Mot de Pausanias
LES INSTITUTION
cessait pour laisser entrer le jeune homme dans une classe plus spéciale et plus haute. Ce gymnase était un grand carré, avec des portiques et des allées de platanes, ordinairement près d une source ou d’une rivière, décoré par une quantité de statues de dieux et d’athlètes couronnés. Il avait son chef, ses moniteurs, ses répétiteurs spéciaux, sa fête en l’honneur d’Hermès; dans l’intervalle des exercices les adolescents jouaient; les citoyens y entraient à volonté ; il y avait des sièges nombreux autour du champ de course ; on y venait pour se promener, pour regarder les jeunes gens; c’était un lieu de conversation ; la philosophie y naquit plus tard. Dans cette école qui aboutit à un concours, l’émulation conduit à des excès et à des prodiges; on voit des hommes qui s’exercent toute leur vie. Le règlement des jeux les oblige à jurer, en descendant dans l’arène, qu’ils se sont exercés au moins dix mois de suite sans interruption et avec le plus grand soin; mais ils font bien davantage; leur entraînement dure des années entières et jusque dans l’âge mûr; ils suivent un régime; ils mangent beaucoup, et à certaines heures; ils endurcissent leurs muscles par l’usage du strigile et de l’eau froide ; ils s’abstiennent de plaisirs et d’excitations; ils se condamnent à la continence. Plusieurs d’entre eux renouvelèrent les exploits des héros fabuleux. Milon, dit-on, portait un taureau sur ses épaules, et, saisissant par derrière un char attelé, l’empêchait d’avancer. Une inscription placée sous la statue de Phayllos le Crotoniate disaitqu’il franchissait en sautant un espace decinquanfe-
;inq pieds et qu’il lançait à quatre-vingt-quinze pieds le disque de huit livres. Parmi les athlètes de Pindare, il y en a qui sont des géants.
Remarquez que, dans la civilisation grecque, ces admirables corps ne sont point des raretés, des produits de luxe, et, comme aujourd’hui, des pavots inutiles dans un champ de blé ; il faut les comparer, au contraire, à des épis plus hauts dans une large moisson. L’État en a besoin ; les mœurs publiques les demandent. Les hercules que j’ai cités ne servent pas seulement à la parade. Milon conduisait ses concitoyens au combat, et Phayllos fut le chef des Crotoniates qui vinrent aider les Grecs contre les Mèdes. Un général n’était pas alors un calculateur qui se tenait sur une hauteur, avec une carte et une lorgnette; il se battait, la pique à la main, en tête de sa troupe, corps à corps, en soldat. Miltiade, Aristide, Pôriclès et même, beaucoup plus tard, Agésilas, Pélopidas, Pyrrhus, font œuvre, non seulement de leur intelligence, mais aussi de leurs bras, pour frapper, parer, à l’assaut, à pied, à cheval, au plus fort de la mêlée; Épaminondas, un politique, un philosophe, étant blessé à mort, se console comme un simple hoplite, parce qu’on a sauvé son bouclier. Un vainqueur au pentathle, Aratus, fut le dernier capitaine de la Grèce et se trouva bien de son agilité et de sa force dans ses escalades et ses surprises ; Alexandre chargeait au Granique, comme un hussard, et sautait le premier, comme un voltigeur, dans la ville des Oxydraques. Avec une façon si corporelle et si personnelle
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de faire la guerre, les premiers citoyens, les princes eux-mêmes étaient tenus d’être bons athlètes. — Ajoutez aux exigences du danger l’invitation des fêtes ; les cérémonies, comme les batailles, réclamaient des corps exercés; on ne pouvait bien figurer dans les chœurs qu’après avoir passé par le gymnase. J’ai conté comment le poète Sophocle dansa nu le pæan après la victoire de Salamine; à la fin du ive siècle, les mêmes mœurs subsistaient encore. Alexandre, arrivant dans la Troade, se dépouilla de ses habits, pour honorer Achille, en courant avec ses compagnons autour de la colonne qui marquait la sépulture du héros. Un peu plus loin, à Phaselis, ayant vu sur la place publique la statue du philosophe Théodecte, il vint, après le souper, danser autour de la statue et lui jeter des couronnes. — Pour fournir à de tels goûts et à de tels besoins, le gymnase était la seule école; il ressemblait à ces académies de nos derniers siècles où les jeunes nobles allaient apprendre l’escrime, la danse et l’équitation. Les citoyens libres étaient les nobles de l’antiquité; partant, point de citoyen libre qui n’eût fréquenté le gymnase; à cette condition seulement on était un homme bien élevé1, sinon, on tombait au rang des gens de métier et d’extraction basse. Platon, Chrysippe, le poète Timocréon, avaient d’abord été athlètes; Pythagore passait pour avoir eu le prix du pugilat; Euripide fut couronné comme athlète aux jeux éleusiniens. Clisthènes, tyran