CHAPITRE XXV
in
Sous le nom d’industries et arts on désigne l’ensemble des manifestations de l’activité humaine. Une claîSifieation des industries et des arts doit nécessairement s’appuyer sur les différentes espèces de travaux et les différentes espèces de capitaux.
Le travail étant un changement de forme ou de liei opéré par l’homme sur les hommes et les choses, on peut établir la classification des industries et des arts sur les différentes espèces de changement.
l’abord il y a lieu d’établir une distinction entre l’arl et le métier. V industrie peut être regardée comme la réunion de plusieurs arts, exercés en gra id, dans lesquels on emploie, ou dans lesquels on peut employer des machines.
Vart est la réunion de plusieurs travaux exécutés directement par l’homme dans un but déterminé, avec l’aide d’un plus ou moins grand nombre doutils.
j Le métier tient le milieu entre l’art et l’industrie;
c’est un art peu élevé ; c’est une petite industrie dans laquelle l’emploi de machines est possible, g On peut distinguer les industries et les arts sui-
i vants :
\ Quand il y a changement de forme opéré sur les
■j choses: findustrie manufacturière, l’industrie cons-
I tructive, les beaux-arts ;
S Quand il y a changement de lieu opéré sur les
J choses et les hommes: l’industrie du transport, le
I commerce ;
Lorsqu’il y a changement de forme et de lieu opéré sur les choses : l’industrie agricole, l’industrie extractive (mines, chasse, pêche) ;
Quand il y a changement de forme opéré sur les
r hommes : l’industrie et fart de f enseignement, l’art
I de gouverner, l’art de guérir, etc. ;
‘ Quand il y a changement de forme et de lieu
opéré sur les hommes et les choses: l’art militaire. Nous croyons devoir répéter ce que nous avons
dit ailleurs des classifications; la meilleure est toute arbitraire et n’a pas de fondement réel, absolu.
Les différentes industries et arts que nous indiquons peuvent servir de type, pour mieux expliquer l’ensemble de l’activité humaine ; mais il ne faut pas y chercher autre chose. Rien n’est donc plus absurde que d’établir une prééminence entre les dif-
il!
fél entes industries qui n’existent et ne peuvent oxister séparément, qui ne sont que des notions dilférentes d’une même chose: l’activité humaine.
Dans une industrie vous retrouverez des éléments de toutes les autres; pour qu'une indus irie ou un U) t puisse prospérer J il faut que tous les arts^ toutes 1er industries prospèrent, chacune dans une certaine mesure.
Certainement, il y a des travaux qui sont plus utiles les uns que les autres ; nous dirons que les tr ivaux les plus utiles en tout temps et en tout lieu s( nt ceux qui ont directement pour objet la satisfaLîtion de l’instinct de conservation de l’individu et do l’espèce. Avant tout, l’homme a besoin de se nourrir et de se protéger contre les choses et les hiimmes. L’homme a besoin de manger, de boire, do dormir, de se vêtir, de s’abriter et de s’associer pour se défendre contre les dangers qui le ir enacent.
Est-il possible de mettre ces travaux dans une soûle industrie? Est-ce que ces travaux ne tiennent pis de toutes les industries?
Prenez la civilisation la plus rudimentaire; considérez une tribu d’indiens de l’Amérique. Pour vivre, n3 sont-ils pas forcés d’être adonnés à la chasse, à Il pêche, à la culture de certaines plantes, de fabriquer certains objets, de vendre et d’acheter,
d’être constructeurs, médecins, guerriers, de se gouverner, de s’instruire ?
Naturellement, comme ils font toutes choses, ils n’en poussent aucune à la perfection, mais toutes les industries se trouvent en germe dans leurs travaux.
Quand l’homme s’est multiplié, le travail a augmenté et s’est spécialisé ; quand l’association humaine s’est agrandie, la division du travail s’est étendue, et les industries, les arts et les métiers ne sont que ^ des parties de la grande dieision du travail fatale et naturelle.
Il existe donc aujourd’hui des industries et des arts en nombre considérable, et, comme nous l’avons dit, une industrie qui prospère en fait naître et prospérer beaucoup d’autres. C’est immédiatement à côté des grands centres industriels qu’on voit l’agriculture la plus llorissante ; peut-être, dans nulle contrée du monde, on ne travaille autant le fer que dans le petit département de la Seine ; cependant ce département ne renferme ni minerai de fer, ni houille. On peut prouver que l’industrie du fer s’y est développée, parce qu’une infinité d’autres industries et arts y fiorissaient.
Une industrie, un art, est cause et effet d’autres industries, d’autres arts. Ce qui s’appellera dans la circulation débouché. Une industrie est un débouché pour toutes les autres.
Hais il n’est pas vrai qu’une industrie ait également besoin de toutes les autres. Non, chaque industrie, chaque art n’entre et ne doit entrer que pour uns certaine proportion dans l’ensemble de l’activité humaine. Qui détermine cette proportion pour chique industrie? L’action aveugle des hommes et dc5 choses, la fatalité. L’homme qui veut, de parti pr.s, changer cette proportion en donnant trop d’importance à une industrie, commet l’erreur économique la plus grave qu’il puisse commettre*, il
prépare la crise.
Nous le répétons ; les travaux les plus importants er tout temps et en tout lieu sont ceux qui per-
msttent à l’homme de se nourrir et de se protéger c( litre le milieu dans lequel il vit. Toutes les industr es concourent à ces travaux, mais dans des proportions toujours inégales suivant le temps et
l’( space.
L’égalité n’existe pas entre les différentes industries, mais il y a une certaine harmonie entre elles. P Dur que l’harmonie continue à exister dans la production, il est nécessaire ;
1° Que l'homme n'exagère pas volontairement l' hnportajice d’une industrie en regard des autres
il dustries, des débouchés ;
2° Que l'homme réduise suivant une certaine
proportion toutes les industries lorsqu’une seule
d’entre elles est restée, pour une cause ou pour une autre, en-dessous de sa proportion ordinaire.
Lorsque l’harmonie entre les différentes industries est rompue, il se produit le phénomène économique connu sous le nom de crise. Nous en parlerons plus loin.
Les industries et les arts ont donné lieu à des propriétés diverses, à des droits de possession qui se sont établis de différentes manières.
L’industrie manufacturière, l’industrie agricole, l’industrie constructive, les arts industriels donnent lieu à la propriété foncière^ la propriété bâtie, la propriété mobilière, la propriété des marques de fabrique, \di propriété des brevets, etc.
L’industrie du transport appelle des questions sur la propriété des routes, canaux, chemins de fer, des fleuves et de la mer.
Le commerce a créé la propriété des fonds de commerce.
Les beaux-arts ont donné naissance à la artistique, à la propriété littéraire.
Dans l’industrie extractive, on rencontre la propriété des mines, celle delà pêche, celle t/c la chasse.
L’enseignement peut constitue^ un monopole légal, c’est-à-dire la propriété de l’Etat.
Le gouvernement est de droit divin, c’est-à-dire la propriété d’une certaine famille, ou encore, il est
la propriété du peuple souverain. On y rencontre la propriété des emplois publics, C inamovibilité .
Les carrières libérales ont la propriété des d plûmes, la propriété des charges.
L^art militaire a donné lieu à la propriété des g. 'ades.
Les formes de la propriété sont donc très diverses. Toute propriété existe par la force et peut être modifiée par la force.