‹ Philosophie de l'effortChapitre 18 sur 51 · O l'llll,<),S()l>lllE I)K L EFFORT · texte numérisé non relu

O l'llll,<),S()l>lllE I)K L EFFORT

iiisme. Dans les |)liôn()mèiics naliircls, (jiiels qu'ils soient, il \ a aiilrc chose que le mécanisme cvcliisil'; car si Tespril est partout, s'il y a parloiit un(> mcntalilé plus ou moins obscure, nous devons croire que cet élément d'activité qui est au fond volonté et intelligence, qui ne se résout pas à l'inaction et à la servitude, exerce aussi sa part d'influence dans les [)hénomènes naturels, [)art très variable sans doute et par la [)uissan(e et [)ar la qualité, mais part incontestable certainement, quoique écliap[)ant bien souvent à toute constatation.

C'est là un élément qui, précisément à cause de son obscurité, de son humilité extrêmes dirai-je, dans les étals inférieurs de la vie de la matière, échappe si bien à l'observation qu'on croit pouvoir conclure à la domination absolue du mécanisme et du déterminisme mécanique. Mais c'est là une errem- ; à coté de la nécessité mécanique agit l'impulsion d'une volonté plus ou moins sourde, plus ou moins puissante et manifeste, et le règne de l'esprit s'étend jusque sur les domaines où notre œil ne peut clairement l'apercevoir '.

I. Dans mon Essai Évolution et Liberté, reproduit dans ce volume, j'ai sous une autre forme exprimé des idées analogues, en faisant remarquer qu'il y avait très proijaljlemeat dans la matière brute des variations et des mouvements indépendants du mécanisme pur, et qui par leur faible amplitude écliap|iaient à l'observation. A mesure que l'on s'élève de la matière brute à la vie pliysiologique et de celles-ci à la vie psychique proprement dite, l'amplilude de ces mouvements ou variations croit rapidement pour aljoutir dans l'ànie humaine aux phénomènes de liberté morale proprement dite. Mais à mesure que l'amplitude croît, à mesure aussi se révèlent à robser\alion ces variations indépendantes de la nécessité mécanique, qui deviennent ainsi de plus en plus objet d'observation. A ces mouvements libres correspondent des excitations d'ordre mental, c'est à-dire intelligentes et volontaires. C'est là le domaine de l'indéterminé sans doute, mais de l'indéterminé par rapport aux fatalités du pur mécanisme. Dans les phénomènes physiques, les oscillations sont d'une amplitude si faible, qu'elles sont insaisissables et corn-spondent à des décimales que nos moyens de recherches sont incapables d'atteindre.

Les sciences physiques n'enregistrent que des moyennes qu'elles prennent pour des constantes directes ; et c'est pourquoi les phénomènes physiques sont considérés à tort comme obéissant à une absolue nécessité et à un pur mécanisme.

Telles sont les données principales du mémoire que je résume. Qu'il me soit permis de rapprocher des idées que j'y ai formulées, le passage

LA PKI EUE lyi

Or, qui dit espril, dit liberté, dit choix rationnel, discuté et \oulu ; (jui dit esprit dit le contraire de déteriniriisnie aveugle et de lalale nécessité. Conune Ta fort bien écrit M. Fouillée (" La IMiilosophie et son histoire », Revue de niétapliysiqiie et de morale, novembre 1901) : « Aucune l'orme de détermination ou de déterminisme n'égale les déterminalions réelles ; par conséquent, le mécanisme et le mathématisme,» avec leurs déterminations purement quantitatives n'épuisent pas le réel, et laissent place à traulres déterminations, à d'autres raisons et causes plus profondes et plus intimes, de natiue psychique et morale. ...A vrai dire ce qu'on entrevoit sous les formes mathématiques, c'est la vie, et, sous la vie même, c'est l'appétition et la sensation, c'est-à-dire la force du mental. »

Il y a donc un déterminisme idéaliste qui est le déterminisme de la liberté, et dans lequel les causes des phénomènes sont non des causes mécaniques, mais des raisons; et ce déterminisme idéaliste n'exclut certes pas à priori la possibilité d'une influence de la prière sur la vie intérieure de

Suivant du discours de M. Poincaré au Congrès international de physique réuni à Paris en 1900 (Les relations entre la Pliysique expérimenlate et la Physique niatliéntatique ; Rapports présentés au Congrès inlernalional de physique; Paris, Gauthier- Villars, 1900).

« 11 n'est pas sur que la nature soit simple... Ceux qui ne croient pas que les lois naturelles doivent être simples sont encore obligés souvent de faire comme s'ils le croyaient. Us ne pourraient se soustraire entièrement à cette nécessité sans rendre impossible toute généralisation et par conséquent toute science. Si nous étudions l'histoire de la science, nous voyons se produire deux phénomènes [)our ainsi dire inverses: tantôt c'est la simplicité qui se caclie sous des apparences complexes, tantôt c'est au contraire la simplicité qui est apparente et qui dissimule des réalités extrêmement compliquées. Quoi de plus compliqué que les mouvements troublés des planètes, quoi de plus sim[)le ([ue la loi de Newton? Là, la nature se jouant, connue disait Fresnel, des dillicultés analytiques, n'emploie que des moyens simples, et engendre, par leur condjinaison, je ne sais quel écheveau inextricable. C'est là la sinqjjicité cachée, celle qu'il faut découvrir.

« Les exemples du contraire abondent. iJuns la liiéorie cinétiijue des gaz, on envisage des molécides animées de grandes vitesses, dont les trajectoires, déformées par des chocs incessants, ont les formes les plus capricieuses, et sillonnent l'espace dans tous les sens. Le résultat observable est la loi sinq)lc de Marioltc; chaciuc fait individuel était com-

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la matifTc vivante, cl incmc sur celle de la inalièrc brute. Mais nous sommes conduits, d'autre part, à penser que le V(M(> d(< rélément menlal dans la matière brûle, étant particidièrcmonl faible et obscur, Tinllnence exercée sur lui dans la plui)ait des cas, peut être soupçonnée el tbéoriquement admise, plutôt encore qu'obsfMvée el constatée.

^'c serait-ce pas à Tactir de ce déterminisme rationnel <'l idéaliste qu'il faudrait rapporter un fait qui frappe el «tonne les physiciens de nos jours. Tandis, en elîet, comme le remarque M. Poincaré dans son beau discours présidentiel (Congrès international de Physique, 1900), que la science tend à réduire à l'unité les forces physiques de la nature, les lois el les phénomènes physiques ne se présentent pas avec |)lus de sinq)licité, mais au contraire, avec plus de complication. Des lois que l'on considérait comme simples, très générales et invariables, la loi de Mariotte par exemple, se présentent à nos moyens plus précis d'étude comme compliquées, variables, et ne permettant pour le moment des

pliqiK' ; la loi des grands nombres a rétabli la simplicité dans la moyenne. Ici la simplicité n'est qu'apparente et la grossièreté de nos sens nons em[)èclie seule d'apercevoir la complexité.

(( Hien des phénomènes obéissent à une loi de proportionnalité; mais la loi de proportionnalité n'est qu'apparente.

« Et la loi de Newton elle-même.'' Sa simplicité, si longtemps cachée, n'est peut-être qu'apparente. Qui sait si elle n'est pas due à quelque mécanisme compliqué, au choc de quelque matière subtile animée de mouvemenls irrégidiers, et si elle n'est devenue simple que par le jeu des moyennes et des grands nombres ?

« Et enfin, si la simplicité était réelle et profonde, elle résisterait à la précision croissante de nos moyens de mesure ; si donc nous croyons la nature simple, nous devrions conclure d'une simplicité approchée à une simplicité rigoureuse. C'est ce qu'on faisait autrefois; c'est ce que nous n'avons plus le droit de faire.

« Dans les j)hénomènes connus eux-mêmes, où nos sens grossiers nous montraient l'uniformité, nous apercevons des détails de jour en jour plus variés; ce que croyions simple redevient complexe, et la science paraît marcher vers la variété et la complication. »

.J'arrête là ces citations. Elles me paraissent suggestives, et il s'en dégage, me semble-t-il, une sorte de présomption que tant de cojnplication, et tant de dilTicultés d'approcher de la simplicité et de la constance pourraient bien avoir leur source, même pour les phénomènes physlipies. dans l'intervention relative, dans le caractère relatif d'un élément mental, modeste et obscur sans doute, mais réel el effectif.

LA PlUERC 1 y.i

résiillals ninncriques concordants quo juscprà telle on telle décimale.

Faut-il attribuer les dillerences représentées par les décimales variables à rimperfeclion de nos moyens de recherche ;> Cela est soutenable ; mais, ne serait-il pas possible aussi d'y voir, pour une partie tout au moins, l'influence de l'élément mental immanent aux corps matériels qui font l'objet de la physique ?

Les constatations dans cet ordre de recherches seront certainement d'une difliculté insurmontable. Mait peut-être certains faits viendront-ils apporter indirectement des indications précieuses. Cela paraît s'être produit dans le cas d'un savant, Freindler, qui, dans ses conclusions à un petit livre de stéréochimie, dont le dernier chapitre est consacré à la tautomérie, réclame impérieusement une conception dynamiste de l'atome; une spontanéité de l'atome chimique lui étant nécessaire pour l'interprétation des faits exposés dans ce chapitre (Marin, a L'origine des espèces », Revue scientifique , 9 novembre 1901).

Si l'avenir apportait de nouveaux indices favorables à ces conceptions, le moment viendrait de penser sérieusement ce qu'il nous est actuellement permis seulement de soupçonner, c'est-à-dire que la volonté de l'àme humaine, les impulsions de l'esprit sont capables d'agir dans une mesure quelconque, extrêmement faible très probablement, sur la vie moléculaire, sur les mouvements intimes et profonds de la manière brute, et que par conséquent on peut croire a priori que ce dernier domaine n'est pas absolument en dehors des atteintes de la prière.

Mais s'il est logique de penser que tels sont les faits, il n'en faut pas moins reconnaître pour rester fidèle à l'impartialité et à la vérité, que dans ce domaine, le pouvoir de la prière est bien circonscrit et limité, et que, dans Tétat actuel de la constitution et de la puissance de l'êlre psychique humain, c'est là plutôt un pouvoir théorique et logique que réel et elTectif. C'est là une restriclioii nécessaire, (pie la loyauté commande ; mais tout en la faisant sincèrement, il nous reste le droit de penser que si l'état actuel de l'être

t^y/l PHtt.OSOl'IlIF, nK I, KFrOUT

psyclii(]uc liuniain pcnnci à peine de compter sur une inlluencc eilicace de roraison et de la volonté sur la masse ou même sm- la vie moléculaire de la matière, il [)Ourrait dans un avenir quelconque en être autrement, si l'Ame humaine parvenait un jour à grandir en énergie et à acquérir par une évolution progressive une plus liante el plus puissante stature.

Je borne là Texamen du rôle de celui qui désirant vivement une chose, la demande avec ardeur, de celui qui fait une vraie prière.

De cette étude il semble résulter, à mon avis, que l'homme qui prie donne à son être psychique un accroissement momentané de grandeur et de puissance ; qu'il appelle à lui des forces psychiques répandues autour de lui et appartenant à l'âme de la création ; qu'il enrichit son âme propre de nouvelles énergies et la hausse à une stature supérieure à sa stature ordinaire; qu'ainsi grandi, il peut produire autour de lui, et dans des directions qu'il choisit lui-même, des impulsions qui s'ajoutent aux impulsions déjà existantes en dehors de lui, et peuvent ainsi les accroître, les diminuer ou les modifier ; et qu'ainsi se manifestent dans l'oraison des inlluences et des effets qui restant faibles et insaisissables dans l'état équilibré et quiescent de l'âme, atteignent dans la prière des proportions révélatrices dues à l'accroissement de la cause agissante, c'est-à-dire du faisceau d'énergie psychique qui constitue l'âme humaine.

L'expérience ayant démontré que les mouvements de l'âme d'un homme peuvent être communiqués à un autre homme sans signes extérieurs, que la force psychique d'un homme peut agir sur l'organisme d'un autre homme, que celte môme force psychique peut inlluer sur les mouvements de la matière brute, l'âme exaltée de celui qui prie semble devoir manifester ces influences diverses d'une manière plus sensible et donner à la prière une réponse réelle et effective. Mais l'expérience ayant également établi que l'influence de l'énergie psychique d'un homme s'exerce sur l'âme de ses semblables, sur leur organisme et sur la matière brute dans des proportions très inégales et rapidement décroissantes. Fin-

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fluencc (lo la prière semble devoir obéir à ces mêmes conditions, et c'est surlont \orslWniede ses semblables que l'bommepeut projeter les impulsions de son àmc, accrue et exaltée par l'état d'oraison.

J'ai dit que parla prière, l'àme faisait un emprunt à l'énergie psychique diffusée dans l'univers, énergie qu'elle agrégeait à sa propre énergie. Mais la prière ne représente pas dans la pensée de ceux (jui prient im acte unilatéral ; il y a un autre facteur qui d'après eux y jouerait le principal rôle et en serait le grand moteur; ce facteur c'est Dieu.

Dans une seconde partie de cet essai nous allons examiner et rechercher ce qu'il peut y avoir de rationnel ou d'irrationnel dans cette intervention divine, et quelle peut être l'importance et la portée du rôle de Dieu.

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