PREMIÈRE PARTIE
rieure qui se révèle dans cet accord secret des membres, et qui se trahit au dehors, sans que l’œil s’arrête à considérer le rapport des parties au tout, et leurs fonctions ou leur enchaînement réciproque, comme le fait la science. L’unité se montre seulement à l’extérieur, comme le principe qui lie les membres. Elle se manifeste surtout par la sensibilité. Le point de vue du beau est donc celui delà pure contemplation, non celui de la réflexion, qui analyse, compare, saisit le rapport des parties et leur destination.
Cette unité intérieure et visible, cet accord et cette harmonie ne sont pas distincts de la matière, c’est sa forme même. Là est ce principe qui sert à déterminer la beauté dans les règnes inférieurs, la beauté du cristal et de ses formes régulières, formes produites par une force intérieure et libre. Une pareille activité se développe d’une manière plus parfaite dans l’organisme vivant, ses contours, la disposition de ses membres, les mouvements et l’expression de la sensibilité.
Telle est la beauté dans les êtres individuels. Il en est autrement quand nous considérons la nature dans son ensemble, la beauté d’un paysage, par exemple. Il ne s’agit plus ici d’une disposition organique de parties et de la vie qui les anime ; nous avons sous les yeux une riche multiplicité d’objets qui forment un ensemble, des montagnes, des arbres, une rivière, etc. Dans cette diversité apparaît une unité extérieure qui nous intéresse par son caractère agréable ou imposant. A cet aspect s’ajoute la propriété qu’ont les objets de la nature d’éveiller en nous, sympathiquement, des sentiments, par la secrète analogie qui existe entre eux et les situations de l’àme humaine.
Tel est l’effet que produit le silence de la nuit, le calme d’une vallée silencieuse, l’aspect sublime d’une vaste mer en
DU BEAU DANS L’ART
courroux, la grandeur imposante du ciel étoilé. Le sens de ces objets n’est pas en eux-mêmes, ils ne sont que les symboles des sentiments de l’âme qu’ils excitent. C’est ainsi que nous prêtons aux animaux les qualités qui n’appartiennent qu’à l’homme, le courage, la force, la ruse. Le beau physique est un reflet du beau moral.
En résumé, le beau physique, envisagé dans son fond ou son essence, consiste dans la manifestation du principe caché, de la force qui se développe au sein de la matière. Cette force se révèle d’une manière plus ou moins parfaite par l'unité dans la matière inerte, et les divers modes de l’organisation dans les êtres vivants.
Hegel consacre ensuite un examen spécial au côté extérieur ou à la beauté de la forme dans les êtres de la nature. Le beau physique, considéré extérieurement, s’offre successivement sous les aspects de la régularité et de la symétrie , de la conformité à une loi et de Y harmonie, enfin de la pureté et de la simplicité de la matière.
1° La régularité , qui n’est que la répétition d’une forme égale à elle-même, est la forme la plus élémentaire et la plus simple. Déjà dans la symétrie apparaît une diversité qui rompt l’uniformité. Ces deux formes du beau appartiennent à la quantité , et constituent la beauté mathématique; elles se trouvent dans les corps organiques et inorganiques, les minéraux, les cristaux. Dans les plantes s’offrent des formes moins régulières et plus libres. Dans l’organisation des animaux, cette disposition régulière et symétrique s’efface de plus en plus, à mesure que l’on s’élève aux degrés supérieurs de l'échelle animale.
2° La conformité à une loi marque un degré plus élevé encore, et sert de transition à des formes plus dégagées et plus