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Midiiels, Histoire de la peinture flamande, t. II, p

LES ÉPOQUES HISTORIQUES héritage, souverain de la Flandre; la grandeur de ses possessions, les guerres civiles qui se multiplient pendant la minorité et la démence de Charles VI, le détachent de la France; il n’est plus, comme les anciens comtes, un dépendant du roi, ayant son logis à Paris, quêtant des secours pour réduire et taxer ses marchands de Flandre. Sa puissance et les malheurs de la France le rendent indépendant. Quoique prince, il est à Paris du parti populaire, et les bouchers l’acclament. Quoique Français, sa politique est flamande, et il ménage les Anglais, quand il ne s’allie point à eux. Sans doute, à propos d’argent, il se querellera plus d’une fois avec ses Flamands, et il sera obligé d’en tuer beaucoup. Mais, pour qui connaît les troubles et les violences du moyen âge, l’ordre et l’accord qui s'établissent alors semblent suffisants; en tout cas, ils sont plus grands que jamais.

Désormais, comme à Florence vers l’an 1400, le pouvoir est accepté et la société est assise. Désormais, comme en Italie vers l’an 1400, l’homme quitte le régime ascétique et ecclésiastique, pour s’intéresser à la nature et jouir de la vie; l’antique compression s’ôst relâchée; il commence à aimer la force, la santé, la beauté, la joie. De toutes parts on voit l’esprit du moyen âge s’altérer et se défaire. — L’architecture élégante et raffinée fait de la pierre une dentelle, et festonne ses églises de pinacles, de trèfles, de meneaux entrelacés et contournés, en sorte que l’édifice évidé, fleuronné, doré, est une prodigieuse et romanesque orfèvrerie, œuvre de la fantaisie plutôt que de la foi, moins propre à exciter

la piété que l'éblouissement. — Pareillement, la chevalerie devient une parade. Les nobles viennent à la cour des Valois, s’occupent de plaisirs, de « beaux dires », surtout de « dires d’amour ». On peut voir, dans Chaucer et Froissart, leurs pompes, leurs tournois, leurs défilés et leurs banquets, le règne nouveau de la frivolité et de la mode, les inventions de l’imagination affolée et licencieuse, les costumes extravagants et surchargés : robes de douze aunes, chausses collantes et jaquettes de Bohême dont les manches pendent jusqu’à terre; chaussures terminées par des griffes, des cornes et des queues de scorpion; cottes brodées de lettres, d'animaux, de notes de musique, en sorte qu’on peut lire et chanter une chanson sur le dos du propriétaire; chaperons couturés de feuillages d’or et d’animaux, robes couvertes de saphirs, de rubis, d’hirondelles en orfèvrerie, tenant chacune dans son bec un bassin d’or; il y a quatorze cents de ces bassins dans un costume, et l’on trouve neuf cent soixante perles employées à broder une chanson sur un habit. Les femmes, en magnifiques voiles historiés, le sein nu, la tête surmontée de cônes et de croissants monstrueux, vêtues de robes bariolées où sont figurés des licornes, des lions et des hommes sauvages, s’asseyent sur des sièges qui représentent de petites cathédrales dorées et sculptées. — - La vie de la cour et des princes semble un carnaval. Lorsque Charles VI fut armé chevalier, on dressa dans l’abbaye de Saint-Denis une salle longue de trente-deux toises, tendue de blanc et de vert, avec un haut pavillon

de tapisseries; là, après trois jours de joutes et de festins, un bal nocturne et masqué finit par une orgie. « Mainte demoiselle s’oublia, plusieurs maris pâtirent, » et, par un contraste qui peint les sentiments du siècle, on célébra pour finir les funérailles de Duguesclin.

Dans les contes et les chroniques du temps, on suift à la trace un large ruisseau d’or qui coule, chatoie, s’étale, et ne s’arrête pas, je veux dire l’histoire domestique du roi, de la reine, des ducs d'Orléans et de Bourgogne; ce ne sont qu’entrées de villes, fastueuses chevauchées, déguisements, danses, bizarreries voluptueuses, prodigalités de nouveaux riches. Les chevaliers bourguignons et français, qui allèrent combattre Bajazet à Nicopolis, étaient équipés comme pour une partie de plaisir; leurs bannières et les housses de leurs chevaux étaient chargées d’or et d’argent; leur vaisselle était d’argent, leurs tentes de satin vert; des vins exquis suivaient dans des barques sur le Danube, et leur camp était plein de courtisanes. — Ce débordement de vie animale, qui en France est mêlé de curiosités maladives et d’imaginations lugubres, s’étale en Bourgogne comme une kermesse large et bonasse. Philippe le Bon a trois femmes légitimes, vingt-quatre maîtresses, seize bâtards ; il pourvoit à tout cela, festine, s’ébat, admet les bourgeoises à sa cour, et semble d’avance un personnage de Jordaens. Un comte de Clèves a soixante-trois bâtards ; dans les cérémonies, les chroniqueurs nomment incessamment et gravement les bâtards et les bâtardes; l’institution semble officielle; à les voir ainsi pulluler.

on pense aux plantureuses nourrices de Rubens, aux Gargamelles de Rabelais.

« C’était grand’pitié, dit un contemporain, que le i péché de luxure qui régnait moult et fort, et especial

ès princes et gens mariés. Et était le plus gentil

« compagnon qui plus d’une femme savait tromper et

« avoir au moment.., et même régnait icelui péché de

« luxure ès prélats de l’Église et en tous gens d’Église. »

Jacques de Croy, archevêque de Cambrai, officiait ponti-

ficalement avec ses trente-six bâtards et fils de bâtards,

et tenait en réserve une somme d’argent pour ceux qu’il

pourrait avoir par la suite. Au troisième mariage de

Philippe le Bon, le gala semble une noce de Gamache

ordonnée par Gargantua; les rues de Bruges étaient

tendues de tapisseries; pendant huit jours et huit nuits,

un lion de pierre versa du vin du Rhin, et un cerf de

pierre versa du vin de Beaune; aux heures des repas,

une licorne versait de l’eau de rose ou du malvoisie.

Quand le Dauphin y fit son entrée, huit cents marchands

des diverses nations vinrent à sa rencontre, tous en habits de soie et de velours. Dans une autre cérémonie, le duc paraît avec une selle et un chanfrein chargés de pierres précieuses; « neuf pages couverts de houssures « d’orfèvrerie » sont derrière lui, « et portait un desdits « pages une salade qu’on disait valoir cent mille court ronnes d’or. » Une autre fois, on estime que le duc a sur lui pour un million de pierreries. — Je voudrais vous montrer quelqu’une de ces fêtes; comme celles de Florence, à la meme époque, elles témoignent des goûts

pittoresques et décoratifs qui, ici comme à Florence, ont produit la peinture. Il y en eut une à Lille, sous Philippe le Bon, la fête du Faisan, que l’on peut comparer aux triomphes de Laurent de Médicis; vous y remarquerez, dans cent détails naïfs, les ressemblances et les différences des deux sociétés, partant, de leur culture, de leur goût et de leur art.

Le duc de Clèves, dit le chroniqueur Olivier de la Marche, avait donné à Lille un « très beau banquet », auquel s’était trouvé « Monseigneur (de Bourgogne), « ensemble la seigneurie, dames et demoiselles de sa « maison ». Dans ce banquet, on voyait sur la table « un « entremets », c’est-à-dire une décoration représentant « une nef à voile levée, en laquelle avait un chevalier « tout droit armé..., et devant avait un cygne d’argent « portant en son col un collier d’or auquel tenait une « longue chaîne, dont ledit cygne faisait manière de tirer « la nef, et, au bout de ladite nef, séait un châtel « moult bien fait ». Là-dessus, le duc de Clèves, chevalier du Cygne, « serviteur aux dames », fit crier qu’on le trouverait, en champ clos, « armé du harnois de « joute, en selle de guerre », et que « celui qui ferait « le mieux gagnerait un riche cygne d’or enchaîné d’une « chaîne d’or, et* au bout de cette chaîne, un riche « rubis ».

Dix jours après, le comte d’Étampes donna le second acte de la féerie. — Bien entendu, le second acte, ainsi que le premier et tous les autres, commença par un festin. En cette com\ la vie est plantureuse, et on ne se

PHILOSOPHIE DE L’ÀRi

lasse pas des franches lippêcs. — « Quand les entre- « mets furent levés, d’une chambre saillirent grand « foison de torches, puis vint l’officier d’armes vêtu de « sa cotte d’armes, et après vinrent deux chevaliers « vêtus de longues robes de velours fourrées de martre,

« et n’avaient rien sur chef et portaient, chacun d’une « main, un gentil chaperon de fleurs » ; après eux, « sur une haquenée houzée de soie bleue, venait une « très belle dame, jeune, de l’âge de douze ans, vêtue « d’une robe de soie violette, richement brodée et étoffée <r d’or » ; c’était <( la Princesse de joie ». Trois écuyers, vêtus de soie vermeille, la conduisirent au duc, en chantant une chanson pour l’annoncer. Elle descendit et, s’agenouillant sur la table, elle lui posa sur la tête une couronne de fleurs. À ce moment, la joute fut déclarée, les tambourins résonnèrent, un poursuivant d’armes parut avec une cotte pleine de cygnes, et l’on vit entrer le duc de Clèves, chevalier du Cygne, richement armé, sur un cheval caparaçonné de damas blanc à franges d’or; il tirait par une chaîne d’or un grand cygne qu’accompagnaient deux sagittaires; derrière lui marchaient de jeunes enfants à cheval, des palefreniers, des chevaliers armés de lances, tous, comme lui, en damas blanc frangé d’or. Toison-d’Or, le héraut, les présenta à la duchesse. Puis défilèrent les autres chevaliers sur leurs chevaux enharnachés de drap d’or gris et cramoisi, de drap brodé de clochettes d’or, de velours cramoisi fourré de martre, de velours violet, à franges d’or et de soie, de velours noir à larmes d’or. — Supposez qu’aujour-

d’hui les grands personnages de l’État prennent plaisir à s’habiller comme les acteurs de l’Opéra, et à faire des passes comme les écuyers du Cirque ; l’étrangeté de la supposition vous fera sentir combien l’instinct pittoresque et le besoin de la décoration sensible étaient vifs alors et sont faibles aujourd’hui.

Ce n’étaient pourtant là que des préludes. Huit jours après le tournoi, le duc de Bourgogne donna son festin, qui surpassa tous les autres. L’énorme salle, tendue de tapisseries qui représentaient la vie d’Hercule, avait cinq portes gardées par des archers en robes de drap gris et noir. Sur les côtés, cinq échafauds ou galeries contenaient les spectateurs étrangers, hommes nobles et dames, la plupart déguisés. Au milieu d’eux s’élevait « un haut buffet, chargé de vaisselle d’or et d’argent, « et de pots de cristal garnis d’or et de pierreries ». Et, debout, au centre de la salle, était un grand pilier portant « une image de femme, dont les cheveux tom- « baient jusqu’aux reins, la lête couverte d’un chapeau « très riche, et jetant par la mamelle hypocras autant « que le souper dura ». Trois tables gigantesques étaient dressées, et chacune d’elles était ornée de plusieurs « entremets », vastes machines qui rappellent en grand les jouets d’étrennes que l’on donne aujourd’hui aux enfants riches. En effet, les hommes de ce temps, par les curiosités et l’élan de leur imagination, sont des enfants ; leur plus forte envie est d’amuser leurs yeux ; ils jouent avec la vie comme avec une lanterne magique. Les deux principaux entremets étaient un mons-

trueux pâté où vingt-huit personnages « vifs » jouaient des instruments, et une « église croisée et vitrée, garnie « de quatre chantres et d’une cloche sonnante ». Mais il y en avait plus de vingt autres, un grand château dont les fossés étaient pleins d’eau d’orange, avec la fée Mélusine sur une tour; un moulin à vent avec des archers et des arbalétriers qui tiraient à la pic ; un tonneau dans un vignoble, avec deux breuvages, l’un amer et l’autre doux; un vaste désert où un lion combattait un serpent; un sauvage sur un chameau; un fou chevauchant sur un ours, parmi des roches et des glaciers ; un lac environné de villes et de châteaux ; une caraque ancrée et chargée, avec ses cordages, ses mâts et ses mariniers; une belle fontaine en terre et en plomb, garnie de petits arbrisseaux de verre feuillés et fleuris, et d’un saint André avec sa croix ; une fontaine d’eau de rose, représentant un jeune enfant nu, dans l’attitude du « Mannekenpis » de Bruxelles. On se croit dans une boutique de nouvel an.

Et ce pêle-mêle de la décoration fixe ne suffit pas : il leur faut encore la parade active; on voit défiler tour à tour une douzaine d’intermèdes, et, dans les intervalles, l’église et le pâté font de la musique pour occuper les oreilles en même temps que les yeux des convives ; la cloche y sonne à pleines volées; un berger y joue de la musette; de petits enfants y chantent une chanson; on y entend tour à tour les orgues, le cornet d’Allemagne, la doucine, un motet, des flûtes, un luth avec des voix des tambourins, une sonnerie de chasse et des aboie-

ments de meute. Cependant parai un cheval, à reculons, richement couvert de soie vermeille, monté par deux trompettes « assis à contre-dos et sans selles », conduit par seize chevaliers en longues robes ; puis un luyton, demi-homme et demi-griffon, qui, monté sur un sanglier et portant un homme, s’avance, tenant deux dards et une targe ; puis un grand cerf blanc mécanique, bien enharnaché de soie, avec des cornes d’or, ayant sur le dos un enfant, en robe courte de velours cramoisi, qui chante pendant que le cerf fait la basse. — Toutes ces figures font le tour des tables, et voici l’invention finale qui réjouit beaucoup les assistants. D’abord un dragon volant traverse l’air, et ses écailles ardentes font flamboyer les profondeurs du plafond gothique. Puis un héron et deux faucons sont lâchés, et le héron abattu est présenté au duc. Enfin des clairons font une fanfare derrière un rideau, et, le rideau tiré, on voit Jason qui lit une lettre de Médée, puis combat les taureaux, puis tue le serpent, laboure la terre, y sème des dents du monstre, et voit pousser une moisson d’hommes armes. — À ce moment, la fête devient sérieuse : c’est un roman de chevalerie, une scène de l’Amadis, un rêve de Don Quichotte en action. Un géant arrive, en robe de soie verte, portant pique et turban, et conduisant un éléphant caparaçonné de soie, sur lequel est un château, et dans ce château une dame vêtue en religieuse, qui est sainte Église ; elle fait arrêter, dit son nom, et appelle les assistants à la croisade. Là-dessus, Toisond’Or, avec les officiers d’armes, apporte un faisan vivant,

dont le collier d’or est orné de pierreries; le duc jure sur le faisan de secourir la chrétienté contre le Turc, et tous les chevaliers s’engagent de même, chacun par un vœu écrit en style de Galaor : c’est le vœu du faisan. La fête s’achève par un bal mystique et moral. Au son des instruments, à la lumière des torches, une dame en blanc, portant sur l’épaule son nom, qui est Grâce-de - Dieu , vient dire au duc un huitain, et lui laisse, en se retirant, douze vertus : Foi, Charité, Justice, Raison, Tempérance, Force, Vérité, Largesse, Diligence, Espépérance, Vaillance, chacune conduite par un chevalier en pourpoint cramoisi, dont les manches de salin sont brodées de feuillages et d’orfèvreries. Elles se mettent a danser avec leurs chevaliers, couronnent le comte de Charolais, vainqueur de la joute, et, sur l’annonce d’un nouveau tournoi, le bal finit à trois heures du matin. — Véritablement, il y en a trop ; les sens et l’imagination défaillent ; en fait de divertissement, ces gens sont des gloutons et non des gourmets. Ce tapage et cette profusion de l’invention baroque nous montrent un monde pesant, une race du Nord, une civilisation ébauchée, encore barbare et enfantine ; le goût simple et grand de l’Italie manque à ces contemporains des Médicis. Et pourtant le fond des mœurs et de l’imagination est le même; ici, comme dans les chars et les pompes du carnaval florentin, la légende, l’histoire et la philosophie du moyen âge prennent un corps; les abstractions morales revêtent une figure sensible ; les vertus deviennent des femmes réelles. Par suite, on est tenté de les peindre

et de les sculpter; en effet, toutes ces décorations sont des reliefs ou des peintures. L’âge symbolique a fait place à l’âge pittoresque; l’esprit ne se contente plus d’une entité scolastique ; il veut contempler une forme vivante, et la pensée humaine a maintenant besoin, pour être complète, de se traduire aux yeux par une œuvre d’art.

Mais cette œuvre d’art n’est pas semblable à celle de l’Italie ; car la culture et la direction de l’esprit sont différentes. On s’en aperçoit en lisant les vers naïfs et plats que débitent sainte Église et les Vertus : poésie vide et vieillotte, bavardage de trouvères usés, enfilade de phrases rimées où le rythme est aussi mollasse que la pensée. On n’a point eu ici un Dante, un Pétrarque, un Boccace, un Villani. L’esprit, moins précoce et plus éloigné de la tradition latine, est resté plus longtemps enfermé dans la discipline et l’inertie du moyen âge. Point d’averrhoïstes sceptiques et médecins, comme ceux que décrit Pétrarque; point d’humanistes restaurateurs de la littérature antique et presque païens, comme ceux qui entourent Laurent de Médicis. La foi et le sentiment chrétiens sont bien plus vifs et plus tenaces ici qu’à Venise ou Florence : ils subsistent sous les pompes sensuelles de la cour de Bourgogne- S’il y a des épicuriens de mœurs, il n’y en a pas de théorie ; les plus galants servent la religion, comme les dames, par point d’honneur. En 1596, sept cents seigneurs de Bourgogne et de France sont allés en croisade ; tous, sauf vingt-sept, ont été tués à Nicopolis, et Boucicaut les

appelle « benoistset très heureux martyrs ». Vous venez de voir que la bombance de Lille aboutit au vœu solennel de combattre les infidèles. Çà et là de petits traits épars montrent la persistance de la dévotion primitive. En 1477, dans une ville voisine, à Nuremberg, Martin Koetzel, pèlerin en Palestine, compte le nombre de pas qui séparent du Golgotha la maison de Pilate, afin de bâtir au retour sept stations et un calvaire entre sa maison et le cimetière de sa ville ; ayant perdu sa mesure, il recommence son voyage, et cette fois il fait exécuter son ouvrage par le sculpteur Adam Kraft. Aux Pays-Bas, comme en Allemagne, les bourgeois, gens sérieux, un peu lourds, enfermés dans leur vie communale, attachés aux usages antiques, conservent, mieux encore que les seigneurs des cours, les croyances et la ferveur du moyen âge. Leur littérature en fait foi ; depuis le moment où elle prend un tour original, c’est-à-dire depuis la fin du xme siècle, elle ne fournir pius que des témoignages de l’esprit pratique, municipal et bourgeois, et des témoignages de la piété intime : d’un côté, des sentences morales, des peintures de la vie domestique, des poèmes historiques et politiques sur les événements récents et vrais; de l’autre côté, des louanges lyriques de la Vierge, des poésies mystiques et tendres1. En somme, le génie national, qui est germanique, incline bien plus vers la foi que vers l’incrédulité. Par les lollards et les mystiques du moyen âge, par les iconoclastes et les innombrables martyrs du xvie siècle, il se dirige vers les idées

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