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S90 DE l'idéal DAHS L*ART.
roce, Carnivore et militante, mais héroïque et munie des plus nobles instincts moraux et poétiques, reparaît, après les cinq cents ans de conquête normande et dlmportations françaises, dans le théâtre passionné et imaginatif de la Renaissance, dans la brutalité et le dévergondage de la Restauration, dans le sombre et austère puritanisme de la Révolution, dans la fondation de la hberté politique et le triomphe de la littérature morale, dans Ténergie, l'orgueil, la tristesse, rélévation des habitudes et des maximes qui, en Angleterre, soutiennent aujourd'hui le travailleur et le citoyen. — Regardez TEspagnol que décrivent Strabon et les historiens latins, solitaire, hautain, indomptable, vêtu de noir, et voyez-le plus tard, au moyen àge^ le même dans ses principaux traits, quoique les Wisigoths aient apporté un peu de sang nouveau dans ses veines, aussi obstiné, aussi intraitable et aussi superbe, acculé à la mer par les Maures et regagnant pied à pied tout son pays par une croisade de huit siècles, encore exalté et raidi par la longueur et la monotonie de la lutte, fanatique et borné, enfermé dans des mœurs d'inquisiteur et de chevalier, le même au temps du Cid, sous Philippe II, sous Charles II, dans la guerre de 1700, dans la guerre de 1808^ et dans le chaos de despotismes et d'insurrections qu'il supporte aujour-
LE DEGRÉ D IMPORTANCE DU CARACTÈRE. t91
d'hui. — Considérez enfin les Gaulois nos ancêtres : les Romains disaient à leur propos qu'il? se piquaient de deux choses : bravement combattre, et finement parler (1). Ce sont là, en effet, les grands dons naturels qui éclatent le plus dans nos œuvres et dans notre histoire : d'un côté, Tesprit militaire, le courage éclatant et parfois fou ; d'autre part le talent littéraire, l'agrément de la conversation et la délicatesse du style. Sitôt que notre langue est formée, au xii' siècle, le Français gai, malin, qui veut s'amuser et amuser autrui, qui parle aisément et trop, qui sait parler aux femmes, qui aime à briller, qui s'expose par bravade et aussi par élan, très sensible à l'idée de l'honneur, moins sensible à l'idée du devoir, apparaît dans la littérature et dans les mœurs. Les chansons de geste et les fabliaux, le Roman de la rose^ Charles d'Orléans, Joinville et Froissart, vous le montrent tel que vous le reverrez plus tard dans Villon, Brantôme et Rabelais, tel qu'il sera au temps de son plus grand éclat, au temps de La Fontaine, Molière et Voltaire, dans les charmants salons du xvm* siècle, et jusqu'au siècle de Béranger. — Il en est ainsi pour chaque peuple; il suffit de comparer une époque de son histoire
(1) Duas res industriosissime persequitur gens Gallorum, rem militarem et argule loqui.