L’APOGÉE
populaire à une minorité de délégués. À Athènes, la grandeur des intérêts généraux agissait individuellement sur chaque homme; l’assemblée primaire des Charbonniers d’Acharnes, des charpentiers, des foulons, des lampistes, des tanneurs, avait la foi, l’orgueil, l’énergie d’une convention souveraine chargée de pourvoir à la sûreté d’un grand empire. Les flammes du cœur remontent jusqu’à l’esprit qu’elles éclairent. Nul peuple n’a eu, au môme degré, la sagacité et la finesse jointes à l’enthousiasme. Les Athéniens du V e siècle étaient le plus admirable public qui ait jamais inspiré, guidé, stimulé l’artiste.
Enfin, de môme que le sentiment national et la vie urbaine, la richesse prend à Athènes des proportions inconnues jusqu’alors. D’une part, le commerce s’est accru, des industries locales se sont fondées. Athènes foürnit le monde méditerranéen d’huile, de figues, de miel, de poteries élégantes ; elle exporte ses marbres ; elle est d’ailleurs l’entrepôt delà Grèce. «Où s’adresseraient plus utilement qu’à Athènes, dit Xénophon, ceux qui veulent acheter ou vendre promptement beaucoup d’objets? » Les mines du Laurium, avec leur argent d’un titre si pur, font de la ville de Minerve l’hôtel des monnaies de la Grèce. Elle a des mines d’or en Thrace, le cuivre et le fer de l’Eubée; elle possède Thasos. Mais sa principale source de richesse est le revenu que forment les contributions des confédérés. Ce revenu, qui était à l’origine de AOO talents (soit 2 650 000 fr.), s’élève rapidement à 600 (3 millions et demi) et môme davantage. Le budget annuel total est de 1000 talents (5 750 000 fr.). De telles recettes étaient
notablement supérieures aux besoins ; car la vertu d’acquisition de l’argent était évidemment bien plus grande qu’aujourd’hui. Aussi, l’épargne avait-elle atteint au temps de Périclès la somme énorme de 9700 talents en monnaie, plus environ 1200 talents en métaux non monnayés. Lui- même nous apprend qu’en 431, environ 3000 talents, c’est-à-dire l’actif de trois budgets, avaient déjà été dépensés en constructions qui n’étaient autres que l’Odéon, le Parthénon, les Propylées, une partie de l’Erechtéion et du temple d’Eleusis. On voit, par ce témoignage, dans quelle proportion les beaux-arts profitaient du superflu budgétaire. Périclès avouait d’ailleurs, avec franchise, la largeur de ses doctrines touchant l’emploi de l’argent des contribuables, et son adhésion aux expédients du socialisme démocratique ; or nous savons , par expérience , combien une pratique fondée sur de tels principes est favorable au grand développement des travaux publics. Il disait que les tributs des confédérés « une fois payés, n’appartenaient plus à ceux qui les livraient, mais à ceux qui les avaient reçus, et que ces derniers n’étaient tenus qu’à remplir les conditions qu’ils s’imposaient en les recevant ». Ainsi, la ville une fois pourvue de tous les moyens de défense et de toutes les ressources de guerre, on pouvait employer le reste à des embellissements. « Ceux que leur âge et leur force appellent à la profession des armes, ajoutait-il, reçoivent de l’État une solde qui suffît à leur entretien. J’ai donc voulu que la classe du peuple qui ne fait pas le service militaire et qui vit de son travail, eût aussi part à cettç distribution dçs denier§