‹ Philosophie de l'artChapitre 17 sur 26 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

gédie classique, à la fois morale et religieuse, comme on le Terra par la suite.

Ainsi l’idéal, à ce degré supérieur, c’est la manifestation des puissances morales et des idées de l’esprit, des grands mouvements de l’âme et des caractères, qui apparaissent et se révèlent dans le développement de la représentation.

3° Dans Y action proprement dite, trois choses sont à considérer qui en constituent l’objet idéal : 1° les intérêts généraux, les idées, les principes universels dont l’opposition forme le fond même de l’action ; 2° les personnages ; 3° leur caractère et leurs passions, ou les motifs qui les font agir.

D’abord les principes éternels de la religion, de la morale, de la famille, de l’Etat, les grands sentiments de l’âme, l’amour, l’honneur, etc., voilà ce qui fait la base, le véritable intérêt de l’action. Ce sont les grands et vrais motifs de l’art, le thème éternel de la haute poésie.

A ces puissances légitimes et vraies s’en ajoutent d’autres sans doute, les puissances du mal, mais elles ne doivent pas être représentées comme formant le fond même et le but de l’action. « Si l’idée, le but, est quelque chose de mal, de « faux, de mauvais en soi, la laideur du fond permettra « encore moins la beauté de la forme... La sophistique des « passions peut bien, par une peinture vraie, essayer de « représenter le faux sous les couleurs du vrai ; mais elle ne « nous met sous les yeux qu’un sépulcre blanchi... La cc cruauté , l’emploi violent de la force se laissent supporter c( dans la représentation, mais seulement lorsqu’ils sont re- « levés par la grandeur du caractère et ennoblis par le but « que poursuivent les personnages. La perversité, l’envie, la « lâcheté, la bassesse ne sont que repoussantes.

DU BliAU DANS L’ART.

c( Le mal en soi est dépouillé d’intérêt véritable, parce que « rien que de faux ne sort de ce qui est faux ; il ne produit « que malheur, tandis que l’art doit mettre sous nos yeux « l’ordre et l’harmonie. Les grands artistes, les grands poêles « de l’antiquité ne nous donnent jamais le spectacle de la « méchanceté pure et de la perversité. »

Nous citons ce passage parce qu’il marque le caractère et le ton de haute moralité qui domine dans tout l’ouvrage, ainsi que nous aurons l’occasion de le faire observer plus d’une fois dans la suite.

Si les idées et les intérêts de la vie humaine forment le fond de l’action, celle-ci s’accomplit, par des personnages sur lesquels l’intérêt se fixe. Les idées générales peuvent déjà être personnifiées dans des êtres supérieurs à l’homme, dans des divinités comme celles qui figurent dans l’épopée et la tragédie anciennes. Mais c’est à l’homme que revient faction proprement dite ; c’est lui qui occupe la scène. Or, comment concilier l’action divine avec l’action humaine, la volonté des dieux et celle de l’homme ? Tel est le problème contre lequel ont échoué beaucoup de poètes et d’artistes. Pour maintenir l’équilibre, il est nécessaire que les dieux aient la direction suprême et que l’homme conserve sa liberté, son indépendance ; sans quoi l’homme n’est plus qu’un instrument passif de la volonté des dieux, la fatalité pèse sur tous ses actes. La véritable solution consiste à maintenir l’identité des deux termes malgré leur différence, à faire en sorte que ce qui est attribué aux dieux paraisse à la fois émaner de la nature intime des personnages et de leur caractère. C’est au talent de l’artiste à concilier les deux aspects. « Le cœur de l’homme doit se révéler dans ses dieux, personnifications des grands mobiles qui le sollicitent et le gouvernent à l’intérieur. »

Page 1