‹ Philosophie de l'art (volume 5)Chapitre 32 sur 41 · DE L*IDÉAL DANS L'ART · texte numérisé non relu

DE L*IDÉAL DANS L'ART

D'autre part, dans la seconde moitié du xvi* siècle, quand la peinture décline, la convergence momentanée qui avait produit les chefsd'œuvre se défait et ne peut plus se rétablir. Tout à rtieure elle avait manqué parce que Tartiste n'était pas assez savant ; maintenant elle manque parce qu'il n*est plus assez naïf. En vain les Gàrraches étudient avec une patience infatigable, et vont prendre dans toutes les écoles les procédés les plus variés et les plus féconds. C'est justement cet assemblage d'efiFets disparates qui rabaisse leur œuvre à une place inférieure. Leur sentiment est trop faible pour engendrer un ensemble ; ils prennent à l'un, puis à l'autre, et se ruinent en empruntant.

Leur science leur nuit, en réunissant dans la même œuvre des effets qui ne peuvent pas être réunis. Le Céphale d'Annibal Carrache au palais Farnèse a les muscles d'un lutteur de Michel-Ange, une carrure et une abondance de chairs empruntée*^ aux Vénitiens, un sourire et des joues prises au Corrège; on a le déplaisir de voir un athlète gracieux et gras. Le Saint- Sébastien du Guide au Louvre est un torse d'Antinous antique, baigné d'une lumière qui,

par son éclat, rappelle celle de Corrège et, par son ton bleuâtre, rappelle celle de Proudhon; on a le déplaisir de voir un éphèbe de palestre

sentimental et aimable. Partout^dans cette décadence^rexpression de la tête contredit celle du corps ; TOUS voyez des airs de béate, de dévot, de dame-mondaine, de sigisbé, de grisette, de jeune page, de domestique, sur des musculatures agitées et sur des corps vigoureux ; le tout ensemble compose des dieux et des saints qui sont des déclama teurs fades, des nymphes et des madones qui sont des déesses de salon, plus souvent encore, des personnages qui, flottant entre deux rôles, n'en remplissent aucun, et ne sont rien du tout. Des disparates semblables ont ' arrêté longtemps la peinture flamande au milieu de sa carrière, lorsqu'avec Bernard Van Orley, Michel Coxie, Martin Heemskerk, Franz Floris, Martin de Vos, Otto Yenius^ elle voulut se faire italienne. Pour que Tart flamand reprit son élan et atteignit son but, il fallut qu'un nouvel afflux d'inspiration nationale couvrit les importations étrangères et rendit l'essor aux instincts de la race. Alors seulement, avec Rubens et ses contemporains, reparut l'idée originale de Fensemble ; les éléments de l'ari, qui ne se groupaient que pour se contredire, s'associèrent pour se compléter, et les œuvres viables remplacèrent les avortons.

Entre les périodes de déclin et les périodes d'enfance, se place d'ordinaire une période de

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