‹ Philosophie de l'art (volume 2)Chapitre 31 sur 64 · Odyssée , chant Vil J · texte numérisé non relu

Odyssée , chant Vil J

apporter sa tactique, imposer son ascendant et renouveler de sa sève intacte l’esprit national. C’étaient des hommes énergiques et rudes, assez semblables aux Suisses du moyen âge, bien moins vifs et bien moins brillants que les Ioniens, ayant le goût de la tradition, le sentiment du respect, l’instinct de la discipline, l’âme élevée, virile et calme, et qui avaient mis l’empreinte de leur génie dans la gravité sévère de leur culte, comme dans le caractère héroïque et moral de leurs dieux. La principale peuplade, celle des Spartiates, s’établit dans la Laconie, parmi les anciens habitants exploités ou asservis ; neuf mille familles de maîtres orgueilleux et durs, dans une ville sans murailles, pour tenir dans l’obéissance cent vingt mille fermiers et deux cent mille esclaves : cela faisait une armée campée à demeure au milieu d’ennemis dix fois plus nombreux.

De ce trait principal dépendent tous les autres. Peu à peu le régime imposé par la situation se fixa, et, vers l’époque du rétablissement des jeux olympiques, il était complet. — Devant l’idée du salut public, les intérêts et les caprices de l’individu se sont effacés. La discipline est celle d’un régiment menacé par un danger continu. Défense au Spartiate de commercer, d’exercer une industrie, d’aliéner son lot de terre, d’en augmenter la rente: il ne doit songer qu’à être soldat. S’il voyage, il peut user du cheval, de l’esclave, des provisions de son voisin; entre camarades, les services sont le droit, et la propriété n’est pas stricte. L’enfant nouveau-né est apporté devant un conseil d’anciens, et on le tue s’il

LES INSTITUTIONS

est trop faible ou difforme; dans une armée, on 11’admet que des hommes valides, et ici tous sont conscrits dès le berceau. Un vieillard qui ne peut avoir d’enfants choisit lui-même un jeune homme qu’il amène dans sa maison : c’est que chaque maison doit fournir des recrues. Des hommes faits, afin d’être meilleurs amis, se prêtent leurs femmes ; dans un camp, on n’est pas scrupuleux en fait de ménage, et souvent bien des choses sont communes. On mange en commun, par escouades; c’est un mess qui a ses règlements et où chacun fournit sa part en argent ou en nature. Avant tout, l’exercice militaire; il est honteux de s’attarder chez soi ; la vie de la caserne prime la vie du foyer. Un jeune marié ne va trouver sa femme qu’en cachette, et passe la journée, comme auparavant, à l’école de peloton et sur la place d’armes. Par la même raison les enfants sont des enfants de troupe1, tous élevés en commun, et, dès sept ans, distribués en compagnies. Vis-à-vis d’eux tout homme fait est un ancien, un officier*, et peut les châtier sans que le père réclame. Pieds nus, vêtus d’un seul manteau, et du même manteau en hiver et en été, ils marchent dans les rues, silencieux, les yeux baissés, comme de jeunes conscrits au port d’armes. Le costume est un uniforme, et la tenue, comme la démarche, est prescrite. Ils couchent sur un tas de roseaux, se baignent tous les jours dans les froides eaux de l’Eurotas, mangent peu et vite, vivent plus mal à la ville qu’au camp; c’est qu’un

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