‹ Philosophie de l'art (volume 2)Chapitre 37 sur 64 · II. — 1S · texte numérisé non relu

II. — 1S

de Sycione, ayant reçu chez lui les prétendants de sa fille, leur fournit un champ d’exercice, afin, dit Hérodote, « qu’il pût faire épreuve de leur race et de leur « éducation. » En effet, le corps gardait jusqu’au bout les traces de l’éducation gymnastique ou servile ; on le reconnaissait du premier coup à sa prestance, à sa démarche, à ses gestes, à sa façon de se draper, comme jadis on distinguait le gentilhomme dégourdi et anobli par leo académies, du rustre balourd et de l’ouvrier rabougri.

Même immobile et nu fl témoignait de ses exercices par la beauté de ses formes. — Sa peau, brunie et affermie par le soleil, l’huile, la poussière, le strigile et les bains froids, ne semblait point déshabillée; elle était accoutumée à l’air; à la voir, on la sentait dans son élément; certainement elle ne frissonnait pas, elle ne présentait pas de marbrures et de chairs de poule ; elle était un tissu sain, d’un beau ton, qui annonçait la vie libre et mâle. Agésilas, pour encourager ses hommes, fit un jour dépouiller les Perses prisonniers; à la vue de ces chairs blanches et molles, les Grecs se mirent à rire, et marchèrent en avant, pleins de dédain pour leurs ennemis. — Les muscles avaient été tous fortifiés et assouplis; on n’en avait point négligé; les diverses parties du corps se faisaient équilibre; Panière-bras, si maigre aujourd’hui, les omoplates mal garnies et raides, s’étaient remplies et faisaient un pendant proportionné aux hanches et aux cuisses; les maîtres, en véritables artistes, exerçaient le corps pour lui donner,

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non seulement la vigueur, la résistance et la vitesse, mais encore la symétrie et l’élégance. Le Gaulois mourant, qui est de l’école de Pergame, montre, si on le compare aux statues d’athlètes, la distance qui sépare un corps inculte et un corps cultivé : d’un côté, une chevelure éparse en mèches rudes comme une crinière, des pieds et des mains de paysan, une peau épaisse, des muscles non assouplis, des coudes aigus, des veines gonflées, des contours anguleux, des lignes heurtées, rien que le corps animal du sauvage robuste ; de l’autre côté, toutes les formes ennoblies, le talon d’abord avachi et veule 4, maintenant circonscrit dans un ovale net, le pied d’abord trop étalé et trahissant sa parenté simienne, maintenant arqué et plus élastique pour le saut; la rotule, les articulations, toute l’ossature, d’abord saillantes, maintenant demi-effacées et simplement indiquées; la ligne des épaules, d’abord horizontale et dure, maintenant infléchie et adoucie; partout l’harmonie des parties qui se continuent et coulent les unes dans les autres, la jeunesse et la fraîcheur d’une vie fluide, aussi naturelle et aussi simple que celle d’un arbre ou d’une fleur. On trouverait vingt passages, dans le Ménexène , les Rivaux , ou le Charmide de Platon, qui saisissent au vol quelqu’une de ces attitudes; un jeune homme ainsi élevé se sert bien et naturellement de ses membres; il sait se pencher, être debout, s’appuyer d’une épaule contre une colonne, et, dans toutes

1. Voyez le petit Apollon archaïque de bronze du Louvre, et le? stntues d’Égine.

ces attitudes, être aussi beau qu’une statue; de même un gentilhomme, avant la Révolution, avait, pour saluer prendre du tabac, écouter, l’aisance et la grâce cavalière que nous retrouvons dans les gravures et dans les portraits. Mais, ce que l’on voyait dans les façons, le geste et la pose du Grec, ce n’était pas l’homme de cour, c’était l’homme de la palestre. Le voici dépeint dans Platon, tel que la gymnastique héréditaire dans une race choisie l’avait formé :

a ià est naturel, Charmide, que tu l’emportes sur tous « les autres; car personne ici, je pense, ne montrerait « aisément à Athènes deux maisons dont l’alliance puisse « engendrer quelqu’un de plus beau et de meilleur que « celles dont tu es issu. En effet, votre famille pater- « nelle, celle de Critias, fils de Dropide, a été louée par « Anacréon, Solon et beaucoup d’autres poètes, comme « éminente en beauté, en vertu, et dans tous les autres « biens où l’on met le bonheur. Et de même celle de ta « mère. Car personne, à ce qu’on dit, ne parut plus « beau et plus grand que ton oncle Pyrilampe, toutes les « fois qu’on l’envoyait en ambassade auprès du grand « roi ou auprès de quelque autre sur le continent, et « toute cette autre maison ne cède en rien à la pre- « mière. Étant né de tels parents, il est naturel que tu « sois en tout le premier. Et d’abord, pour tout ce que « l’on voit, pour tout le dehors, cher enfant de Glaucos, « il me semble que tu ne fais honte à aucun de tes « ancêtres. »

En effet, ajoute ailleurs Socrate, « il me paraissait

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(( admirable pour la taille et la beauté.... Quil nous « semblât tel, à nous autres hommes, cela est moins « étonnant; mais je remarquai que, parmi les enfants « aussi, personne ne regardait autre part, pas même les « plus petits... et que tous le contemplaient comme la « statue d*un dieu. » — Et Chéréphon renchérissant : « Son visage est bien beau, n’est-ce pas, Socrate? Eh « bien! s’il voulait se dépouiller, le visage ne paraîtrait « plus rien, tant toute sa forme est belle. »

Dans cette petite scène qui nous reporte bien plus haut que sa date et jusqu’aux plus beaux temps du corps nu, tout est significatif et précieux. On y voit la tradition du sang, l’effet de l’éducation, le goût populaire et universel du beau, toutes les origines de la parfaite sculpture. Quantité de textes nous confirment dans la même impression. Homère avait cité Achille et Nérée comme les plus beaux des Grecs assemblés contre Troie ; Hérodote nomme Gallicrate le Spartiate comme le plus beau des Grecs armés contre Mardonius. Toutes les fêtes des dieux, toutes les grandes cérémonies, amenaient un concours de beauté. On choisissait les plus beaux vieillards à Athènes pour porter les rameaux aux Panathénées, les plus beaux hommes à Élis pour porter les offrandes à la déesse. A Sparte, dans les gymnopédies, les généraux, les hommes illustres qui n’avaient pas une taille et une noblesse d’extérieur assez grandes, étaient, dans le défilé choral, relégués aux rangs inférieurs. Les Lacédémoniens, au dire de Théophraste, condamnèrent leur roi Archidamos à l’amende, parce

qu’il avait épousé une petite femme, prétendant qu’elle leur donnerait des roitelets et non des rois. Pausanias trouva en Arcadie des concours de beauté, où rivalisaient les femmes, et qui dataient de neuf siècles. Un Perse, parent de Xerxès et le plus grand de son armée, étant mort à Àchante, les habitants lui sacrifièrent comme à un héros. Les Egestœens avaient élevé un petit temple sur le tombeau d’un Crotoniate réfugié chez eux, Philippe, vainqueur aux jeux Olympiques, le plus beau des Grecs de son temps, et, du vivant d’Hérodote, ils lui offraient encore des sacrifices. — Tel est le sentiment qu’avait nourri l’éducation, et qui, à son tour, agissant sur elle, lui donnait pour but la formation de la beauté. Certainement la race était belle, mais elle s’était embellie par système; la volonté avait perfectionné la nature, et la statuaire allait achever ce que la nature, même cultivée, ne faisait qu’à demi.

Ainsi, pendant deux siècles, nous avons vu les deux institutions qui forment le corps humain, l’orchestrique et la gymnastique, naître, se développer, se propager autour de leurs points de départ, se répandre dans tout le monde grec, fournir l’instrument de la guerre, la décoration du culte, Père de la chronologie, offrir la perfection corporelle comme principal but à la vie humaine, et pousser jusqu’au vice1 l’admiration de la forme accomplie. Lentement, par degrés et à distance,

1. Le vice grec, inconnu au temps d’Homère, commence, selon toutes les vraisemblances, avec l’institution des gymnases. Cf. Becker, Chariclès (Excursus).

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l’art qui fait la statue de métal, de bois, d’ivoire ou de marbre accompagne l’éducation qui fait la statue vivante, 11 ne marche pas du même pas; quoique contemporain, il reste, pendant ces deux siècles, inférieur et simple copiste. On a songé à la vérité avant de songer à l’imitation ; on s’est intéressé aux corps véritables avant de s’intéresser aux corps simulés; on s’est occupé à former un chœur avant de sculpter un chœur. Toujours le modèle physique ou moral précède l’œuvre qui le représente; mais il le précède de peu; il faut qu’au moment où l’œuvre se fait, il soit encore présent dans toutes les mémoires. L’art est un écho harmonieux et grossi ; il acquiert toute sa netteté et toute sa plénitude juste au moment où faiblit la vie dont il est l’écho. — Tel est le cas de la statuaire grecque; elle devient adulte juste au moment où finit l’âge lyrique, dans les cinquante années qui suivent la bataille de Salamine, quand, avec la prose, le drame et les premières recherches de la philosophie, commence une nouvelle culture. On voit tout d’un coup l’art passer de l’imitation exacte à la belle invention. Aristoclès, les sculpteurs d’Égine, Onatas, Kanachos, Pythagore de Rhégium, Kalamis, Agéladas, copiaient encore de tout près la forme réelle, comme Verocchio, Pollaiolo, Ghirlandajo, Fra Fillipo, Pérugin lui-même; mais, entre les mains de leurs élèves, Myron, Polyclète, Phidias, la forme idéale se dégage, comme entre les mains de Léonard, de Michel- Ange et de Raphaël.

Ce ne sont pas seulement des hommes, les plus beaux de tous, qu’a faits la statuaire grecque. Elle a fait aussi des dieux, et, du jugement de tous les anciens, ces dieux étaient ses chefs-d’œuvre. Au sentiment profond de la perfection corporelle et athlétique s’ajoutait, chez le public et chez les maîtres, un sentiment religieux original, une idée du monde aujourd’hui perdue, une façon propre de concevoir, de vénérer et d'adorer les puissances naturelles et divines. C’est ce genre particulier d'émotions et de croyances qu’il faut se représenter, lorsqu’on veut pénétrer un peu dans l’âme et dans le génie de Polyclète, d’Âgoracrite ou de Phidias.

Il suffit de lire Hérodote1 pour voir combien, dans la première moitié du ve siècle, la foi était encore vive. Non seulement Hérodote est pieux, dévot même jusqu’à n’oser proférer tel nom sacré, révéler telle légende, mais encore toute la nation apporte dans son culte la gravité grandiose et passionnée qu’expriment au même moment les vers d’Eschyle et de Pindare. Les dieux sont vivants, présents ; ils parlent; on les a vus, comme la Vierge et les saints au xme siècle. — Les hérauts de Xerxès ayant été tués par les Spartiates, les entrailles

1. Hérodote vivait encore à lepoque de la guerre du Péloponèse; il en parle dans son livre V,I et dans son livre IX, 73,

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des victimes deviennent défavorables; c’est que ce meurtre a offensé un mort, le glorieux héraut d’Agamemnon, Talthybios, auquel les Spartiates ont voué un culte. Pour l’apaiser, deux hommes de la ville, riches et nobles, vont en Asie s’offrir à Xerxès. — Quand arrivent les Perses, toutes les cités consultent l’oracle ; il ordonne aux Athéniens d’appeler leur gendre à leur secours; ils se souviennent que Borée enleva Orithye, fille d’Erechthée, leur premier ancêtre, et ils lui bâtissent une chapelle près de l’Ilissus. A Delphes, le dieu déclare qu’il se défendra lui-même; la foudre tombe sur les barbares, des rochers se détachent et les écrasent, pendant que, du temple de Pallas Pronœa, sortent des voix et des cris de guerre, et que deux héros du pays, de taille surhumaine, Phylacos et Autonoos, achèvent de mettre en fuite les Perses épouvantés. — Avant la bataille de Salamine, les Athéniens font venir d’Égine, pour combattre avec eux, les statues des Éacides. Pendant la bataille, des voyageurs près d’Éleusis voient s’élever une grande poussière et entendent la voix du mystique Iacchos qui vient au secours des Grecs. Après la bataille on offre en prémices aux dieux trois navires captifs; l’un des trois est pour Ajax, et, sur le butin, on prélève l’argent qu’il faut pour offrir à Delphes une statue de douze coudées. — Je ne finirais pas si j’énumérais les marques de la piété publique ; elle était fervente encore, cinquante ans après, dans le peuple. Diopi thés, dit Plutarque, « fit un décret qui ordonnait de « dénoncer ceux qui ne reconnaissaient pas l'existence

(( des dieux ou qui enseignaient des doctrines nouvelles « sur les phénomènes célestes ». Aspasie, Anaxagore, Euripide, furent inquiétés ou poursuivis, Alcibiade condamné à mort, Socrate mis à jnort, pour crime prétendu ou avéré d’impiété; l’indignation populaire fut terrible contre ceux qui avaient contrefait les mystères ou mutilé les dieux. Sans doute, on voit dans ces détails, en même temps que la persistance de la foi antique, l’avènement de la pensée libre; autour de Périclès, comme autour de Laurent de Médicis, il y avait un petit cénacle de raisonneurs et de philosophes; Phidias, comme plus tard Michel-Ange, y fut admis. Mais, aux deux époques, la tradition et la légende occupaient et dirigeaient en souveraines l’imagination et la conduite. Quand l’écho des discours philosophiques venait faire vibrer une âme remplie de formes pittoresques, c’était pour y épurer et agrandir les figures divines. La sagesse nouvelle ne détruisait pas la religion; elle l’interprétait, elle la ramenait à son fonds, au sentiment poétique des forces naturelles. Les conjectures grandioses des premiers physiciens laissaient le monde aussi vivant et le rendaient plus auguste ; c’est peut-être pour avoir entendu Anaxagore parler du Noûs que Phidias a conçu son Jupiter, sa Pallas, son Aphrodite céleste, et achevé, comme disaient les Grecs, la majesté des dieux.

Pour avoir le sentiment du divin il faut être capable de démêler, à travers la forme précise du dieu légendaire, les grandes forces permanentes et générales dont il est issu. On demeure un idolâtre sec et borné, si, au

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delà de la figure personnelle, on n’entrevoit pas, dans une sorte de lumière, la puissance physique ou morale dont la figure est le symbole. On l’entrevoyait encore au temps de Cimon et de Périclès. La comparaison des mvthologies a montré récemment que les mythes grecs, parents des mythes sanscrits, n’exprimaient à l’origine que le jeu des forces naturelles, et que, des éléments et des phénomènes physiques, de leur diversité, de leur fécondité, de leur beauté, le langage avait peu à peu fait des dieux. Au fond du polythéisme est le sentiment de la nature vivante, immortelle, créatrice, et ce sentiment durait toujours. Le divin imprégnait les choses; on leur parlait; vingt fois, dans Eschyle et Sophocle, on voit l’homme s’adresser aux éléments, comme à des êtres saints avec lesquels il est associé pour conduire le grand chœur de la vie. Philoctète, au moment de partir, salue « les nymphes coulantes des fontaines, la voix « retentissante de la mer heurtée contre ses promon- « toires. » — « Adieu, terre de Lemnos, entourée par « les vagues; renvoie-moi sans offense, envoie-moi par « une heureuse traversée là où le puissant Destin me a porte. » — Prométhée, cloué sur sa roche, appelle à lui tous les grands êtres qui peuplent l’espace : « 0 divin « Éther, Souffles rapides, Sources de fleuves, Sourire « infini des vagues marines; ô Terre! mère universelle; « orbe du Soleil qui vois tout, je vous invoque! voyez <( quels maux un dieu souffre par la main des dieux ! » Les spectateurs n’ont qu’à se laisser conduire par l’émotion lyrique pour retrouver les métaphores primitives

qui, sans qu’ils le sachent, ont été le germe de leur religion. « Le Ciel pur, dit Aphrodite dans une pièce « perdue d’Eschyle, aime à pénétrer la Terre; et « l’Amour la prend pour épouse; la pluie, qui tombe « du Ciel générateur, féconde la Terre, alors elle enfante « pour les mortels la pâture des bestiaux et le grain de « Démèter1. » — Pour comprendre ce langage, il nous suffit de sortir de nos villes artificielles et de nos cultures alignées; celui qui va seul en un pays montueux, sur les côtes de la mer, et se laisse occuper tout entier par les aspects de la nature intacte, converse bientôt avec elle; elle s’anime pour lui, comme une physionomie; les montagnes, immobiles et menaçantes, deviennent des géants chauves ou des monstres accroupis ; les eaux, qui luisent et bondissent, sont de folles créatures babillardes et rieuses ; les grands pins silencieux ressemblent à des vierges sévères, et, quand il regarde la mer du midi, azurée, rayonnante, parée comme pour une fête, avec l’universel sourire dont parlait tout à l’heure Eschyle, il est tout conduit, pour exprimer la beauté voluptueuse dont l’infinité l’entoure et le pénètre, à nommer la déesse née de l’écume, qui, sortant de la vague, vient ravir le cœur des mortels et des dieux.

Lorsqu’un peuple sent la vie divine des choses natu-

1. Même sentiment conservé ou retrouvé par l’éducation philo sophique dans Virgile :

Tune p ater omnipotens fecundis imbribus Æther Conjugis in gremium lætæ descendit , et omnes Magnus a lit , magno commixtus corpore , fétus .

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relies, il n a pas de peine à démêler le fond naturel d*où sortent les personnes divines. Aux beaux siècles de la statuaire, cet arrière-fond perçait encore visiblement sous la figure humaine et précise par laquelle la légende l’avait traduit. Il y a des divinités, notamment celles des eaux courantes, des bois et des montagnes, qui sont toujours restées transparentes. La naïade ou l’oréade était bien une jeune fille comme celle qu’on voit assise sur un rocher dans les métopes d’Olympie 1 ; du moins l’imagination figurative et sculpturale l’exprimait ainsi ; mais, en la nommant, on apercevait la gravité mystérieuse de la forêt calme ou la fraîcheur de la source jaillissante. Dans Homère, dont les poèmes sont la Bible des Grecs, Ulysse naufragé, après avoir nagé deux jours, arrive <( à l’embouchure d’un fleuve aux belles eaux, et « dit au fleuve : « Entends-moi, ô roi, qui que tu sois ; « je viens à toi, en te suppliant avec ardeur, en fuyant

« hors de la mer la colère de Poséidon Prends pitié,

« ô roi ! car je me glorifie d’être ton suppliant. » — « Il parla ainsi, et le fleuve s’apaisa, arrêtant son cours « et les flots, et se fit tranquille devant Ulysse, et il le « recueillit à son embouchure. » Il est clair que le dieu n’est point ici un personnage à barbe caché dans une grotte, mais le fleuve coulant lui-même, le grand courant paisible et hospitalier. — De même le fleuve irrité contre Achille : « Le Xanthe parla ainsi et se rua sur lui, tout « bouillonnant de fureur, plein de bruit, d’écume, de

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