‹ Philosophie de l'architecture en GrèceChapitre 7 sur 13 · L'APOGÉE · texte numérisé non relu

L'APOGÉE

publics; mais afin qu’elle ne devint pas le prix de la paresse et de l’oisiveté, j’ai employé ces citoyens à la construction de grands édifices où les arts de toute espèce trouveront à s’occuper longtemps. » Le chantier du Parlhénon et des Propylées était ainsi un analogue de nos ateliers nationaux, mais sur une échelle bien autrement vaste, puisque le tiers de l’épargne nationale y passait en quelques années. C’était toute la verve et toute la prodigalité de V Haussmanismc , mais d’un Haussmanisme servi par des moyèns énormes, rehaussé et soutenu par un patriotisme vivace, éclairé et tempéré par tous les dons d’un admirable génie naturel.

Tel est, vers 450, l’état du public . Favorable au progrès des beaux-arts, il ne l’est pas moins à la liberté, à la sécurité, à la fierté de l’artiste. La condition sociale du poète, du peintre et du sculpteur prend en Grèce un caractère nouveau, inconnu à l’Orient. On sait que l’enthousiasme pour les beaux-arts et l’estime pour leurs représentants sont aussi anciens que l’esprit grec. « Muse, s’écrie Homère, chante l’ingénieux Vulcain ; avec Minerve, il enseigne aux hommes les nobles travaux. » Qui ne se rappelle le cri d’admiration du vieux poète pour l’immortalité des œuvres d’art, pour ces chiens d’or du palais d’Alcinoüs, exempts de mort et de vieillesse! Ulysse rabote, cloue, construit sans honte de ses propres mains ; la légende fait de Dédale le rejeton d’une race royale. Dans les temps historiques, il n’y a pas d’exemple d’un esclave pratiquant la peinture ou la sculpture ; la toreutique n’était permise qu’aux hommes libres. Ainsi l’artiste n’est pas un cap-

tif ou un artisan innommé, comme en Orient; il n’est pas non plus un instrument sacerdotal, dépendant d’une caste, enchaîné à une tradition immuable, interné obscurément dans le lieu où il a commencé à vivre. Si Rhæcus et Malas, à Chio, offrent des espèces de dynasties domestiques, à procédés fixes, qui ressemblent à des corporations fermées et sédentaires, c’est qu’ils touchent à l’Asie; d’ailleurs, ils appartiennent encore au vri e siècle; bientôt apparaissent l’école ouverte, l’artiste indépendant et voyageur, le développement libre et progressif des procédés. L’école ouverte : car Polyclète à Argos, Phidias à Athènes avaient de véritables ateliers ; on nomme leurs élèves. L’Ephésien A pelle, le Macédonien Pamphile vont ensemble étudier la peinture à Sicyone. La collaboration d’artistes de pays différents est d’ailleurs très-fréquente; Simon d’Égine et Dcnys d’Argos, par exemple, font ensemble un amthema pour Olympie. — L’artiste indépendant et voyageur : car on voit Théodore de Samos appelé à Éphêse pour construire le temple de Diane, à Lcmnos pour le Labyrinthe, à Sparte pour l’édifice appelé Skias. Phidias se montre à Athènes, à Phlionle, à Olympie. — Le développement libre et progressif des procédés : l’évolution en ce genre est vaste et rapide. Le travail des métaux en repoussé existait seul au temps d’Homère. La fonte en forme est trouvée par Rhæcus (050); la soudure par Glaucus de Chio (616- 500). Le système de la voûte à voussoir et à clef est dégagé par Démocrite, qui fixe, avec Anaxagore, la théorie de la scénographie, c’est-à-dire de la perspective théâtrale. Dans la première ivresse qui causent

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des arts en possession d’une telle richesse de moyens, on fait de l’artiste un des personnages les plus importants de la société et de l’État. Chio, dit une épigramine, n’est pas célèbre seulement par ses vignes, mais par les œuvres des fils d’Anthermus ; c’étaient des sculpteurs en marbre. L’oracle force Sicyone à rappeler d’exil et à combler d’honneurs Dipænus et Scyllis. A Athènes, Phidias est ami de Périclès et reçoit chez lui les grandes dames d’Athènes. Phocion, premier citoyen de la république, était le beau-frère du statuaire Cephisodote. Des gains énormes, accumulés dans leurs mains, leur permettaient de mener le train le plus magnifique. Le peintre Parrhasius, l’architecte Hippodamus, portaient des costumes somptueux dont la description nous a été laissée, et ce dernier était assez riche pour faire don au public d’une maison qu’il avait au Pirée. Les commandes pour les édifices publics et le choix des projets ne se faisaient pas dans un bureau. Chaque architecte apportait son plan et son devis et le défendait lui-même au théâtre, devant le peuple assemblé. Au théâtre aussi se rendaient les comptes, et Phi- Ion, à Athènes, acquit une grande réputation pour l’avoir fait avec éloquence; souvent, à Ëphèse par exemple, l’architecte était responsable sur ses biens; il les consignait, et si la dépense dépassait de plus d’un quart le devis, le surplus était pris sur le cautionnement déposé. Parfois aussi l’architecte était en même temps un spéculateur, et on le payait de la construction d’un théâtre en lui abandonnant une partie aliquote du droit d’entrée. La complexité des rôles, artiste, comptable, administrateur, spéculateur, homme d’af-

faires et homme du monde, la variété des aptitudes nécessaires, la hauteur de la situation sociale, le grand prix des récompenses, un génie affranchi des chaînes de la corporation par le libre choix de l’atelier, des préjugés d’école par le grand nombre des écoles, des superstitions traditionnelles par le prodigieux mouvement critique environnant, conservant encore, toutefois, la gravité et l’application soigneuse des vieux corps de métier ; autour de l’artiste un public ardent, remuant, généreux, riche de loisirs, et massé dans une capitale; un patriotisme réveillé parle danger; une gloire récente, rajeunissant et éclairant de son aube les vieux souvenirs nationaux des temps héroïques, voilà donc les principales influences extérieures que nous révèle l’histoire sociale. C’est comme le sol riche en éléments variés d’où a jailli le groupe monumental du siècle de Périclès. Il est temps de sonder maintenant les causes plus profondes qui ont fourni la sève et déterminé les formes de la plante. Ici commence proprement la psychologie de l’architecture grecque.

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