PREMIÈRE PARTIE
libres. Ici apparaît un accord plus réel et plus profond, qui commence à échapper à la rigueur mathématique. Ce n’est plus un simple rapport numérique où la quantité joue le principal rôle ; on entrevoit un rapport de qualité entre des termes différents. Une loi règle l’ensemble, mais elle ne peut se calculer; elle reste un lien caché qui se révèle au spectateur. Telle est la ligne ovale et surtout la ligne ondoyante qui a été donnée par Hogart comme la ligne de la beauté. Ces lignes déterminent, en effet, les belles formes de la nature organique dans les êtres vivants d’un ordre élevé, et surtout les belles formes du corps humain, de l’homme et de la femme.
3° L'harmonie est un degré supérieur encore aux précédents, et elle les contient; elle consiste dans un ensemble d’éléments essentiellement distincts, mais dont l’opposil ion est détruite et ramenée à l’unité par un accord secret, une convenance réciproque. Telle est l’harmonie des formes et des couleurs, celle des sons et des mouvements. Ici l’unité est plus forte, plus prononcée, précisément parce que les différences et les oppositions sont plus marquées. Toutefois l’harmonie n’est pas encore la vraie unité, l’unité spirituelle, celle de l’âme, quoique celle-ci possède en elle un principe d'harmonie. L’harmonie seule ne révèle encore ni l’âme ni l’esprit , comme on le voit dans la musique et la danse.
La beauté existe aussi dans la matière elle-même, abstraction faite de sa forme ; elle consiste alors dans l’unité et la simplicité qui constitue la pureté. Telle est la pureté du ciel et de l’atmosphère, la pureté des couleurs et des sons ; celle de certaines substances, des pierres précieuses, de l’or et du diamant. Les couleurs pures et simples sont aussi les plus agréables.
Après avoir décrit le beau dans la nature, pour faire com-
DU BKAU DANS l’aRT.
prendre la nécessité d’une beauté supérieure et plus idéale, Hegel fait ressortir les imperfections du beau réel. Il part de la vie animale, qui est le point le plus élevé auquel nous sommes parvenus, et il insiste sur les caractères et les causes de celte imperfection.
Ainsi 1°, dans l’animal, quoique l’organisme soit plus parfait que celui de la plante, ce que nous voyons ce n’est pas le point central de la vie; le siège particulier des opérations de la force qui anime l’ensemble nous reste caché. Nous ne voyons que les contours de la forme extérieure recouverte de poils, d’écailles, de plumes, de peau; 2° le corps humain offre, il est vrai, de plus belles proportions et une forme plus parfaite, parce qu’en lui partout se manifeste la vie, la sensibilité, dans la couleur, la chair, les mouvements plus libres, les attitudes plus nobles, etc. Cependant ici, outre des imperfections dans les détails, la sensibilité n’apparaît pas également répandue. Certaines parties sont affectées aux fonctions animales et montrent celte destination dans leur forme. D’ailleurs, les individus dans la nature, placés qu’ils sont sous la dépendance des causes extérieures et sous l’influence des éléments, subissent l’empire de la nécessité et du besoin. Sous l’action continuelle de ces causes, l’être physique est exposé à perdre la plénitude de ses formes et la fleur de sa beauté ; rarement ces causes lui permettent d’atteindre à son développement complet, facile, régulier. Le corps humain est soumis à une pareille dépendance des agents extérieurs. Si on passe du monde physique dans le monde moral ou social, cette dépendance éclate encore davantage.
Partout se manifeste la diversité et l’opposition des tendances et des intérêts. L’individu ne peut conserver l’apparence d’une force libre, dans la plénitude de sa vie et de sa beauté.