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PREMIÈRE PARTIE

C’est le problème qu’ont résolu les grands poètes de l'antiquité, Homère, Eschyle, Sophocle.

Les principes généraux, ces grands motifs qui sont la base de l’action, par cela même qu’ils sont vivants dans l’âme des personnages, forment aussi le fond même des passions ; c’est là l’essence du vrai pathétique. La passion, ici, dans le sens élevé, idéal, en effet, n’est pas quelque mouvement arbitraire, capricieux, déréglé , de l’àme, c’est un principe noble qui se confond avec une grande idée, avec une des vérités éternelles de l’ordre moral ou religieux. Telle est la passion d’Antigone, l’amour sacré pour son frère, la vengeance dans Oreste. C’est une puissance de l’âme essentiellement légitime qui renferme un des principes éternels de la raison et de la volonté. Tel est encore ici l’idéal, le vrai idéal, quoiqu’il apparaisse sous la forme d’une passion. Il la relève, l’ennoblit et la purifie, il donne ainsi à l’action un intérêt sérieux et profond.

C’est en ce sens que la passion (le TraOoç) constitue le centre et le vrai domaine de l’art ; elle est le principe de l’émotion, la source du véritable pathétique.

Or cette vérité morale, ce principe éternel qui descend dans le cœur de l’homme et y prend la forme d’une grande et noble passion, s’identifiant avec la volonté des personnages, constitue aussi leur caractère. Sans cette haute idée qui sert de support et de base à la passion, il n’y a point de véritable caractère. Le caractère est le point culminant de la représentation idéale. Il résume tout ce qui précède. C’est dans la création des caractères que se déploie le génie de l’artiste ou du poète.

Trois éléments principaux doivent se réunir pour former le caractère idéal : la richesse, la vitalité et la fixité. La richesse consiste à ne pas se borner à une seule qualité, qui

DU BEAU DANS L’ART

ferait du personnage une abstraction, un être allégorique. A une qualité dominante doit donc se rattacher tout un ensemble de qualités qui font du personnage ou du héros un homme réel et complet, capable de se développer dans des situations diverses et sous des aspects différents. Une pareille multiplicité peut seule donner de la vitalité au caractère. Elle ne suffit cependant pas ; il faut que ces qualités soient fondues ensemble de manière à former non un simple assemblage et un tout complexe, mais un seul et même individu ayant une physionomie propre, originale. C’est ce qui a lieu lorsqu’un sentiment particulier, une passion dominante offre le trait saillant du caractère d’un personnage, lui donne un but fixe auquel se rapportent toutes ses résolutions et ses actes. Unité et variété, simplicité et fécondité, c’est ce qui nous est donné dans les caractères de Sophocle, de Shakespeare, etc.

Enfin, ce qui constitue essentiellement l’idéal dans le caractère, c’est la consistance et la fixité. Un caractère inconsistant, indécis, irrésolu, est l’absence même de caractère. Les contradictions, sans doute, sont dans la nature humaine, mais l’unité doit se maintenir malgré ces fluctuations. Quelque chose d’identique doit se retrouver partout comme Irait fondamental. Savoir se déterminer par soi-même , suivre un dessein, embrasser une résolution et s’y maintenir, voilà ce qui fait le fond même de la personnalité ; se laisser déterminer par autrui, hésiter, chanceler, c’est abdiquer sa volonté, cesser d’être soi-même, manquer de caractère, c’est, dans tous les cas, l’opposé du caractère idéal.

Hegel s’élève, à ce sujet, avec force contre les caractères qui figurent dans les pièces et les romans modernes et dont Werther est resté le type.

Ces prétendus caractères, dit-il, ne représentent qu’une

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