‹ Philosophie de l'artChapitre 15 sur 26 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Il ne suffit pas d’avoir défini l’idéal d’une manière abstraite ; l’idéal s’offre à nous dans les œuvres de l’art, sous des formes très-variées et très-différentes. Ainsi la sculpture le représente sous les traits immobiles de ses figures. Dans les autres arts, il affecte la forme du mouvement et de l’action; dans la poésie, en particulier, il se manifeste au milieu des situations et des événements les plus variés, de conflits entre des personnages animés de passions diverses. Gomment et à quelles conditions chaque art, en particulier, est-il appelé à représenter ainsi l’idéal? C’est ce qui sera l’objet de la théorie des arts. Dans l’exposition générale des principes de l’art, on peut néanmoins essayer de marquer les degrés de ce développement, étudier les principaux aspects sous lesquels il se manifeste. Tel est l’objet des considérations qui ont pour titre : De la Détermination de l'idéal, et que l’auteur développe avec complaisance dans cette première partie de l’ouvrage. Nous ne pouvons que retracer sommairement les idées principales, nous attachant à en marquer la suite et l’enchaînement.

Voici la gradation que l’auteur établit entre les formes, de plus en plus déterminées, de l’idéal :

1° L’idéal , sous la forme la plus élevée, c’est l’idée divine, le divin tel que l’imagination peut se le représenter sous des formes sensibles : tel est l’idéal grec des divinités du polythéisme; l’idéal chrétien, dans sa plus haute pureté, sous les traits de Dieu le Père, du Christ, de la Vierge, des apôtres, etc. A la sculpture et à la peinture, surtout, il est donné de nous en offrir l’image. Ses traits essentiels sont le calme, la majesté, la sérénité.

2° A un degré moins élevé, mais plus déterminé, dans le cercle de la vie humaine, l’idéal nous apparaît, chez l’homme, comme la victoire des principes éternels qui remplissent le

DU BEAU DANS L’ART

cœur humain, le triomphe de la partie noble de l’ame sur la partie inférieure et passionnée. Le noble, en effet, l’excellent, le parfait, dans l'âme humaine, c’est le principe moral et divin qui se manifeste en lui, qui gouverne sa volonté et lui fait accomplir de grandes actions ; c’est la vraie source du dévouement et de l’héroïsme.

3° Mais l’idéal, dès qu’il se manifeste dans le monde réel, ne peut se développer que sous la forme d’une action. Or l’action elle-même a pour condition la lutte entre des principes et des personnages divisés d’intérêts, d’idées, de passions et de caractères. C’est là ce que représente, en particulier, la poésie, l’art par excellence, le seul qui puisse reproduire une action dans ses phases successives, avec ses complications, ses péripéties, sa catastrophe et son dénoûment.

L 'action, si on la considère de plus près, renferme les conditions suivantes : elle suppose : 1° un monde qui lui serve de base et de théâtre, une forme de société qui la rende possible et soit favorable au développement des figures idéales ; 2° une situation déterminée ou soient placés les personnages, qui rende nécessaire la lutte entre des intérêts et des passions contraires, d’où naisse une collision ; 3° une action proprement dite, qui se développe dans ses moments essentiels, qui ait un commencement, un milieu et une fin. Celte action, pour offrir un haut intérêt, doit rouler sur des idées d’un ordre élevé, qui inspirent et soutiennent les personnages, ennoblissent leurs passions et forment la base de leur caractère.

Hegel traite, d’une manière générale, chacun de ces points, qui reparaîtront de nouveau, sous une forme plus spéciale, dans l’étude de la poésie, et en particulier de la poésie épique et dramatique.

1° L’état de société le plus favorable à l’idéal est celui qui

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