PREMIÈRE PARTIE
plaisir pur, résultant de l’accord senti des puissances de son être; une jouissance céleste et divine, qui n’a rien de commun avec les jouissances matérielles, et ne laisse subsister dans Pâme aucun désir impur et grossier.
La contemplation du beau n’éveille aucun semblable désir; elle se suffit à elle-même, et n’est accompagnée d’aucun retour du moi sur lui-même. Elle laisse l’objet se conserver indépendant, pour lui-même. L’âme éprouve quelque chose d’analogue à la félicité divine; elle se sent transportée dans une sphère étrangère aux misères de la vie et de l'existence terrestre.
Cette théorie, on le voit, n’aurait besoin que d’être développée pour rentrer tout à fait dans la théorie platonicienne. Hegel se borne à l’indiquer. On y reconnaît aussi les résultats de l’analyse de Kant.
II. Du beau dans la natuhe. — Quoique la science ne puisse s’arrêter à décrire les beautés de la nature, elle doit néanmoins étudier, d’une manière générale, les caractères du beau tel qu’il nous apparaît dans le monde physique et dans les êtres qu’il renferme. C’est le sujet d’un chapitre assez étendu, et qui a pour titre : Du Beau dans la nature. Hegel y envisage d’abord la question du point de vue particulier de sa philosophie, et il applique sa théorie de Vidée. Toutefois, les résultats auxquels il arrive et la manière dont il décrit les formes de la beauté physique peuvent être compris et acceptés indépendamment de son système, peu propre, il faut l’avouer, à jeter de la lumière sur ce sujet.
Le beau dans la nature, c’est la première manifestation de l’idée. Les degrés successifs de la beauté répondent au déve-
DU BEAU DANS L’ART
loppement de la vie et de l'organisation dans les êtres. L’unité en est le caractère essentiel. Ainsi, dans le minéral, la beauté consiste dans l’arrangement ou la disposition des parties, dans la force qui y réside et qui se révèle par celte unité. Le système astronomique nous offre une unité plus parfaite et une beauté supérieure. Les corps, dans ce système, tout en conservant leur existence propre, se coordonnent en un tout dont les parties sont indépendantes, quoique rattachées à un centre commun, qui est le soleil. La beauté de cet ordre nous frappe par la régularité des mouvements des corps célestes. Une unité plus réelle et plus vraie est celle qui se manifeste dans les êtres organisés et vivants. L’unité, ici, consiste dans un rapport de réciprocité et d’enchaînement mutuel entre les organes ; de sorte que chacun d’eux perd son existence indépendante pour faire place à une unité toute idéale qui se révèle comme le principe de vie qui les anime.
La vie est belle dans la nature ; car elle est l’essence, la force, l’idée réalisée sous sa première forme. Cependant la beauté dans la nature est encore tout extérieure, elle n’a pas conscience d’elle- même ; elle n’est belle que pour une intelligence qui la voit et la contemple.
Comment percevons- nous la beauté dans les êtres de la nature ?
La beauté, chez les êtres vivants et animés, n’est ni le mouvement accidentel et capricieux, ni la simple conformité de ces mouvements à un but, Penchaînement régulier des parties entre elles. Ce point de vue est celui du naturaliste, du savant ; ce n’est pas celui du beau. La beauté, c’est la forme totale en tant qu’elle révèle la force qui l’anime; c’est cette force elle -même, manifestée par un ensemble de formes, de mouvements indépendants et libres; c’est l’harmonie inté-