‹ Philosophie de l'art (volume 2)Chapitre 30 sur 64 · Pythique IV, Isthmique Y · texte numérisé non relu

Pythique IV, Isthmique Y

LES INSTITUTIONS

« et dans l’indomptable Océan, les êtres que Jupiter « n’a point aimés haïssent la voix des Piérides. Tel est « cet ennemi des dieux, Typhon, le monstre aux cent « têtes, qui gît dans le hideux Tartare. La Sicile presse « sa poitrine velue; une colonne qui monte jusqu’au « ciel, l’Etna neigeux, nourrice éternelle des frimas

« âpres, contient son effort et, de ses gouffres,

« il vomit des sources éblouissantes de feu inabor- « dable. Pendant le jour, leurs ruisseaux élèvent un « torrent de fumée rougeâtre; aux heures de la nuit, « la flamme rouge tourbillonnante pousse avec fracas « des roches dans la profonde mer.... C’est merveille « de le voir, le prodigieux reptile, lié comme il l’est « sous les hautes cimes, sous les noires forêts de « l’Etna, sous la plaine, rugissant sous les chaînes qui « labourent et aiguillonnent tout son dos prosterné. » Le ruissellement des images va croissant, coupé à chaque pas de jets imprévus, de retours, de soubresauts, dont la témérité et l’énormité ne souffrent aucune traduction. Il est clair que ces Grecs, si sobres et si lucides dans leur prose, sont enivrés, jetés hors de toute mesure par l’inspiration et la folie lyriques. Ce sont là des excès hors de proportion avec nos organes émoussés et avec notre civilisation réfléchie. Pourtant nous en devinons assez pour comprendre ce qu’une pareille culture peut fournir aux arts qui figurent le corps humain. — Elle forme l’homme au moyen d’ chœur ; elle lui enseigne les attitudes, les gestes, 1* tion sculpturale ; elle le met dans un groupe qui est

bas-relief mobile ; elle s’emploie tout entière pour faire de lui un acteur spontané qui représente de verve et pour son plaisir, qui se donne en spectacle à lui-même, qui porte la fierté, le sérieux, la liberté, la dignité simple du citoyen dans les évolutions du figurant et dans la mimique du danseur. L’orchestrique a donné à la sculpture ses poses, ses mouvements, ses draperies, ses groupes ; la frise du Parthénon a pour motif le défilé des Panathénées, et la pyrrhique a suggéré les sculptures de Phigalie et de Budrun.

À côté de l’orchestrique il y avait en Grèce une institution plus nationale encore, et qui était la seconde partie de l’éducation, la gymnastique. — On la rencontre déjà dans Homère; les héros luttent, lancent le disque, courent à pied et en char; celui qui n’est pas habile aux exercices du corps passe pour « un marchand » , un homme de basse espèce « qui, sur une nef de charge, « n’a souci que du gain et des provisions1 ». Mais l’institution n’est point encore régulière, ni pure, ni complète. Les jeux n’ont point d’emplacement ni d’époques fixes. On les célèbre par occasion, à la mort d’un héros, pour honorer un étranger. Beaucoup d’exercices propres à accroître l’agilité et la vigueur y sont inconnus; en revanche, on y fait entrer des exercices d’armes, le duel jusqu’au sang, le tir de l’arc, le jet de la pique. C’est seulement dans la période suivante, en même temps que l’orchestrique et la poésie lyrique, qu’on voit la gymnastique se développer, se fixer, prendre la forme et l’importance finale que nous lui connaissons. — Le signal fut donné par les Doriens, peuple nouveau, de pure race grecque, qui, sorti de ses montagnes, envahit le Péloponèse, et, comme les Francs en Gaule, vint

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