou si, en d’autres termes, elle nous est donnée a posteriori , il n’en est pas de même de la forme. Il faut que celle-ci nous soit donnée antérieurement à toute expérience, puisqu’elle en est la condition. 11 faut donc qu’elle soit en nous a priori, comme la loi ou comme la forme même de la sensibilité. Cette forme de la sensibilité, forme pure, puisqu’elle existe indépendamment de toute sentation, reçoit aussi dans la langue de Kant le nom d'intuition pure, par opposition à Y intuition empirique, laquelle vient uniquement de la sensation.

Vous comprenez maintenant comment Kant a dû faire enlrer dans sa doctrine élémentaire l’examen de la son-

sibililé, puisqu’elle contient aussi des éléments purs et qui ne dérivent pas de l’expérience. 11 s’agit de déterminer ces éléments. Pour cela, il faut séparer de la sensibilité tout ce qui doit être rapporté à l’entendement, afin qu’il n’y ait rien qui n’appartienne essentiellement à la sensibilité, et retrancher aussi tout ce qui appartient à la sensation, de telle sorte qu’il ne reste rien que l’intuition pure ou la simple forme des phénomènes. Tel est le point de vue sous lequel Kant entreprend l’examen de la sensibilité : le résultat général de cet examen, c'est qu’il y a deux formes pures de l’intuition sensible, à savoir, l’espace et le temps.

Considérez ce qu’est l’espace par rapport aux corps. Pouvez-vous vous représenter ceux-ci sans concevoir celui-là? et tous ces objets, si nombreux et si variés, que vous donnent les sens externes, ne les placez-vous pas tous au dehors, dans l’espace? C’est dans l’espace que nous déterminons ou que nous pouvons déterminer leur figure, leur grandeur, et les rapports qui existent entre eux.

Kant rattache aussi la notion du temps à la sensibilité ; et il fait du temps comme de l’espace une forme de l’intuition sensible. Pourquoi cela? Est-ce parce que nous nous représentons tous les objets extérieurs dans le temps, de la même manière que nous nous les représentons dans l’espace? En ce sens le temps serait déjà, comme l’espace, une forme de l’intuition sensible. Mais ce ne sont pas seulement les phénomènes extérieurs que nous plaçons dans le temps, nous y plaçons aussi les faits internes, ceux dont la conscience est le théâtre. Il

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