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QUATRIEME ESSAI

INTRODUCTION

Le titre de cet Essai est certainement appelé à provoquer dès l'abord, chez les lecteurs de ce Recueil, des sentiments très divers. Les uns en souriront; d'autres y verront une occasion de satisfaire leur curiosité de dilettante à propos d'une question qui semblerait devoir être réservée aux théologiens ; d'autres enfin voudront y chercher avec émotion une réponse à des préoccupations qui les hantent et qui les troublent.

Examinons la manière dont chacun de ces groupes de lecteurs semble devoir, après réflexion, considérer l'Essai dont je lui propose la lecture.

Ceux chez lesquels l'examen de la question de la prière entrepris par un homme de science qui demande aux faits et à la raison des lumières et des solutions, ceux, dis-je, chez lesquels cet examen éveillera d'abord un sourire sceptique et même négateur, sont-ils bien sûrs d'être clairvoyants et justes dans leur hâtive appréciation? Le fait de la prière, aussi général et aussi universel que celui de la religion, doitil être passé sous silence, et regardé comme dénué de tout intérêt, et de toute signification dans l'histoire de l'humanité? Son universalité dans l'espèce humaine, depuis les types inférieurs jusqu'aux représentants les plus élevés, depuis les âges préhistoriques jusqu'à l'époque contemporaine, n'est-elle pas une indication significative qu'elle correspond à un besoin de l'âme humaine, c'est-à-dire à la structure, à la constitution de cette âme? Car le besoin de

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l'être et la constitulion de Tèlre s'embrassent intimement et sont inséparables. Le fait que la prière a tenu une place très importante dans la vie de très grands esprits, tels que Newton, Pascal, Tycho-Brahé, Kepler, Faraday, etc., et dans celle de très grands acteurs de la vie bumaine tels que \incent de Paul, François d'Assise, Livingstone, Félix NelT, etc., indique clairement qu'on peut parler d'elle avec sérieux et respect, et qu'il convient tout au moins d'examiner si la pratique de ce mouvement de l'âme constitue un acte rationnel, ou une mesure vaine et inconséquente cbez des hommes de si haute raison. La réponse à semblable question vaut la peine d'être cbercbée, car elle peut fournir soit des indications précieuses, en encourageant l'imitation de tels exemples, soit des documents importants pour la statistique des illusions auxquelles sont exposés même les plus grands esprits, et les natures les plus puissantes. Il y a là une question de confiance ou de méfiance dont la solution importe fort à ceux dont l'attention est attirée vers tout ce qui toucbe à leur vie morale, et au rôle qu'ils sont appelés à jouer dans le mécanisme de l'univers.

Peut-être nos rieurs seront-ils touchés par la valeur de telks considérations, et consentiront-ils à donner à leur humeur des allures de bienveillance qui les rendront attentifs, et les feront rentrer dans la seconde catégorie de nos lecteurs.

L'attention de ces derniers sera certainement d'une con- (]uête plus facile. Envisageant en dilettante la question posée, ils comprendront aisément qu'elle puisse présenter quelque intérêt, et devenir l'objet des méditations non seulement dun philosophe, mais même d'un homme attaché à l'étude des sciences d'observation. Nous osons espérer même que I impassibilité sereine de certains d'entre eux pourra recevoir quelcjues atteintes dans le cours de notre étude, et que leur attention, excitée et émue, parviendra à les ranger dans la troisième catégorie.

Celte dernière comprend les hommes travaillés par la préoccupation de l'au-delà, et qui, se refusant à croire que leurs regards embrassent tout ce qui est et atteignent aux

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derniers confins de l'Univers, cherchent avec anxiété à percer rol)sciiril('' des lioii/ons lointains. Nous savons que leur intérêt ne nous fera pas défaut. Mais il ne suffît pas de les intéresser; il convient aussi de les aider à apaiser dans les profondeurs de leur vie intérieure le conflit si redoutable entre les aspirations du cœur et de la conscience et les exigences de la raison.

Si l'œuvre n'est point aisée, elle n'est pourtant pas inabordable. Et quoique je n'ai pas la prétention d'y suffire, je veux essayer cependant (car ce n'est ici qu'un Essai) d'esquisser une série de données capables de fournir une base rationnelle à la solution de la question de la prière.

Il faut reconnaître tout d'abord qu'il est une circonstance spéciale qui aggrave beaucoup les difficultés de la recherche et les lacunes de la méthode. C'est que l'efficacité de la prière dont la démonstration semble, au premier coup d'œil, passible de la méthode expérimentale et de l'observation, échappe au fond d'une manière à peu près complète au contrôle de ces méthodes par la nature même du sujet et de l'objet de l'expérience.

Les objets d'observation et d'expérience sont ici d'une nature si intime, si propre au sujet qui expérimente ou qui observe, qu'ils cessent d'être accessibles à toute appréciation objective, et à tout contrôle neutre et impartial. Les résultats ne sont pour ainsi dire valables que pour l'expérimentateur lui-même. Ils ne sauraient entraîner la conviction des autres que dans des cas très exceptionnels, et encore toujours très discutables, et très répudiables. Comment, dans ces conditions songer à une démonstration expérimentale rigoureuse P

Les hommes qui portent des jugements sur la prière peuvent être rangés en deux catégories bien distinctes : ceux qui prient et ceux qui ne prient pas. Les premiers croient au pouvoir de la prière. Ils parlent, disent-ils, au nom de l'expérience ; mais il convient d'ajouter qu'ils parlent aussi au nom delà foi. On peut donc suspecter leur impartialité, sans toutefois avoir le droit de suspecter leur sincérité. On peut les

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accuser d'illusion, de riaïvelc ; mais on n'a pas cependant le droit de récuser absolument leur compétence, puisqu'ils observent et expérimentent. On peut, il est vrai, penser qu'ils observent mal, et expérimentent de même; mais c'est là une accusation tout au moins téméraire ou gratuite, puisqu'elle vient de ceux qui ne prient pas, et qui par conséquent n'expérimentent pas. On peut, en outre, invoquer en faveur de ceux (jui croient à l'efficacité de la prière le fait que le nombre des expériences réalisées est extrêmement considérable, car tous ceux qui prient (et ils sont nombreux) le font parce qu'ils sont convaincus du pouvoir de la prière, sans quoi ils ne prieraient pas, et Ions ceux qui croient à cette puissance ont plus ou moins recours à elle, car il est inadmissible que des hommes ayant cette conviction renoncent à ce moyen de délivrance ou de salut, alors que le cours de la vie leur donne de si fréquentes occasions de désirer plus et mieux que leur part actuelle de bonheur.

D'autre part, ceux qui ne prient pas ne croient pas à l'efficacité de la prière. Ils peuvent être dans le vrai, mais il faut reconnaître que leur jugement est à bon droit suspect ; car il vient d'hommes qui non seulement n'expérimentent pas, mais qui même sont incapables d'expérimenter. L'élément essentiel de toute expérimentation valable sur la prière, c'est la prière elle-même, c'est-à dire une vraie prière. Or il n'y a prière que là où il y a la foi. Ceux qui ne prient pas, manquent de cette condition essentielle de la prière ; et si (ce qui est possible) ils ont autrefois cru et prié, on peut sans trop de sévérité leur mesurer parcimonieusement la confiance, car leur infidélité et leur versatilité justifient jusqu'à un certain point des présomptions de tiédeur dans leur foi première et de relâchement dans la méthode.

Telle est donc la situation des deux opinions opposées vis-àvis d'un contrôle expérimental de l'efficacité de la prière. Il en ressort que l'autorité de l'expérience ne saurait être invoquée en faveur d'une certitude soit dans le sens de l'affirmation soit dans celui de la négation.

Mais si la méthode expérimentale ne peut être mise en œuvre pour résoudre la question générale de l'efficacité de

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la prière, à plus l'orlc raison coltc niéthorlo est olle impuissante à fournir une juste appréciation de la relation qu'il pourrait y avoir entre la valeur de la demande el celle de la réponse dans le cas où cette réponse serait considérée comme réelle. Comment en eflel, faire dans un événement le départ exact entre ce qui résulte effectivement d'un appel à une intervention spéciale de la source supérieure de l'énergie qui est Dieu, et ce qui est le fait de l'enchaînement général et logique des causes naturelles et de leurs effets ? Pour parvenir à un résultat incontestable dans une expérience de cet ordre, il ne suffit pas du témoignage d'un seul des deux acteurs qui concourrenl à l'œuvre et d'une enquête unilatétérale. Le témoignage de l'homme qui prie pourrait à la rigueur être accepté comme indication et comme mesure de la valeur intrinsèque de l'oraison, de l'ardeur et de l'intensité de l'acte personnel et volontaire. Mais est-il nécessaire de dire que le témoignage de Dieu lui-même sur l'importance et la valeur de sa réponse et sur la mesure de son intervention serait indispensable pour l'appréciation exacte de l'efficacité de la prière ? Mais ce témoignage auguste et infaillible n'est pas de l'ordre de ceux que l'expérience et la science aient le pouvoir d'invoquer. Dieu est un témoin qui ne peut intervenir dans une enquête scientifique.

La méthode expérimentale ne peut donc fournir une démonstration ni de la réalité d'une réponse à la prière, ni de la valeur relative de cette réponse. Elle ne saurait à elle seule forcer une conviction ; mais on ne saurait affirmer qu'elle n'est pas capable de confirmer et d'asseoir une conviction déjà née, ou mieux une croyance enfantée par les raisons du cœur ou par tout autre moyen que l'expérience. Cette méthode n'a en définitive dans le cas de la prière qu'une valeur limitée au domaine de la personne qui prie. Elle n'a pour ainsi dire qu'une valeur tout individuelle.

Voilà une appréciation qui me paraît juste et vraie pour le présent, et qui restera telle, tant que l'on ne concevra la prière que comme un appel à l'intervention directe de Dieu, et l'action de Dieu que comme une réponse à cet appel. Mais il n'est certes pas interdit d'ajouter à cette conception uni-

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versellement admise el que nous considérons comme vraie dans bien des cas, une conception difTérente, et dans laquelle la personne humaine constituerait le facteur principal, l'action divine restant circonscrite à un rôle général de créateur et de législateur, exclusif parfois d'une intervention directe et spéciale.

Le cours de cette étude donnera de cette assertion un éclaircissement suflisant, et permettra, je l'espère, de comprendre que le problème ainsi posé fait rentrer le phénomène de la prière Çdans certains cas du moins^ dans le domaine psychologique proprement dit. Dans ces conditions, la prière devient justiciable de la méthode expérimentale dans la mesure plus ou moins imprécise que comportent les faits psychologiques.

C'est là, je l'avoue, pour le présent un point de vue plutôt théorique que pratique dans le sujet qui nous intéresse. La mesure d'énergie ou plutôt la mesure des énergies dont le groupement et le concours constituent l'âme humaine, ne comporte pas encore très clairement une application pratique du système métrique. Mais je ne voudrais pas affirmer qu'il en sera toujours ainsi, et m'exposer à un démenti plus ou moins jjrochain de la part de la psychologie expérimentale. Bien des progrès ont été faits dans cette voie, et notamment pour la mesure du temps exigé pour les opérations mentales et pour la transmission de la pensée, de la volonté, etc. Mais il faut reconnaître que le moment n'est pas venu de donner l'équivalent de l'énergie psychique en kilogrammètres ; et nous devons admettre que la solution de la question de la prière n'est pas encore du ressort de la méthode expérimentale rigoureuse.

S'il en est ainsi, ce n'est point en nous appuyant directetement sur cette méthode, que nous pourrons tenter d'édifier un examen critique de la valeur de la prière. Il faudra recourir à d'autres méthodes.

Celle que je me propose de suivre emprunte des moyens de recherche à l'analogie. Ne pouvant atteindre directement l'objet à connaître, elle le rapproche d'objets qui lui sont comparables, mais plus susceptibles d'être observés et éprouvés par la méthode expérimentale ; et de cette comparaison elle

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déduit des analogies rationnollos. La prière est an fond, selon moi. \m déploiement de l'énergie psychique de celui qui prie en vue de provoquer l'action et le concours d'énergies plus grandes encore, et empruntées soit à l'énergie générale, soit an centre et maître souverain de l'énergie, [m prière est un emprnnl d'énerf/ie fait dans un but de'Ierminé à des sources étranqères à celui cjui prie. En prenant pour point de départ cette conception de la prière, je tourne mes regards vers ce que nous pouvons savoir des mouvements, des relations, du transport, des transformations, des accumulations, etc., de l'énergie, et je demande à cet ensemble de connaissances des lumières pour expliquer ce qui, dans la prière peut être accepté rationnellement comme possible, probable, ou réel, en vertu même des notions générales sur l'énergie qui sont le fruit de l'expérience ou de l'observa tien.

Il est bien clair que cet appel inévitable aux ressources de l'analogie ne comporte pas une démonstration directe et une certitude ; car il pourrait y avoir dans le fait de la prière, telle condition obscure, cachée, échappant à nos regards et qui pourrait rendre caduque toute analogie. Nous ne pourrions donc prétendre, et nous ne prétendons pas donner au problème une solution ferme qui commande l'adhésion . La seule ambition qui nous tente et qui ne nous paraît pas exagérée, c'est d'établir que telle ou telle conception des effets de la prière se présente comme conforme à des faits observés dans d'autres domaines, et n'est donc pas contraire aux données acquises et acceptées comme rationnelles.

La question que nous nous posons peut donc être ainsi formulée : la croyance à l'cfiicacité de la prière est-elle ou n'est-elle pas rationnelle ? De quelle manière et dans quelle mesure cette croyance est-elle compatible avec les faits généraux et avec la raison ?

Telle est la question à laquelle nous allons nous efforcer de répondre.

L — Prolégomènes.

Avant d'aborder directement le problème de la prière, je sens le besoin de faire un exposé succint, mais suffisant, des

données générales qui serviront de bases à nos discussions et appréciations ultérieures. Les propositions contenues dans ces lignes préliminaires ne constituent pas des idées banales faisant partie du programme plus ou moins irraisonné, accepté sans discussion par les hommes peu préoccupés de ce qu'il y a au-dessous des apparences et de la surface des phénomènes.

Je n'espère pas que les vues émises ici sur l'énergie et sur ses relations avec ce que Ton appelle matière, reçoivent l'assentiment de tout. le monde, mais je persiste à croire que ces vues auront pour elles l'assentiment de l'avenir, et que les progrès à faire dans les sciences en générai et dans les conceptions philosophiques en particulier leur seront plus Oivorables que contraires. Aussi n'hésité-je pas à m'appuyer sur ces idées pour édifier cette étude de la nature et des effets de la prière.

Je ne me laisserai pas aller à exposer les considérations de divers ordres qui militent en faveur de ces conceptions du rôle et dos relations de la force et de la matière. J'ai eu l'occasion de les exposer et de les développer ailleurs' et je renvoie le lecteur aux diverses publications où je me suis occupé de cette question.

" Je recommanderai aussi vivement la lecture d'une œuvre de Bourdeau ÇLe problème de la vie'^, œuvre posthume très remarquable, où bien des idées que j'avais précédemment émisés ont été développées avec une clarté, une richesse de bon aloi, et une élévation de vues auxquelles je me plais à rendre hommage.

Il y a dans l'univers une masse colossale d'énergie répandue partout et pénétrant partout, si bien qu'il est vrai de dire que le inonde est énergie !

Les découvertes les plus récentes des physiciens tendent à faire penser que la nature de cette énergie est une mais qu'elle revêt des formes très variées que l'on désigne comme forces physiques, mécaniques ou cosmiques.

I . Voir les Essais : Matière et énergie ; L'Uwvers matériel-est-il éternel? 3. Bourdeau, Le Problème de la vie ; Paris, F. Alcan, 1901.

i38 PHii.osopFiir i)F, f.'effort

Avec bon iU)nil)io de [iliilosophcs cl de savants, je crois (|u'il ne fani pas exclure de cette unique énergie, la force dite psychique, l'esprit. Il y a lieu de penser que Ténergie physique nVst qu'une l'orme inférieure, et que l'énergie psychique est une forme supérieure de l'énergie. On ne saurait douter de cette relation quant à la dignité de ces deux états de l'énergie ; mais il n'y a pas entre les deux formes de l'énergie ime différence absolue : et l'on peut trouver entre ces deux extrêmes des formes intermédiaires de l'énergie ; telle est la forme biologique ou physiologique de l'énergie. Elle participe à la fois du déterminisme (absolu en apparence) de la forme mécanique et de l'indéterminisme raisonnant de la forme psychique. L'esprit, c'est-à-dire la finalité intelligente, rationnelle et voulue, se manifeste dans le monde de la vie bien plus que dans le monde mécanique, mais moins que dans le domaine de la pensée.

L'énergie ne se sépare guère pour nous, actuellement du moins, c'est-à-dire pour notre manière actuelle de connaître, d'une forme sensible à laquelle on donne le nom de matière. Bien des raisons concourrent à faire penser que la matière ne saurait être foncièrement distinguée de l'énergie. Quand on serre de près la matière, on n'y trouve que l'énergie. La matière est donc un mode d'être, un état spécial de l'énergie. C'est de l'énergie devenue sensible, de l'énergie adaptée à notre mode de sentir. C'est vme figure de l'énergie, ou de l'énergie figurée. Cet état sensible de l'esprit peut n'exister que relativement à nous, êtres pourvus de sens et qui connaissons par nos sens, c'est-à-dire plus généralement par notre faculté de sentir.

Rien ne permet d'affirmer que d'autres êtres pourvus d'une manière de sentir autre que la nôtre, eussent comme nous la notion de matière, ou la même notion de matière.

La forme matérielle, ou plutôt l'état matériel de l'énergie et de l'esprit peut donc n'être qu'une adaptation de l'énergie à une situation spéciale, c'est-à-dire à l'existence d'êtres sensibles comme nous, d'êtres pourvus de nos sens et appelés à connaître par ces sens.

La sensibilité peut d'ailleurs être elle-même considérée

comme la voie, le moyen par lequel l'énergie diffuse pourra se coordonner et se condenser en centres particuliers qui finiront par aboulir à la formation des individus et des personnalités de divers degrés.

On peut donc concevoir un étal de l'esprit autre que la forme matérielle ; et l'on peut supposer que l'esprit puisse abandonner un jour son état matériel, sa forme matérielle, pour devenir sans forme, sans figure et revêtir l'état d'esprit pur ou l'état de force pure.

Ce ne serait pas là au sens propre du mot une séparation de l'esprit et de la matière ; la matière n'étant qu'un état, qu'une forme de l'esprit, ce serait un simple changement d'état. Il pourrait se produire, quand le rôle de l'état matière étant épuisé, sa fin aurait été réalisée.

Cette fin de l'état matière de l'énergie, semble être la constitution de la personnalité spirituelle en un groupement solidement lié, indécomposable, indestructible, immortel, capable de reprendre sa place comme être distinct dans le sein de la source suprême de l'énergie, c'est-à-dire dans le sein de Dieu.

Dans le monde que nous pouvons observer, et qui est pour rious le champ de l'évolution ouvert à nos recherches, la forme psychique de l'énergie est en réalité un terme de passage, une forme intermédiaire, un degré ascensionnel entre la forme matière et la forme esprit pur. Elle est encore liée, quoique d'une manière et à des degrés qui nous sont profondément inconnus jusqu'ici, aux manifestations sensibles de l'énergie. Aussi est-il logique de penser, que le mode d'activité, le genre d'influence de la force psychique ne diffèrent pas sensiblement de ce que l'on observe dans les manifestations de l'énergie matière et que ces deux formes d'énergie loin de rester étrangères et indifférentes l'une à l'autre, peuvent et doivent s'associer, s'influencer réciproquement, qu'elles doivent entrer en coopération, combiner leurs influences pour aboutir à des résultats communs, à des résultantes.

C'est là d'ailleurs ce que les faits observés commencent à établir largement, à l'encontrc de ce qu'on avait longtemps

l/jO l'IllLOSOl'IIIE DK L EFFORT

pensé, alors que Ton considérait rénergic psycliique et l'énergie matérielle comme entièrement étrangères l'une à l'antre, soit comme nature, soit comme activité.

Les faits de télépathie dont il est à peine permis de douter sont en effet de nature à établir entre le transport de l'énergie psychique et celui de l'énergie matérielle (lumière, chaleur, magnétisme, électricité, son, etc.), des analogies très propres à atténuer la diiïérence profonde et absolue qu'on avait affirmée entre les forces psychiques et les forces matérielles. Les rayons X sont venus encore apporter de nouvelles présomptions en faveur de ce rapprochement, en révélant des vibrations de l'éther bien plus rapides que celles de la lumière ordinaire, si bien que le grand physicien Croockes ne considère pas comme absurde de supposer qu'à la transmission de la pensée peuvent correspondre des vibrations plus rapides encore'.

La découverte de la télégraphie sans fil vient encore apporter un nouveau terme de rapprochement et d'assimilation entre le transport de la pensée et celui des ondes hertziennes.

L'influence de la volonté sur les mouvements des corps matériels à distance tels que les faits qu'a observés Croockes et que nous, avec d'autres, avons observés sur Eusapia Paladino, viennent à leur tour établir entre les agents ou forces matérielles et les forces psychiques, un rapprochement bien remarquable.

Et d'ailleurs, l'influence des signes, de la parole, des phénomènes et des faits extérieurs sur la pensée, sur l'état et les phénomènes psychiques, montrent des relations évidentes qui ne sauraient se produire s'il n'y avait des relations de nature entre les phénomènes physiques et les phénomènes psychiques, et s'ils étaient absolument d'essence différente. Dans le monde physique, les relations et les successions de phénomènes reliés entre eux par des rapports de cause à effet, étaient autrefois constatées, mais on n'en comprenait

1. Sir \N illiam Crookcs. Discours prcsidcntiel prononcé devant la Société pour les Flecherchcs psjchi'{iies, 29 janvier 1897.

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pas le mécanisme et la nature. Ces phénomènes et ces éner gies étaient considérés cuninie de natures dilTércnlcs et sans relation foncière entre eux. On conslatait leurs liens, leur succession, les relations de cause à effet, mais on était dans l'ignorance la plus absolue sur ce qu'il y avait au fond de ces relations et de ces successions.

La découverte de la conservation de l'énergie et des équivalents mécaniques des énergies de divers ordres (chaleur, électricité, lumière, cinétique) ont conduit à la conception des transformations de la force, et surtout à cette conception grandiose de l'unité des forces physiques de l'univers. On a cru généralement devoir s'arrêter là : mais il convient, je crois, d'aller plus loin, et de faire rentrer l'énergie psychique dans cette grande unification. Les forces physiques sont, je le crois fermement, des formes inférieures, des formes rudimenlaires, des états initiaux des forces psychiques et, s'il en est ainsi, il convient de penser que dans le domaine des énergies psychiques on doit retrouver ces phénomènes généraux, ces lois générales qui constituent le domaine commun des forces physiques, ou pour mieux dire, de la force unique ou énergie générale ' .

• Sans prétendre ici passer en revue toutes ces lois générales, tous ces phénomènes communs et généraux, examinons quelques-unes de ces conditions de l'énergie, et voyons si elles ne se retrouvent pas dans les deux domaines.

Il n'est pas douteux, par exemple, que l'énergie physique ou cosmique puisse se présenter à des degrés très variés d'intensité, de puissance, et qu'il ne soit possible de réaliser ces degrés par des accumulations de l'énergie. Une petite force électrique, c'est-à-dire une petite quantité de force électrique, peut être transformée en une force plus ou moins grande de même nature par l'addition de nouvelles quantités d'électricité. C'est ainsi que nous comprenons la charge progressive du condensateur électrique, de la Bouteille de Leyde, et de ces accumulateurs électriques de puissance très

i. .lo renvoie le lecteur au i'''' Essai : De l'Orirntation de la méthode en évohUionisme .

variée que la science et rindustiie mettent à profit aujourd'hui.

A une quantité de lumière peut être ajoutée une nouvelle quantité, donnant ainsi une lumière plus éclatante. La puissance d'une machine à vapeur peut être accrue par un accroissement de combustible donnant plus de chaleur, ou par un perlectionnement de ses organes producteurs de la chaleur et du mouvement.

Une force incapable de produire un effet donné, peut être accrue par de nouveaux apports de la même force et devenir capable de produire cet effet. 11 est de règle qu'une quantité d'énergie physique venant s'ajoutera une quantité d'énergie de même forme, concourt avec cette dernière, à engendrer des résultats, à produire des effets que celle-ci était, ou bien incapable de produire, ou ne produisait qu'en moindre quantité. Bien plus, il est de règle que la quantité d'énergie ajoutée à la quantité primitive accroît les effets de cette dernière dans la proportion même où se trouve la quantité ajoutée par rapport à la première. Si la quantité primitive d'énergie donne un effet égal à i , et que la quantité ajoutée soit ou égale, ou le double, ou le triple, ou le quadruple de la quantité ajoutée, l'effet total sera égal à 2 ou à 3, ou à /i, ou à 5, à condition toutefois que le mode d'application de l'énergie ne vienne pas modifier et perturber l'effet visible ou son travail utile.

Voilà bien ce qui se passe dans le domaine des énergies physiques. Ne peut-on trouver rien de comparable dans le domaine des énergies psychiques? Dans cet ordre de recherches, les constatations et les mesures ne sauraient prétendre à une précision que l'état de nos connaissances est loin de nous permettre. On ne possède pas encore de dynanomètre marquant sur un cadran ou une échelle les degrés d'intensité de la force psychique, de la volonté, de la pensée, de la sensibilité. Nous sommes sur ce terrain obligés de nous contenter d'appréciations vagues et peu précises, 011 l'équation personnelle tient sans doute une place très importante. Mais néanmoins des présomptions sérieuses j)euvent être invoquées et peuvent servir de base à une conception des variations de quantité de la force psychique.

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Ces variations ne peuvent être utilement recherchées que chez rhomme, car la psychologie animale nous livre ses secrets bien difficilement par suite de l'état rudimentaire des moyens d'expression et de l'impossibilité presque absolue oiî nous sommes d'interroger les animaux et d'obtenir d'eux des renseignements exacts et précis sur leur état psychique, sur leurs volontés, leurs ellorts, leurs succès où leurs insuccès dans l'effort.

Néanmoins, si comme je le pense, l'âme des bêtes aussi bien que l'âme humaine est le résultat de l'accumulation et de l'organisation par la matière vivante, et plus particulièrement par les centres nerveux et surtout cérébraux, de l'énergie psychique répandue à l'état diffus dans l'univers, et constituant même la substance essentielle et fondamentale de l'univers, on est bien forcé de reconnaître que ces faisceaux de force psychique qui constituent les individus psychiques, représentent des quantités très différentes suivant les types d'êtres vivants et même suivant les individus d'un même type. Il y aurait donc ici comme dans le domaine des énergies physiques, une énergie pouvant se présenter en groupements de quantités diverses et variables, et pouvant être renforcés par de nouvelles acquisitions à l'aide d'accumulateurs.

La comparaison, même simplement approximative des quantités relatives d'énergie psychique qui composent les âmes d'un groupe d'hommes, est certainement d'une difliculté insurmontable pour le présent; mais tout homme qui s'observe lui-même peut constater qu'il n'est certes pas toujours en possession de la même quantité d'énergie psychique. Les variations sont plus ou moins fréquentes; elles peuvent l'être beaucoup ; et les oscillations dans la quantité du groupement psychique peuvent avoir des amplitudes très étendues. Au fond, on est plus près de la vérité en considérant l'âme himiaine comme une quantité en état d'incessante variation, que connue une quantité fixe et constante.

Les variations de l'âme humaine peuvent tenir tout au moins à trois causes: i" la quantité d'énergie psychique ; 2" le mode de cohésion, d'union de cette énergie, c'est-à-

l/i./j PIIILOSOPIIIK UE l'effort

(lire son mode de giou[)ciMeiil, son organisation en un laisceau plus ou moins cohérenl cl ordonné et en vue d'une synerr/ic favorable aux résultais de Fcllbrl; 3" la qualité même de cette énergie, c'est-à-dire son activité dominante soit connue pensée, comme sensibilité, connue volonté. Une àmc peut être petite; elle peut grandir ; elle peut gagner ou perdre en sensibilité, en pensée, en raison, en volonté, et cela soit pour chacune de ces manifestations isolément, soit en bloc et pour toutes simultanément. Il y a des âmes qui ont paru faibles, débiles, chancelantes, et qui, les circonstances le faisant, se sont haussées à une grandeur d'énergie extraordinaire et imprévue.

Comment se font ces acquisitions, ces croissances de l'âme ? Où en sont puisés les éléments? Comment ces gains sont-ils acquis, et quel est l'agent où les agents de cette croissance ?

Ce sont là des questions bien difficiles à résoudre et pour lesquelles les lumières nous font grandement défaut. Essayons toutefois et sans prétendre à des réponses irréfutables, de trouver quelques explications. 11 en est une qui n'est pas niable. L'âme humaine s'accroît et se fortifie comme le font nos organes et nos énergies organiques, par le travail, par l'exercice, par l'effort, par une sorte de gymnastique. Il y a là une analogie intéressante et très suggestive entre les processus d'acquisition d'énergies physiologiques et d'énergies psychiques. Dans l'un comme dans l'autre cas, l'usage rationnel de l'énergie perfectionne le condensateur, qui à son tour accroît la somme d'énergie. L'habitude de la pensée donne au pouvoir de penser plus d'intensité. L'exercice de la volonté rend plus puissante la faculté de vouloir. La sensibilité bien éduquée et bien appliquée s'affine et acquiert plus de délicatesse.

Le travail interne de la personne humaine élargit donc le domaine de cette dernière et l'enricbit de nouvelles énergies. Mais ce n'est certes pas la cause unique des acquisitions et nous verrons qu'il en est d'autres.

Mais quelle est la source d'énergie psychique, quel est le champ d'énergie auxquels sont empruntées ou ravies ces quantités additionnelles que l'effort et l'exercice viennent ajouter

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à l'àme liumaiiie. L'énergie ne se crée point ; et si nous la voyons apparaître quelque part, oi^i elle n'était point, ou si elle se montre en quelque endroit en quantité supérieure à celle qui y était précédemment, c'est qu'elle vient d'une source d'énergie déjà existante.

Or, il est un vaste champ d'énergie psychique qui est certes à la portée de l'âme humaine. Ce champ c'est l'univers où l'énergie psychique répandue partout constitue la force motrice et organisatrice de la marche évolutive. C'est à cette masse colossale de matériaux, que l'âme humaine peut emprunter les éléments de sa croissance et de son exaltation. Plongée dans cet océan d'énergie psychique, l'âme peut se désaltérer, se nourrir, se fortifier et se donner une grande stature. C'est ce qu'elle a fait d'ailleurs dans sa constitution rudimentaire, dans ses phases normales de développement, et c'est ce qu'elle pourra faire, nous semble-t-il logiquement dans ses exaltations.

Par l'usage judicieux, persévérant de ses sens, de ses organes, l'homme s'empare de cette énergie psychique qui l'environne, et il l'emmagasine dans ses centres nerveux accumulateurs, qui à leur tour la coordonnent, l'organisent, et en foht des éléments nouveaux de la personnalité spirituelle. C'est là le résultat de l'etfort.

L'âme humaine peut néanmoins recevoir du dehors, et pour ainsi dire à son insu, des éléments d'énergie qu'elle n'a pas cherchés, et qui viennent, sans qu'elle en ait conscience, prendre place à côté des parties antérieures du faisceau psychique.

Ces apports d'énergie psychique contribuent certainement à la constitution et au développement du faisceau d'énergie psychique qui est l'essence de l'âme. Mais il serait bien irrationnel d'admettre que ce soit par cette voie lente et progressive que s'accomplissent les accroissements brusques et rapides, les paroxysmes momentanés, dirai-je, de l'énergie psychique de la personnalité. A ceux-ci, il faut pour cause de puissants efforts de la pensée, de profondes secousses de la sensibilité, de grandes occasions de vouloir.

Ces puissantes commotions semblent éveiller et surexciter Sabatiek. lu

le travail d'accumulation pour ajouter à l'âme une nouvelle somme d'énergie psychique dont la forme peut varier suivant l'espèce de stimulation qui a mis en activité l'énergie déjà accumulée et son accumulateur. Nous savons bien peu ce que c'est au fond que l'énergie psychique, mais à la juger par ses elfets (la seule chose que nous puissions faire), elle n'est pas uniforme et revêt des apparences bien différentes. La pensée n'est ni la sensibilité ni la volonté ; il y a là tout au moins trois formes qui, sans être absolument différentes et séparées, n'en sont pas moins suffisamment distinctes pour notre jugement.

Si nous nous représentons l'énergie psychique comme susceptible de revêtir, de même que la lumière, la chaleur, l'électricité, la forme de vibrations de l'éther, l'analogie nous fournira quelques points de comparaison qui pourront, sinon nous éclairer complètement, du moins donner quelque satisfaction à notre besoin de connaître. Il est possible, en effet, que l'énergie psychique possède, comme l'énergie lumineuse, des ondulations de dimensions, de rapidités, d'amplitudes différentes, qui seraient aux manifestations de l'âme ce que sont par exemple les ondulations différentes des couleurs du spectre.

Le faisceau psychique individuel serait une synthèse de ces ondulations différentes comme l'est la lumière blanche du soleil par rapport aux couleurs du spectre*.

Les vibrations sonores de l'air nous fourniraient également un point intéressant de comparaison en ce sens que les vibrations multiples et diverses d'un concert constituent des vibrations complexes et synthétiques dont les rouleaux du graphophone nous permettent d'étudier la forme et les combinaisons-. L'âme est une symphonie où se rencontrent et

1. Les (JifTérences entre les âmes tiennent certainement autant à la qualité qu'à la quantité des énergies psychiques qui les composent. Les différences dans la qualité, dans les proportions des ondulations composantes, peuvent concurremment avec les différences dans les relations et je mode d'association, servir à expliquer ces différences des âmes.

2. Une symphonie diffère d'une autre parles timbres des instruments, par la qualité et les rapports des sons et par la science harmonique qui a réalisé leur coopération, comme expression dune idée ou d'un sentiment.

LA PUIÎCUE l/j-y

s'allient des vibrations diverses en un système plus ou moins heureux, et où les timbres instrumentaux peuvent être savamment équilibrés ou présenter des dominantes plus ou moins puissantes. C'est l'une ou l'autre de ces dominantes que l'eilort, l'exercice, les stimulations efficaces venant du milieu extérieur peuvent mettre en évidence d'une manière plus ou moins saillante.

Mais rame humaine ne peut-elle recevoir d'une autre âme, d'une autre personnalité de constitution analogue à la sienne, consciemment ou inconsciemment, des éléments d'énergie qui viennent accroître son domaine énergétique? C'est là une question que l'on aurait à peine songé à poser il y a quelques années, mais qu'il n'est pas aujourd'hui possible de passer sous silence.

La communication par la parole ou par signe d'une pensée, d'un sentiment, d'une volonté et d'un mouvement psychique quelconque d'une âme à l'autre, avec ou sans Vagrément de l'âme qui reçoit, est un phénomène d'iniluence réciproque des âmes qui constitue un des éléments les plus fréquents et les plus ordinaires de la vie sociale. Personne ne songe à émettre le moindre doute à propos de l'influence que la parole et l'exemple exercent sur la pensée ou sur la conduite des hommes. Ce sont là des faits universellement reconnus comme vrais.

Ce qui est à peine un peu moins du domaine public, c'est la reconnaissance de ce fait qu'une personne puisse à son insu, et dans un état passager ou plus ou moins durable d'inconscience ou de subconscience, recevoir des communications à elle adressées par la parole d'un autre ou par signe sous forme de suggestion. Le fait est cependant réel ; il n'est pas de savant qui en doute. Dans cet état d'inconscience, l'âme reçoit et accepte à son insu les pensées, les sensations, les volontés d'une autre. Il semble que les vibrations de l'une éveillent des vibrations synchrones dans l'âme de l'autre, et que la parole ou les signes sensibles jouent le rôle d'instruments de transmission. Ce sont, semble-t-il, deux postes télégraphiques reliés par le fd de la parole ou par des signes extérieurs perceptibles par les sens.

l/|8 PHILOSOPHIE DE l'effort

Mais, de même qu'il y a une télégraphie sans fil (on le sait aujourd'hui, après avoir longtemps douté de sa possihilité), de même il y a aussi une transmission directe d'àme à âme, sans paroles ou signes servant de fil conducteur de transmission. C'est là le fait des communications ou suggestions mentales ou de la télépathie.

Des faits nombreux, observés, avec toute la rigueur de la science et même expérimentés par des savants avec toutes les précautions qu'exigent des recherches si délicates, peuvent léo-itimement servir de base aune conviction sérieuse à cet éo-ard ; et je me borne ici à mentionner le fait général pour en déduire les conséquences qui me paraîtront en découler.

Les faits de cet ordre se présentent au premier abord comme des exceptions tenant à ce que la constitution de certaines personnalités leur donne une réceptivité tout exceptionnelle et en particulier vis-à-vis d'autres personnalités plus capables que d'autres de projeter en elles leurs mouvements psychiques. Mais l'examen plus approfondi de ces phénomènes tend au contraire à établir leur généralité. Ces phénomènes, réduits il est vrai à des proportions modestes qui les masquent à la foule, sont en réalité mêlés au tissu de la vie sociale dans des mesures considérables et peuvent utilement servir à l'explication de faits très connus et qui contribuent très probablement à l'étabhssement des sociétés humaines par l'échange tacite et par la fusion inconsciente des pensées et des volontés. Qui sait même si ce ne sont pas les degrés divers de cette faculté d'échanges muets et de fusion inconsciente des mentaUtés, qui constituent surtout les aptitudes, et mesurent les tendances à la vie sociale chez des animaux de divers groupes?

Pour l'espèce humaine oii la sociabilité a atteint un degré supérieur, il ne me paraît pas douteux que chaque individu est un centre incessant et plus ou moins puissant de rayonnement et de réception, et que par là s'expliquent mieux que par toute autre considération les courants d'idées, les tendances communes à un groupe d'hommes, les engouements, les répulsions générales, les paniques, etc.. qui se

I,\ l'IUllHE

manifoslcnl jiarlois avec une intensité et une soudaineté qu'on ne peut expliquer. Par là aussi s'établit et s'organise certainement cette constitution psychique des masses humaines qui distinguent si bien les races, les peuples, les nations, et qui permet de parler avec juste raison de Vàme des peuples, c'est-à-dire de la constitution caractérisée de leurs pensées et de leurs morales en un fiiisceau cohérent et pour ainsi dire [)ersonnel en un système de forces psychiques.

On conçoit que ces échanges, ces transmissions incessantes de la vie journalière et uniforme, ces vibrations psychiques d'intensité faible ou modérée ne modifient que , faiblement l"im[)orlance du groupe psychique personnel. Mais on conçoit aussi qu'une puissante et riche personnalité puisse par les im|)ulsions énergiques d'une forte volonté, produire chez une autre personnalité un ébranlement remarquable par la projection d'une somme importante d'énergie psychique. Il y a là pour cette dernière personnalité une acquisition d'énergie qui peut augmenter la somme de ses propres énergies et procurer à l'âme un accroissement durable ou momentané. Ce sont là, me semble-t-il, des vues rationnelles et des résultats très probables.

La conséquence générale que je tire, pour le moment, de cet ordre de considérations, c'est que l'énergie psychique peut se transmettre à distance comme l'énergie matérielle ou physique.

Il y a longtemps déjà que j'ai dit et écrit que l'espace qui nous entoure, au sein duquel nous nous mouvons, est certainement le lieu d'un colossal enchevêtrement et entre-croisement de rayons, de courants et d'influences que nous ignorons complètement, parce que nos sens sont incapables de les saisir, et que parmi ces courants, ces forces, ces souilles projetés dans tous les sens se trouvaient certainement des mouvements d'ordre psychique, des vibrations mentales pour ainsi dire, établissant entre les hommes des communications mentales ignorées et méconnues.

Je ne puis oublier les étonnements protecteurs, les sourires d'incrédulité ouïes gestes négateurs qui ont longtemps accueilli l'expression de ma pensée. Aussi est-ce avec une

I OO l'IlII.OSOI'MlK Ml", r, KKI'OHT

vive salisfaclion que je constate combien les tendances et ratlitnde des savants sur ce point se sont modifiées. Des découvertes fraj)pantes, celles des rayons X et des ondes hertziennes (le télégraphe sans fil) en particulier, ont donné à penser qu'il y avait dans l'espace bien d'aytres mouvements et d'autres forces que ceux que nos sens étaient capables de constater, et qu'un immense inconnu nous échappait parce que les réactifs propres à le déceler et à le rendre sensible faisaient encore défaut.

Je me plais à citer ici, à cause delà haute autorité scientifique de celui qui les a prononcées, quelques parties d'une conférence très suggestive faite sous le titre de Opinions d'un profane par M. Duclaux, l'éminent directeur de l'Institut Pasteur, à la séance d'inauguration de l'Institut psychologique international, le3i janvier 1901. « Comme

vous le voyez, dit-il, la science est l'élargissement de la sensation. Toutes les fois qu'elle fait un progrès, elle ramène au niveau de nos organes imparfaits quelque chose d'existant en dehors de ces organes et que jusqu'à ce moment nous n'avions pas aperçu. Comment comprendre dès lors que le savant qui assiste tous les jours à des éclosions pareilles, n'incline pas naturellement à croire qu'en dehors de ce qu'il voit, il y a une infinité de choses qu'il ne voit pas, que ses successeurs nous apprendront à connaître, et à admettre que le monde qui nous environne n'est pas limité aux forces qui agissent sur nos sens, et qu'il en contient probablement des milliers d'autres.

« Peu à pevi, cependant, dit un peu plus loin M. Duclaux — (et les deux dernières découvertes dont je viens de parler, à savoir celles des rayons X et des ondes hertziennes, y ont été pour beaucoup) — peu à peu l'esprit des savants s'est élargi et a fini par s'ouvrir à cette idée que le monde est immense, que les forces qui y circulent sont en nombre immense aussi, que celles que nous ignorons sont en nombre bien plus considérable que celles que nous connaissons. Si bien, qu'avec cette conception, le monde dans lequel nous vivons nous apparaît comme quelque chose de plus en plus compliqué. >îous savons, en effet, qu'il n'y a pas nécessai-

LA piuî;hf i5i

remcnl de repos réel là où on voil le repos apparent, que plusieurs forces peuvent se réduire mutuçUenient au repos sans cesser d'être. Nous sommes sûrs par quelques exemples, qu'il y a sans cesse circulant autour de nous une masse de Ibrccs que nous ignorons et ignorerons pendant longtemps, des choses auxquelles d'autres êtres que nous peuvent être parfaitement sensibles, car c'est ici que nous retrouvons cette imperfection de nos sens qui ne nous permet pas (le conclure de nous aux êtres qui nous entourent. »

« Par exemple, ici dans cette salle, il circule une quantité énorme de fluides invisibles, insensibles jusqu'ici : ils entrent par toutes les portes, par toutes les fenêtres, à travers tous les murs, et rien ne nous dit que parmi ces forces il n'y ait pas des ondes berfziennes parties de Chicago, absolument comme il y a un écho affaibli des coups de canon qui se tirent à la pointe de l'Afrique. Il y a cela, et il y a bien d'autres choses encore. De sorte que dans ces conditions, cette salle où nous croyons être seuls ne renferme pas que nous. Je crois être seul à m'y faire entendre, mais d'autres voix y pénètrent provenant un peu de toutes les directions, voix faibles, voix confuses, mais que l'on saisira un jour et dans lesquelles nous réussirons à nous débrouiller. »

Et plus loin encore : « On peut admettre qu'il se produira quelque jour une oreille naturelle ou artificielle qui sera précisément assez délicate pour être sensible à ces influences que nous n'appelons aujourd'hui occultes que parce que nous les ignorons, qui pourra les décomposer en leurs éléments composants, et percevoir au milieu de ce silence apparent dans lequel nous vivons, les éléments de ces silences...»

« Eh bien, je ne sais si vous êtes comme moi, mais ce monde peuplé d'influences que nous subissons sans les connaître, pénétré de ce qiiid divimim que nous devinons sans en avoir le détail, eh bien ! ce monde est un monde plus intéressant que celui dans lequel s'est jusqu'ici confinée notre pensée. Tâchons de l'ouvrir à nos recherches : il y a là d'immenses découvertes à faire dont profitera l'humanité. »

Quelque longues que soient ces citations, je n'éprouve

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nullement le besoin de m'en excuser auprès du lecteur, car elles sont une confirmation éclatante, partant d'une bouche très autorisée, de la réalité de ces influences cachées, de ces courants ignorés qui déversent silencieusement dans les âmes des forces provenant soit du monde qui nous enveloppe, soit d'autres âmes comme la nôtre.

C'est là un fait très important et duquel nous tirerons des considérations de grande valeur pour le sujet qui nous occupe.

L'application des forces dites matérielles ou de l'énergie matière, obéit à une loi très générale qui a traita l'action de plusieurs forces ou quantités de force agissant simultanément sur un même point d'application. Cette loi de la mécanique veut que l'objet sur lequel agissent les forces et qui ne peut évidemment suivre simultanément des directions différentes et avec des puissances et des vitesses différentes, obéisse à ce qu'on appelle la résultante des forces composantes. Cette résultante est indiquée précisément par ce que l'on appelle le parallélogramme des forces et est représentée par la diagonale de ce parallélogramme reliant l'angle de rencontre des directions des forces sur le point d'application avec l'angle opposé. Il est aisé de comprendre que plus l'angle des directions des forces est aigu, plus est longue la résultante. Plus une des forces est puissante par rapport à l'autre, plus la résultante tend à être en longueur, égale à la première force, et plus aussi elle se rapproche de la direction de cette dernière. Ainsi donc, toute force, toute quantité d'énergie venant s'appliquer à un objet, influe sur le mouvement de cet objet dans une proportion et suivant une direction qui seront en relation précise avec la quantité relative de cette énergie et avec sa direction.

Dans le domaine des énergies psychiques nous ne sommes pas (pour le moment, du moins) en mesure de formuler avec une précision mathématique les conditions de la résultante des énergies ou des influences psychiques qui viennent concourir à la vie mentale des individus. Mais l'analogie est certainement non seulement permise, mais très probable et

LA PlilKHF. l5o

1res légitime. Nous pourrons nous rendre compte dans bien des cas que nos pensées, nos sentiments, nos volontés sont les résultantes de certaines influences qu'il nous est possible d'indiquer et même parfois de mesurer approximativement. La tâche des philosophes et surtout des moralistes est de retrouver les composantes de nos opinions, de nos affections, de nos déterminations. La lâche des historiens philososophes est de démêler dans les apports d'influence les parts dues au milieu, aux hommes, aux circonstances qui peuvent contribuer à expliquer les actes des conducteurs de peuples, des hommes de l'histoire, apports d'influences qui ont façonné non seulement l'âme des rois, mais aussi celle des peuples. Il y a là des résultantes dont les composantes sont souvent très complexes, très nombreuses, très diiïiciles à discerner, à démêler et à peser, et d'autant plus que parmi ces composantes il faut toujours compter l'autonomie personnelle assise sur la liberté, et dont l'apppréciation exacte nous échappe presque toujours.

Il y a donc dans le monde psychique, comme dans le monde dit matériel, un parallélogramme des forces avec ses composantes et sa résultante, malgré que le monde psychique ne nous permette pas encore, pour bien des raisons, le discernement parfait et la mensuration exacte de toutes les composantes, d'une part, et l'appréciation rigoureuse de la résultante d'autre part. Mais néanmoins une analogie satisfaisante peut être établie et démontrer combien la distinction absolue entre ces deux mondes est loin d'être justifiée.

J'arrête là cette comparaison des énergies psychiques et des énergies physiques. Les ressemblances que j'ai exposées, à elles seules, sont déjà suffisantes pour démontrer que c'est bien à tort que l'on a voulu établir entre ces deux formes de l'énergie une séparation complète et une difTérence de nature.

D'autres ressemblances pourraient facilement être signalées, et l'avenir se chargera très probablement de démontrer qu'il est moins facile d'établir ce qui distingue ces deux formes de l'énergie que ce qui les confond.

l5/i nilLOSOPHIF. PK i-'fffort

Mon but, en faisant l'examen qui précède, était d'établir des données rationnelles et scientifiques à la lumière desquelles on pourrait établir ce qu'il faut penser de la prière et de son elTicacité. La prière, en elïet. n'est au fond qu'un recours à la force, un appel à l'énergie pour obtenir l'accomplissement d'une volonté, d'un désir. Il convient donc d'examiner si les données de la science sur l'énergie permettent de croire que, en dehors de toute action miraculeuse (et par là j'entends toute action contraire ou même étrangère à la nature et à ses lois), la prière puisse être suivie d'exaucement. C'est là la question que nous devons discuter, et pour placer la discussion sur un terrain précis et en dehors de l'équivoque, cherchons ce qu'est la prière, et non seulement ce qu'elle est pour la plupart des chrétiens, mais ce qu'elle pourrait être, en un mot les manières dont elle est comprise et celles aussi dont on pourrait la comprendre.

Laissant de côlé la notion générale de prière, c'est-à-dire de demande, de supplique adressée avec ardeur à une personne dont on solHcite une faveur que l'on n'attend que de sa bonne volonté, nous nous occuperons de la prière dans le sens proprement religieux de ce mot.

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