PREMIÈRE PARTIE
maladie de l’esprit et la faiblesse même de l’âme. Or l’art vrai et sain ne représente pas ce qui est faux et maladif, ce qui manque de consistance et de décision, mais ce qui est vrai, sain, fort. L’idéal, en un mot, c’est une idée réalisée; l’homme ne peut la réaliser que comme personne libre, c’est-à-dire en déployant toute l’énergie et la constance qui peuvent la faire triompher (p. 235).
Nous retrouverons plus d’une fois, dans le cours de l’ouvrage, les mêmes idées développées avec la même force et la même précision.
Ce qui constitue le fond même de l’idéal, c’est l’essence intime des choses, ce sont surtout les hautes conceptions de l’esprit et le développement des puissances de l’âme. Ces idées se manifestent dans une action où sont mis en scène les grands intérêts de la vie, les passions du cœur humain, la volonté et le caractère des personnages. Mais cette action se développe elle-même au milieu d’une nature extérieure qui, dès lors, prête à l’idéal des couleurs et une forme déterminée. Cette nature environnante doit être aussi conçue et façonnée dans le sens de l’idéal, selon les lois de la régularité , de la symétrie et de Y harmonie , doui il a été parlé plus haut. Comment l’homme doit-il être représenté dans ses rapports avec la nature extérieure ? Comment cette prose de la vie doit-elle être idéalisée ? Si l’art, en effet, affranchit l’homme des besoins de la vie matérielle, il ne peut néanmoins l’élever au-dessus des conditions de l’existence humaine et supprimer ces rapports.
Hegel consacre un examen particulier à cette face nouvelle de la question de l’idéal, qu’il désigne sous le titre : De la Détermination extérieure de l'idéal.
DU BEAU DANS l’ART. 35
De nos jours on a donné une importance exagérée à ce côté extérieur, dont on a fait l’objet principal. On a trop oublié que l’art doit représenter les idées et les sentiments de l’âme bumaille, que c’est là le fond véritable de ses œuvres. De là toutes ces descriptions minutieuses, ce soin extrême donné à l’élément pittoresque ou à la couleur locale, à l’ameublement, aux costumes, à tous ces moyens artificiels employés pour déguiser le vide et l’insignifiance du fond, l’absence d’idées, la fausseté des situations et la faiblesse des caractères, l’invraisemblance d’une action.
Néanmoins, ce côté a sa place dans l’art, et il ne doit pas être négligé. Il donne de la clarté, de la vérité, de la vie et de l’intérêt à ses œuvres par la secrète sympathie qui existe entre l’homme et la nature. C’est le caractère des grands maîtres de représenter la nature avec une vérité parfaite. Homère en est un exemple. Sans oublier le fond pour la forme, le sujet pour le cadre, il nous offre une image nette et précise du théâtre de l’action. Les arts diffèrent beaucoup sous ce rapport. La sculpture se borne à des indications symboliques; la peinture, qui dispose de moyens plus étendus, enrichit de ces objets le fond de ses tableaux. Parmi les genres de poésie, l’épopée est plus circonstanciée dans ses descriptions que le drame ou la poésie lyrique. Mais cette fidélité extérieure ne doit, dans aucun art, aller jusqu’à représenter les détails insignifiants, en faire un objet de prédilection, et y subordonner les développements que réclame le sujet luimême. Le grand point, c’est que, dans ces descriptions, l'on sente une secrète harmonie entre l’homme et la nature, entre l’action et le théâtre où elle se passe.
Une autre espèce d’accord s’établit entre l’homme et les objets de la nature physique, lorsque, par le fait de son acti-