‹ Philosophie de l'artChapitre 14 sur 37 · Hercule Rangoni, cardinal · texte numérisé non relu

Hercule Rangoni, cardinal

3. Le cardinal Innocent, fils de Franceschetto Cibo et de Magdeleine Médicis, sœur de Léon X.

4. Frère Mariano Fetti, laïc dominicain qui succéda au Bramante, prédécesseur de Sebastiano dans l’oflice du Piombo (Plomb), fut un des esprits les plus gais et plaisants à la cour de Léon X, conjointement avec Baraballo, Querno et leurs pareils, et tout à la fois protecteur et ami des artistes.

LES CONDITIONS SECONDAIRES

« sieurs diables qui folâtraient avec lui sur chaque coté « de la toile, au milieu de laquelle il y avait un bref qui « disait : « Voilà les caprices de frère Mariano. » On « fit de la musique, et le pape avec ses lunettes admi- « rait la scène qui était très belle et faite de la main « de Raphaël ; réellement, c’était un beau coup d’œil a d’issues et de perspectives qui furent très vantées. Sa « Sainteté admirait aussi le ciel, qui était merveilleuse- « ment représenté; les candélabres étaient formés par « des lettres, et chaque lettre supportait cinq torches « qui disaient : « Léo X , Pont . Maximus. » — Le « nonce comparut en scène, et récita un argument; il « railla le titre de la comédie, les Suppositif à tel « point que le pape en a ri du meilleur cœur avec les « assistants (spectateurs), et, par ce que j’entendis, les « Français furent un peu scandalisés du sujet des Sup- « positi . On récita la comédie, qui fut. bien dite (jouée), « et, à chaque acte, il y eut un intermède de musique « avec les fifres, les cornemuses, deux cornets, des « violes, des luths, et le petit orgue aux sons si variés « qui fut donné au pape par monseigneur très illustre, « d’heureuse mémoire ; il y avait en même temps une « flûte et une voix qui plut beaucoup; il y eut aussi « un concert de voix qui ne réussit pas aussi bien, selon « moi, que les autres œuvres de musique. Le dernier « intermède fut la Mauresque , qui ligurait la fable de « Gorgone, très bonne, mais pas dans cette perfection « où j’ai vu représenter dans le palais de votre seigneu- « rie : ainsi se termina la fête. Les auditeurs commen-

fHlLOSOPHl* DK l'art.

« cèrent à partir, et si à la hâte et en si grande foule, « que, mes destins m’ayant poussé à travers un petit « banc, je courus le danger de me casser une jambe. « Bondelmonte reçut un choc très violent d’un Espagnol, « et, pendant que le premier commençait à donner des « coups de poing au second, on me rendit plus facile « le moyen de m’échapper; il est certain que je courus « grand danger pour ma jambe; j’ai trouvé d’ailleurs « une compensation à ce malheur dans une grande béné- « diction et dans la mine gracieuse dont le Saint-Père a me fit la faveur.

« Le jour qui précéda cette soirée, il y eut une course c de chevaux où l’on vit une troupe de genets, ayant « pour chef Mgr Corner, habillée à la mauresque diverti sement, et ensuite une autre à l’espagnole, vêtue de « satin alexandrie avec doublure de soie changeante, « capuchon et justaucorps, ayant en tête Serapica avec « plusieurs valets de chambre de service. Cette dernière « se composait de vingt chevaux; le pape avait donné « quarante-cinq ducats à chacun des cavaliers, et, en « vérité, c’était une belle livrée, avec estafiers et trom- « pettes aux mêmes couleurs de soie. Arrivés sur la « place, ils commencèrent à courir deux à deux vers la « porte du palais, où se tenait le pape aux croisées, et, (( cette course terminée par les deux troupes, la com- « pagnie Serapica se retira de l’autre côté de la place, « et la Cornera vers Saint-Pierre ; la Serapica, prenant « les cannes, vint attaquer la Cornera qui avait aussi a les siennes; la Serapica lança les cannes sur la Cor-

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« nera, qui fit de même contre sa rivale, et les deux « s’attaquèrent et fondirent l’une sur l’autre, ce qui a était très beau à voir et sans danger. On remarquait « de très beaux chevaux et des cavales genettes. Le « jour suivant, il y eut combats de taureaux; j’étais « avec le seigneur M. Antoine, ainsi que je l’ai écrit : « trois hommes furent tués et cinq chevaux blessés, « deux sont morts, et entre autres un de Serapica, un « très beau genet, qui le lança à terre, et lui fit courir « grand danger, car le taureau était sur lui, et, si on « n’eût aiguillonné la bête à coups de pique, elle n’aurait « pas lâché et elle l’aurait tué. On assure que le pape « s’écriait : a Pauvre Serapica ! » et qu’il se lamentait « beaucoup. J’entends dire que le soir on a joué cer- « taine comédie d’un moine..., et, comme elle ne causa « pas grande satisfaction, le pape, au lieu de faire danser « la Mauresque , fit balancer dans l’air le moine enve- « loppé dans une couverture, de manière à lui faire « donner un grand coup de ventre sur le plancher de la « scène; ensuite il lui fit couper les jarretières et sortir « les bas des talons ; mais le bon moine se mit à mordre « à belles dents trois ou quatre de ses palefreniers. Il « fut forcé à la fin de monter à cheval, et on lui frappa « avec la main tant de coups sur le derrière, que, « d’après ce qui m’a été rapporté, il a fallu lui appliquer « beaucoup de ventouses sur les parties postérieures; « il est au lit et n’est pas bien. On dit que le pape en a « agi ainsi pour donner un exemple aux autres moines, a afin qu’ils s’ôtent de la tête l’idée d’exhiber leurs moi-

(( neries. Cette Mauresque le fit beaucoup rire. — « Aujourd’hui est venu le tour de la course à la bague « devant la porte du palais, le pape y étant et regar- « dant de ses fenêtres; les prix étaient déjà inscrits sur « des vases. Vint après, la course des buffles : c’était a chose plaisante de voir courir ces vilaines bêtes qui « tantôt se portaient en avant, tantôt reculaient; pour « qu’elles arrivent au but et avant de l’atteindre, il leur « faut beaucoup de temps, car elles font un pas en « avant et quatre en arrière, de manière que le but « est toujours difficile à gagner. Le dernier qui arriva « fut celui qui était en avant, aussi remporta-t-il le a prix; ils étaient au nombre de dix, et, ma foi, ce fut un fameux badinage. Je me retirai ensuite chez « Bembo; je fis une visite à Sa Sainteté, où je rencon- « trai l’évêque de Bayeux. On n’y parla que de masques « et de choses gaies.

« De Rome, ce jour, 8 mars mdxviii, à la quatrième < heure de nuit.

c De votre Seigneurie très illustre,

a Le serviteur, Alfonso Pauluzo. »

Ce sont là les plaisirs du carnaval, dans une cour qui Aunble devoir être la plus grave et la plus décente de l’Italie ; on y voit aussi des courses « d’hommes nus », comme dans les anciens jeux de la Grèce; on y a vu des priapées comme dans les cirques de l’ancien empire romain. — Avec une imagination si fort tournée vers les

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spectacles physiques, avec une civilisation qui donne le plaisir pour but à la vie humaine, avec un affranchissement si complet des soins politiques, des tracas industriels, des préoccupations morales, qui attachent aujourd’hui les esprits aux intérêts positifs et aux idées abstraites, il n’est pas étonnant qu’une race bien douée pour les arts et grandement cultivée ait goûté, inventé et conduit à la perfection l’art qui représente les formes sensibles. La Renaissance est un moment unique, intermédiaire entre le moyen âge et l’âge moderne, entre la culture insuffisante et la culture trop, grande, entre le règne des instincts nus et le règne des idées mûres. L’homme cesse alors d’être un animal grossier, carnassier, qui ne sait qu’exercer ses membres; il n’est pas encore un pur esprit de cabinet ou de salon, qui ne sait qu’exercer son raisonnement et sa langue. 11 participe aux deux natures : il a des rêves intenses et prolongés comme le barbare : il a des curiosités acérées et délicates comme l’homme civilisé. Comme le premier, il pense par des images; comme le second, il trouve des ordonnances. Comme le premier, il cherche le plaisir sensible; comme le second, il cherche au delà du plaisir cru. Il a des appétits, mais il a des raffinements. Il s’intéresse aux dehors des choses, mais il leur demande d’étre parfaits; les belles formes, qu’il contemple dans les oeuvres de ses grands artistes, ne font que dégager les figures vagues dont sa tête est pleine, et contentei les instincts sourds dont son cœur est pétri.

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