Beato Àngelico
brisé le ressort de la volonté humaine, lorsque la monarchie laïque, l’inquisition ecclésiastique, la pédanterie académique, eurent régularisé et amoindri la sève de l’invention native, lorsque les mœurs prirent une apparence décente et les esprits un tour sentimental, lorsque le peintre, qui était un artisan naïf, devint un cavalier poli, lorsque la boutique et les apprentis firent place à « l’Académie », lorsque l’artiste libre et hardi, qui jouait et sculptait ses bouffonneries dans les soupers de la Truelle1, devint un courtisan diplomate, persuadé de son importance, observateur de l’étiquette, défenseur des règles, flatteur vaniteux des prélats et des grands. — Par cette correspondance exacte et continue, on voit que, si le grand art et son milieu sont contemporains, ce n’est pas qu’un hasard les assemble, c’est que le ! second ébauche, développe, mûrit, gâte et dissout avec soi le premier, à travers les accidents du grand pêlemêle humain et les jets imprévus de l’originalité personnelle. Le milieu apporte ou emporte l’art à sa suite, comme le refroidissement plus ou moins grand dépose ou supprime la rosée, comme la lumière plus ou moins faible nourrit ou étiole les portions vertes des plantes. Des mœurs analogues, et, dans leur genre, encore plus parfaites, avaient produit jadis un art analogue et plus I
1. « Les fêtes qu’ils firent ainsi, dit Vasari, furent en nombre I a infini; mais aujourd’hui ces compagnies sont, pour ainsi dire, a détruites. » — Voyez, par contraste, les Vies du Guide, de Lanfranc, des Carrache. C’est Ludovic Carrache qui le premier, au lieu de Messer, se fit appeler Mqgnifico.
LES CONDITIONS SECONDAIRES
parfait encore dans les petites cités guerrières et dam les nobles gymnases de l’ancienne Grèce. Des mœurs analogues, mais, dans leur genre, un peu moins parfaites, vont, en s’établissant, produire en Espagne, en Flandre ; et même en France, un art analogue, quoique altéré ou dévié par les dispositions originelles des races où il se transplantera; et l’on peut conclure avec certitude que, pour amener de nouveau sur la scène du monde un art semblable, il faudra maintenant que le courant des siècles y établisse d’abord un pareil milieu.