‹ Philosophie de l'art (volume 2)Chapitre 32 sur 64 · Paidonomos · texte numérisé non relu

Paidonomos

futur soldat doit s’endurcir. Ils sont divisés en troupes de cent, chacune sous un jeune chef, et, des pieds, des poings, ils se battent ; c’est un apprentissage de la guerre. S’ils veulent ajouter quelque chose à leur maigre ordinaire, qu’ils le dérobent dans les maisons ou dans les fermes; un soldat doit savoir vivre de maraude. De loin, en loin, on les lâche en embuscade sur les chemins, et ils tuent le soir les Ilotes attardés; il est utile d’avoir vu le sang et de s’être fait la main d’avance.

Quant aux arts, ce sont ceux qui conviennent à une armée. Ils ont apporté avec eux un type de musique particulier, le mode dorien, le seul peut-être dont l’origine soit purement grecque1 2. Son caractère est sérieux, viril, élevé, très simple et même âpre, excellent pour inspirer la patience et l’énergie. Il n’est pas livré au caprice de l’individu; la loi empêché qu’on n’y introduise les variations, les mollesses, les agréments du style étranger; il est une institution morale et publique; comme les tambours et les sonneries dans nos régiments, il guide les marches et les parades; il y a des joueurs de flûte héréditaires, semblables aux sonneurs de pibroch dans les clans* d’Écosse. La danse elle-même est un exercice ou un défilé. Dès cinq ans, on enseigne aux garçons dans la pyrrhique, pantomime de combattants armés qui

1. Platon, dans le Théagès , dit, en parlant d’un homme vertueux qui discourt sur la vertu : « Dans l’harmonie merveilleuse de ses « actions et de ses paroles, on reconnaît le mode dorien, le seul

qui soit véritablement grec. »

2. The fair Maid of Perth , dans Walter Scott Voyez le combat du clan de Clhele et du clan de Chattan.

LES INSTITUTIONS

imitent tous les mouvements de la défense et de l’attaque, toutes les attitudes que Y on prend et tous les gestes que l’on fait pour frapper, parer, reculer, sauter, se courber, tire*" de l’arc, lancer la pique. Il y en a une autre nommée anapale, où les jeunes garçons simulent la lutte et le pancrace. Il y en a d’autres pour les jeunes hommes; il y en a d’autres pour les jeunes filles, avec des sauts violents, des « bonds de biche », des courses précipitées où, « pareilles à des poulains et les cheveux « flottants, elles font voler la poussière1 ». Mais les principales sont les gymnopédies, grandes revues où figurent toute la nation distribuée en chœurs. Celui des vieillards chantait : « Nous avons été jadis de jeunes « hommes pleins de force » ; celui des hommes faits répondait : « Nous le sommes aujourd’hui ; viens en faire « l’épreuve si tu en as envie » ; celui des enfants ajoutait: « Et nous, nous serons un jour plus vaillants « encore. » Tous avaient appris et répété le pas, les évolutions, le ton, l’action dès l’enfance; nulle part la poésie chorale ne formait des ensembles plus vastes et mieux ordonnés. Et, si l’on voulait aujourd’hui chercher un spectacle analogue de bien loin, mais pourtant à peu près analogue, Saint-Cyr avec ses parades et ses exercices, mieux encore, l’école militaire de gymnastique, où les soldats apprennent à chanter en chœur, pourrait peut-être le donner.

Rien d’étonnant si une pareille cité a organisé et

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