III. — La piuère et dieu
L'homme qui prie, s'adresse à Dieu, c'est-à-dire à Celui qui est pour lui l'être tout puissant, caj)able de réaliser les désirs exprimés. La prière suppose donc im Dieu personnel qui entend ceux qui lui parlent, qui juge et apprécie, qui peut vouloir et qui veut, qui peut intervenir dans le cours des choses et qui intervient en effet, qui peut modifier dans tel ou tel sens le cours des événements. Un Dieu qui serait dépourvu de ces conditions ne saurait en effet être invoqué.
Le Dieu impersonnel du panthéisme, pas plus que le Dieu indifférent et glacé du déisme ne pieuvent être les dieux de la prière. Mais le Dieu du théisme qui, créateur du monde, dirige celui-ci vers mie fin de justice et de sainteté est un Dieu que Ton peut prier.
Le Dieu de la prière est par excellence le Dieu du christianisme, c'est-à-dire le Dieu créateur et père, le Dieu qui aime sa créature et qui la veut bonne cl heureuse. C'est de lui surtout qu'il sera question ici.
Il ne s'agit pas évidemment pour nous de démontrer que ce Dieu existe ; Dieu n est pas matière à démonstration ; ils
est senti p.ir la conscionco; et c'est li» un ordre d'argument cl de constatation qui pour n'être pas celui tles sciences proprement dites, n'en a pas moins sa valeur. Le mot de Pascal : « Le cœur a ses raisons rpic la raison ne connaît pas » restera toujours un mol vrai, profondément vrai. Ceux, dont la conscience, ce sens intérieur, a senti Dieu, ont le droit irrécusable de pai'ler de leur certitude. Celle-ci n'est pas la certitude mathématique, ni la certitude scientifique, qui résulte de l'induction expérimentale, mais elle est la cerlilude morale qui a sa méthode d'observation et de démonstration au même titre que les autres sciences quoique opérant avec des sens diflcrcnts.
Il est clair que cette certitude n'est pas le résultat d'un mode de démonstration exactement comparable à celui dont usent les sciences dites exactes. Quoique l'expérience y ait sa place, et je veux désigner par là l'expérience intérieure telle que l'organise la conscience morale, la nature des preuves et leurs relations avec le résultat n'ont pas exactement le caractère des preuves sensibles qui servent à établir les faits proprement dits de la science. Ces dernières sont susceptibles pour un fait donné, pour une loi natm-elle par exemple, d'être soumises à une vérification, à une subordination logique qui deviendront les mêmes pour tous les chercheurs, et qui établiront entre elles une échelle d'importance et de valeur qui sera acceptée de tous.
Il n'en est certes pas de même pour les preuves qui déterminent chez les hommes la certitude de l'existence de Dieu et la croyance à tels ou tels de ses attributs. Pour les uns, la preuve capitale, la preuve déterminante est l'ordre qui règne dans la création, puisqu'il révèle un ordonnateur ; pour d'autres, c'est le désordre qui appelle un correcteur et un régulateur; pour les uns c'est le bonheur dont ils jouissent puisqu'il révèle un bienfaiteur ; pour d'autres c'est le malheur qui les frappe, car il rend nécessaire le réparateur ; pour les ims c'est la justice immanente des choses qui prouve l'existence d'un Jj/.<^/^' /«r/<' ; pour d'autres, c'est l'injustice dominante car elle réclame un justicier ; pour les uns c'est la réduction du monde à une grande machine aveugle et mue
r,A l'UlKUE ir'j
\)i\v une force fotalc et brutale qui ne saurait être tout dans runivcrs ; pour d'autres, c'est la finalité évidente et l'influence non douteuse d'une volonlé dirigeante et régulatrice.
Tandis que dans le domaine de la science la classification des preuves emprunte ses caractères à l'importance, à la valeur intrinsèque de la preuve ; dans les preuves de l'existence de Dieu, la valeur relative de la preuve est subordonnée à l'état d'âme du chercheur et à l'orientation de sa conscience.
Il y a là évidemment des différences remarquables qui séparent les deux ordres de connaissances et qui attribuent à l'une et à l'autre des certitudes de caractères différents.
Quoi qu'il en soit, l'homme peut croire à l'existence de Dieu ; il peut aussi ne pas y croire ; et l'une et l'autre attitude ne sauraient cire louées ou blâmées au nom de la science, car la méthode de démonstration est essentiellement personnelle, et nul n'est obligé de considérer comme valables les arguments de son prochain. Mais ce qui est bien certain, c'est que la prière, la vraie prière est le bien propre et exclusif de celui qui considère Dieu comme un être réel et personnel. Il est bien certain aussi que le degré d'élévation et de haute signification de la prière sera (toutes choses égales d'ailleurs) en corrélation directe avec la valeur de la notion du Dieu à qui elle est adressée. La prière du chrétien, de l'homme qui s'adresse à un Dieu de justice et d'amour, ne saurait avoir même valeur morale et même signification que la prière d'un Louis XI ou du brigand calabrais suppliant la madone de les favoriser dans la consommation d'un dernier crime. C'est là une réflexion que je fais en passant, mais sur laquelle je devrai revenir, quand je chercherai à mesurer les eflets possibles de la prière en général.
A ce point de vue du rapport de la signification de la prière avec la conception de Dieu qu'a celui qui prie, il ne paraîtra pas téméraire d'aflirmer que le Dieu du christianisme (c'est-àdire l'idée de Dieu que se font les chrétiens) est par excellence le Dieu de la prière. L'ànie qui s'adresse à lui, en s'efforcant d'harmoniser ses pensées et ses désirs avec la stature parfaite et sublime qu'elle Lui reconnaît, d'une [)art est capable plus
Sabatier. l-i
l'-S PIITLOSOPUII" UF, L F.rFOIlT
f|iie loni au lie do ivalisor on elle les concilions d'accroisscnienl el dexallalion qni sonl les condilions de son pouvoir personnel ; cl d'aulre pari, si Dieu est réellement ce que pense le chrélien, Il doit })lus que tout autre Dieu, être assez puissant pour agir conformément aux souhaits, et assez paternel pour prêter l'oreille aux désirs et aux souffrances de ses enfants. C'est là ce que pense le chrétien qui prie.
Nous devons maintenant examiner non pas si les faits justifient cette conviction, (je me suis expliqué plus haut sur l'impossihilité d'apporter quelque rigueur dans cette recherche expérimentale), mais comment (l'idée chrétienne de Dieu étant acceptée), comment, dis-je, peut se comprendre et se justifier aux yeux de la raison l'intervention divine provoquée par la prière, et surtout s'il est concevable qu'une intervention incessante et incessamment provoquée soit conciliable avec la marche régulière de l'univers et le respect des lois naturelles.
Une première question doit être posée, car sa solution négative supprimerait toutes les autres.
Nous nous plaçons toujours sans doulc au point de vue de la croyance à l'existence de Dieu ; c'est là notre postulat. Mais ridée chrétienne de Dieu, c'est-à-dire d'un Dieu amour, en même temps que justice, d'un Dieu père qui demande aux hommes de se tenir constamment en relation avec lui, qui écoute leurs appels, qui accueille leurs prières, qui entend et qui répond, est-elle aisément acceptable? Estelle rationnelle? N'y a-t il pas quelque conlradiclion dans celte conception de Têlre infiniment grand, tout sagesse et tout science qui non seulement consent, mais aspire à être en communication constance avec l'être fini, débile, ignorant et imparfait qu'est l'homme? N'est-il pas plus aisé de concevoir le Créateur enfermé dans sa grandeur inaccessible, et qui, ayant daigné donner au monde Têtre et l'impulsion initiale, le livre, Tabandonne à rinfinence de ses forces, au jeu de son mécanisme et à Tépanouissemcnt de ses virtualités ?
Il est clair que l'idée de prière qui est une conséquence naturelle de la première notion, c'est-à-dire de la notion
LV l'HIKUE lyq
chrétienne, est exclue de toute possibilité, et perd tout caniclèrc pratique dans le cas où la seconde notion s'imposelail à la raison. Examinons donc quelle est celle des deux iiDlioiis (le Dieu qui est la plus conformé non seulement aux données de la raison, mais aux analogies que suggèrent nos comiaissance de la nature. L'une et l'autre notion de Dieu conq)ortcnt l'idée de création ; c'est-à-dire attribuent à la nature des relations d'origine vis-à-vis de Dieu.
Quelle peut être rationnellement la nature de ces relations? Gomment pouvons-nous concevoir l'œuvre créatrice? La réponse à ses questions est plus que toute autre propre à projeter quelques lueurs sur les relations permanentes du Créateur et de la créatin-e. Aussi allons-nous rechercher celle qui nous paraîtra la plus rationnelle.
Un commun proverbe qui ne manque pas de justesse dit que l'on connaît l'arbre à ses fruits et l'artisan à son œuvre. Si Dieu a été l'artisan du monde, le monde pourra nous donner quelques lumières sur son Créateur. Le monde, et par là j'entends tout ce qui compose l'univers, est dans une certaine mesure le seul laboratoire qui puisse nous donner indirectement quelques notions sur Dieu, puisque Dieu lui-même estliors de l'atteinte de nos moyens directs .d'étude. Prétendre, comme le fond certains, que Dieu est tellement hors de notre portée que nous ne pouvons avoir de lui aucune connaissance, et que nous devons renoncer à raisonner sur lui, ne me paraît paraît pas justifié. Si Dieu a mis sous nos yeux son œuvre, sa grande œuvre, s'il nous a doté du désir et des moyens de connaître, notre droit comme notre devoir sont de chercher à tirer de l'étude de son œuvre une connaissance, même phis ou moins imparfaite de l'auteur.
Dieu ne saurait être soupçonné de fantaisie et de caprice. Ces dispositions mentales défectueuses ne sauraient s'allier (pi'avec la faiblesse et avec un défaut de logique et d'équilibre (pie ne peuvent s'accorder avec la notion de Dieu. S'il a voulu créer quelque chose qui ne fût pas lui, il n'a pu songer à créer quelque chose qui lui fût contraire ou opposé et qui ne portât pas dans son sein le cachet de son origine.
Comment d'ailleurs pouvons-nous concevoir l'œuvre créa-
l8o l'irlI-OSOlMIIE DP. l'f.i'fort
Iriro tlo Dieu ? Quelle est, en dehors de loul dogme imposé, ou de loule idée aveuglément acceptée, le rôle qu'a pu jouer Dieu dans la création? On ne peut imaginer que deux solutions : ou Dieu a tiré la création du néant ou il Ta tirée de ce qui existait précédemment. Tirer quelque chose du néant, faire naître quelque chose de rien est un processus tout à fait en dehors de ce que notre raison nous indique, et de ce que Tcxpérience nous démontre. Nous ne connaissons pas de création dans le sens absolu du mot, nous ne voyons que des transformations, des changements d'état ou de lieu, des modifications qui font varier la figure, l'aspect, la forme ou la constitution des choses, et en font des choses dites nouvelles. Avant donc d'accepter la création ex nihilo, c'està-dire du néant, nous aurons le devoir d'examiner, s'il n'y a pas une solution plus conforme aux données de notre expérience et de notre raison.
La seconde solution est plus rationnelle. Dieu aurait tiré le monde de ce qui existait déjà. C'est là le mode de création dont la nature nous fournit tous les jours des exemples. La manifestation du pouvoir créateur s'observe à un degré déjà assez élevé chez les êtres vivants ; et chez eux la création, c'est-à-dire la production d'un être nouveau, a pour point de départ et pour processus essentiel le détachement d'un fragment de l'être qui crée, portion qui évoluera à l'état de créature. Les êtres vivants ont pour point de départ une parcelle d'un autre être vivant qui en est le créateur ; et cette parcelle se sépare ou se distingue du premier pour former un germe. Le germe est donc un fragment qui s'est détaché du parent. La marche qu'a suivi le pouvoir créateur dans la voie évolutive a de plus en plus consisté à faire produire le semblable par le semblable, c'est-à-dire par le détachement d'un fragment, d'un germe provenant du semblable. Plus l'individualité du parent s'est accentuée, plus la tendance vers la personnalité s'est dessinée, plus aussi l'être créé a eu pour origine exclusive un fragment du semblable.
C'est la loi que le Créateur a établie dans la création à nous connue. Il n'y a pas de raison évidente pour que cette
LA PlUliUE lOI
loi ne soil pas générale et qu'elle ne s'alTirme pas toujours plus, à mesure que Ton s'élève vers les sommet de l'œuvre créée. Y a-l-il quelque raison pour supposer que Dieu ait iuq)osé à son œuvre, à la créature, une loi diirérente de celle ([iril avait jugée bonne et qu'il suivait lui-même en créant? iN'est-il pas [)lus rationnel de penser que cette loi, bonne dans la nature et répandue en elle d'une manière si générale, n'est qu'une extension et une répétition de celle à laquelle le Créateur s'est lui-même conformé ?
Et d'ailleurs, si Dieu a tiré la création de quelque chose, qui était avant elle, quel peut bien être cet antécédent, si ce n'est Dieu lui-même;* Lui seul a précédé toute création. La nature créée serait donc la fdle de Dieu, puisqu'elle proviendrait d'un germe détaché de Dieu, et le Dieu serait à la fois créateur et père dans le sens précis que nous attachons à ce mot. La paternité de Dieu me semble donc la façon la plus rationnelle et la plus conforme à ce que nous enseigne la nature, de comprendre l'origine du monde et le caractère des relations qui le rattachent au Créateur.
Mais de là peut se déduire une solution rationnelle de la question que nous nous sommes posée. Si Dieu est père de la création, il est à présumer qu'il a pour elle des sentiments de père et vis-à-vis d'elle l'altitude et la conduite d'un père.
Le sentiment de la paternité dans l'espèce humaine et chez les êtres vivants supérieurs n'est certes pas l'effet du hasard. 11 répond à une hnalité tro[) évidente, trop utile et même trop nécessaire, pour que j'aie à insister plus longuement à cet égard. Le père est l'éducateur physique et moral de sa progéniture. Il la nourrit, il protège sa faiblesse, il favorise en elle le développement des facultés et des moyens de s'élever qui doivent lui permettre d'atteindre à la stature normale de son espèce. La paternité, comme la création du semblable par un germe détaché du semblable, a progressé dans la série animale avec l'élévation et le progrès des espèces. Plus l'être s'est perfectionné, plus lui ont été assurées la protection et la direction paternelles dans les débuts de son existence et pendant les périodes de la vie où il ne pouvait se suffire à lui-même.
l82 l'IllLOSOlMUE DE L El FOUT
C'est là encore une loi que le Créateur a imprimée dans la création. Y a-t-il quelque raison pour supposer que Dieu ne l'ait pas observée pour lui-même et pour son œuvre? et ne vaut-il pas mieux penser que cette loi qu'il a jugée bonne n'est que l'extension de celle qu'il a suivie et qu'il suit luimême 1^
La création est un germe qui évolue, et qui tend vers la stature paternelle en obéissant à l'impulsion interne qui, comme celle de tout germe, entraîne et provoque le développement de la progéniture. La création évolue vers le développement et le perfectionnement de l'esprit ; et elle le fait dans des conditions de liberté et d'incapacité relatives qui rendent indispensable une tutelle paternelle qui protège, qui redresse, qui soutient, qui encourage et qui, en définitive, assure le résultat.
Cette tutelle inestimable que la conscience clairvoyante de l'humanité a appelée Providence ne saurait agir efficacement si elle ne veille attentivement sur son œuvre et si elle ne conserve avec elle des relations importantes et incessantes.
Mais avec quelle partie de cette œuvre ces relations peuventelles atteindre une activité, une profondeur, un caractère d'intimité même, si ce n'est avec le domaine où l'esprit s'est groupé, organisé, perfectionné en faisceaux personnels capables comme le Créateur d'une pensée, d'une sensibilité et d'une volonté conscientes, personnalités commençant à présenter la ressemblance du père, et constituant dans l'œuvre créée un premier degré évident de l'iiérédilé divine:* L'homme, ce Dieu en espérance, cette créature en marche vers la divinilé, devient l'interlocuteur naturel de Celui qui étant esprit proportionne son intervention et l'elTet de son influence au degré d'évolution de l'esprit qui se rapproche le plus de lui, et chez lequel sans contredit celte intervention et cette influence peuvent atteindre les résultats les plus considérables.
Si je ne me trompe, il ressort de ces considérations que l'homme pour s'adresser avec confiance à Dieu père, n'a rien à sacrifier de sa raison et de son cœur. Voilà ma réponse à la première question.
LA PRIÈUE l83
D'auUcs questions restent à examiner. Si Dieu répond à la prière, s'il inLcrvienl, quelle peut être la nature de son intervention?
On peut concevoir ralionnellcuient deux formes pour le concours que Dieu pourrait [)rcter à Tliomme qui s'adresse à lui et qui implore son aide.
i" L'homme grandissant son àmc dans la prière, par raccroissement de ses énergies, par un emprunt fait aux sources d'énergies psychiques qui l'environnent, Dieu, créateur et maître souverain de ces énergies, peut favoriser cet emprunt et la concentration momentanée et même définitive de ces énergies dans l'àme de celui qui prie.
2° En outre Dieu, source de l'énergie, ne permettrait il pas à l'homme pour cet accroissement de l'âme de puiser l'énergie à sa source suprême et de recevoir de Dieu luimême une part des énergies qu'il demande?
3° Enfin Dieu qui entend les vœux et qui connaît les désirs pourrait, s'il le juge à propos, intervenir directement dans le jeu des événements soit moraux, soit ex:térieurs et en modifier le cours dans le sens désiré par celui qui l'invoque.
Voilà les trois manières dont à notre avis pourrait se réaliser la réponse de Dieu à la prière.
Examinons pour chacune de ces hypothèses quelles sont les considérations rationnelles qui plaident soit contre elle, soit en sa faveur.
Dans le premier cas, l'homme se grandit grâce à l'emprunt qu'il fait aux énergies du milieu. Y a-t-il quelque ohjection sérieuse à faire à la pensée que Dieu sollicité favorise cet accroissement alors qu'il le juge conforme au bien ?
Que Dieu saisisse les mouvements de l'àme humaine et que des relations spirituelles s'établissent entre l'homme et Dieu, est une pensée qui n'a certes rien d'irrationnel. Si les hommes peuvent établir entre eux des communications purement mentales, si les esprits peuvent être reliés entre eux par des liens invisibles, comme les phénomènes de sympatliie, de suggestion mentale et de télépathie permettent de l'affirmer, il serait plutôt étrange que l'esprit divin, c'est-à-dire
l84 PHILOSOPHIE DE l'efFORT
rospril iiK omparablcmcnl le plus capable de sentir, le i)liis capable de connaître, celui dont la présence est partout et qui peut agir [)artout,dùt rester toujours étranger aux impulsions, aux mouvements des autres esprits. Il y aurait là quelque chose de bien illogique; et d'autant plus que les autres esprits ayant été créés par Lui, étant issues de Lui par voie de progéniture sont très probablement, de parThérédité, non certes de même stature, mais du moins de même nature que Lui, et qu'ils peuvent être le lieu de mouvements comparables à ceux qui se produisent en Lui. Nous ne saunons refuser à Dieu la faculté de sentir, d'aimer, de j)enser, de vouloir, que nous accordons à l'homme.
Que Dieu ainsi informé des désirs de celui qui le supplie, et jugeant que ces désirs sont conformes au bien, c'est-à-dire à la marche évolutive ascendante, favorise l'accroissement de l'âme qui l'implore, en l'aidant à ravir à son profit les énergies psychiques du milieu, n'est certes pas impossible, car nous ne saurions affirmer que Dieu ne reste pas dans une mesure quelconque maître des énergies qu'il a créées, et qu'il n'est pas en son pouvoir d'influer sur leur orientation et sur leur distribution.
S'il était vrai que Dieu eût placé parmi les pouvoirs de l'âme humaine celui de s'accroître par emprunt d'énergies nouvelles, il n'y aurait certes rien de surprenant et d'imj)Ossible à ce que Dieu voulût dans certains cas influer sur le succès et le degré de cet emprunt. Il faut bien se dire que cet agrandissement de l'âme humaine par l'effort vers Dieu, n'est au fond qu'une des manifestations les plus hautes, que dis-je ? la plus haute et la plus puissante de la tendance évolutive. Si l'évolution consiste dans une ascencion plus ou moins grande ou accélérée de la créature vers son Créateur, il faut reconnaître que la prière, la vraie prière représente un puissant et vigoureux élan dans cette marche ascendante.
Si l'eflbrt est le levier de l'évolution, la prière est certes le plus grand des efforts. L'homme qui répond à sa fin, qui se conforme aux desseins du Créateur, cherche à gravir par l'effort la longue distance qui le sépare de la stature divine. Les prières représentent dans cette marche des élans plus ou
moins répétés qui le rapproclieront d'autniil plus rapidement du sommet qu'ils seront plus vigoureux et plus souvent renouvelés. Or, si Dieu a voulu que la chose créée s'élevât |)rogressivemenl, et ohéil à ime iinpidsion ascendante qui la rapprochât de lui, il est à croire qu'une (in si sublime, qu'un dessein si grandiose sont restés les objets de sa puissante influence et de ses favorahles volontés. On peut, sans risquer de déraisonner, concevoir son oreille ouverte et son concours assuré à tout ce qui, respectant la somme de liberté dévolue à l'être créé, tend à l'engager dans la voie ascendante évolutive. Or ce serait agir ainsi de la part de Dieu que de favoriser ces agrandissements de l'âme dus à la prière, agrandissements qui, pour ne pas être permanents, peuvent cependant contribuer par leur répétition à donner à l'àme ime stature supérieure et à lui faire franchir une étape vers le divin.
Les considérations qui précèdent me dispenseront de consacrer de longues pages à la deuxième manière dont on peut concevoir l'action de Dieu dans la prière. La plupart d'entre elles s'appliquent aussi à cette seconde conception hypothétique de l'action divine. Peut-on rationnellement penser, en eflet, que Dieu octroie à l'homme qui l'appelle à son aide un surcroît d'énergie psychique puisé dans son sein même? Au point de vue des ressources du pouvoir de Dieu, cela est incontestable. Dieu est la source même de l'énergie. Il ne saurait connaître l'insufiisance et l'épuisement. Dieu dispose donc de sommes d'énergie qu'il pomTait octroyer à Thomme qui les désire ardemment et sincèrement.
Mais cette énergie dont il est si riche, y a-t-il quelque raison pour croire qu'il pcul en dis[)oser en faveur de l'homme, et pour que nous ])ensions qu'il le fait en réalité? Oui, il y a des 'raisons pour cela ; car si Dieu ne pouvait disposer en faveur de l'homme de quantités variables de son énergie, et s'il n'en disposait pas, il serait en cela inférieur à l'homme, puisque celui-ci est capable de communi([uer à riiomme, c'est-t'i-dire à son semblable, ses impulsions psychiques, et de lui céder une partie de ses énergies.
Ce n'est pas, en effet, sans une perte sensible d'énergie.
l86 PlIlLOSOI'IIIi; DI. i/ki-I'Oht
sans dépense et sans falij2;uc que rhommc suggestionne son semblable, et s'il est vrai que les natures les plus énergiques, les volontés les plus fermes et les plus puissantes sont les plus capables d'exercer sur leurs semblables de telles inllucnccs, c'est qu'elles représentent des sources d'énergie moins sujettes à l'épuisement. Ce que l'bomme peut faire, et fait vis à-vis de l'bomme, on peut rationnellement supposer (pie Dieu peut aussi le faire et le fait en réalité. L'affirmative est certainement plus aisée à soutenir que la négative, car l'analogie parle clairement en faveur de la première ; et je ne vois pour appuyer la négative que la considération de la différence colossale de grandeur entre Dieu et l'bomme! Mais si cette différence peut apporter quelques difiicultés (quoique non insurmonlables certes) à l'établissement d'une influence exercée par riionmie sur Dieu, c'est-à-dire par l'infime sur le sublime, par le fini sur l'infini, elle est loin de jouer le même rôle quand il s'agit d'admettre et de concevoir une influence du plus grand sur le plus petit. Et si l'on prend pour point de départ d'une conception du rôle de la prière la notion d'un Dieu qui est puissance et bonté, et plus encore d'un Dieu qui est père et qui comme tel est protecteur et éducateur, rien ne s'oppose sérieusement à ce qu'on admette non seulement la possibilité mais la réalité de son rôle dans la prière, comme dispensateur de ses ressources inépuisables d'énergie en faveur de ceux qui les lui demandent.
Reste à examiner la troisième conception de l'action divine, celle de son intervention directe et sans l'intermédiaire de riionmie dans le jeu des forces naturelles et dans les événements de ce monde.
jN'y a-t-il pas de graves objections à faire à cette croyance que Dieu modifie à son gré les lois naturelles, et apporte par là des perturbations accidentelles dans la marche de la nature;* Mais d'aulro part avons-nous le droit de limiter la puissance de Dieu, e't d'imposer des bornes à l'action de Celui qui, ayant créé la nature, en reste le maître et le souverain ?
La question demande à être bien posée. Piien ne nous auto-
I, \ l'KiÈRE 1S7
risc ccrtainenicnl à circonscrire et à liiniler la puissance divine. Mais il laul bien rcniarqucr qu'il ne s'af^it nuUenicnl ici de la |)uissance divine, mais bien des dclcrniinalions de la volonlé divine. Nous pouvons certes penser que Dieu peut tout ce qu'il veut ; mais veut-il tout ce qu'il pourrait? Voilà la question. Dieu saurait-il vouloir autrement qu'il a voulu, et saurait-il modifier ses volontés ?
Les lois naturelles, rencbaîncmenl et la succession des phénomènes ont été voulus par sa toute science et sa toute sagesse. Abroger, ne serait-ce que pour un instant, une de ces lois, c'est laire l'aveu qu'elle a besoin d'èlre amendée, que la sagesse et la prévoyance du législateur se sont trouvées en défaut, et qu'il leur a manqué la prévision de toutes les possibilités et de toutes les exigences de l'avenir.
Ce sont là des imperfections, des faiblesses propres aux lois humaines ; elles ne sauraient se retrouver dans les Pandectes divines.
Mais d'autre part si rinduencc de la volonlé de riiomme relenlil même dans la nature, j)ourquoi celle de Dieu n'y ferait-elle pas entendre sa voix ? Je déclare que ma raison se refuse à accepter cette abstention divine qui serait passible d'un jugement de décliéance paternelle. Seulement je crois devoir concevoir rintervenlion divine sons la réserve de quelques considérations que voici :
Oui, je crois fermement à l'intervention divine, mais je ne crois pas qu'elle s'exerce à l'encontre des lois naturelles, de ces lois qui sont l'œuvre de Dieu lui-même. Il est permis à Dieu comme à l'bomme de faire concourir à l'accomplissement de sa volonlé les forces naturelles agissant conformémément à leurs luis propres.
Jusqu'où peut aller, ou mieux jusqu'où s'étend celle inlluence divine? C'est ce qu'il esl impossible à noire ignorance d'apprécier, môme dans une faible mesure. Nous ne pouvons dans la profondeur mystérieuse des mobiles et des moteurs cachés qui provoquent les phénomènes, discerner en aucune mesure, la part exclusive de la nature, et la part du Créaleur. 1! n'y a pour nous qu'obscurité et profonde obscurité dans le départ à faire de ces influences. En présence de
iS8 l'iiiLosoi'HiK DK l'effokt
certains lails qui les cloiincnl, et qui échappent à leur explication, les uns parlent d'intervention directe de Dieu, et même de miracle. Qui dira oii est la limite exacte, précise entre les fiiits naturels et les miracles? Pour prononcer sur un pareil sujet un jugement autorisé, il faudra être sûr que le fait surprenant n'est pas et ne sera jamais explicable par le concours des lois naturelles. Personne ne peut prétendre à une science si profonde. Tel fait peut passer pour miraculeux, qui cesse d'être ainsi qualifié le jour où la science en donne une explication suffisante. Il y a cent ans que les communications téléphoniques, que la suggestion mentale, que la télégraphie sans fil, que la télépathie, etc., eussent été classées dans le chapitre des faits miraculeux ; ils en sont bien exclus aujourd'hui. Il faut donc être dans ces jugements et dans ces affirmations dune extrême réserve.
Mais il faut être aussi très réservé dans des affirmations de sens contraire. Pouvons-nous affirmerque dans tel faitétrange, inattendu, surprenant, que dans tel événement de l'histoire, que dans tel fait qui touche de près aux nôtres ou à nousmême, il n'y a pas eu place pour le doigt de Dieu ? Qui est en droit de prononcer là-dessus un jugement sans appel? Dieu a certainement pour faire concourir les forces naturelles à l'accomplissement de ses volontés des moyens que nous ne pouvons soupçonner. Que de forces à nous inconnues ! Que de phénomènes pour nous insaisissables ! Que savons-nous, pauvres et infimes créatures que nous sommes, de l'outillage puissant et mystérieux dont est armé le laboratoire divin ?
Les considérations qui précèdent et qui ont leur valeur incontestable n'interdisent certes pas de croire à une intervention directe de Dieu dans les événements matériels de ce monde*; et si telle est la conclusion qu'il nous est permis d'en tirer, ceux qui tournent leurs regards vers Lui dans la prière peuvent rationnellement espérer une réponse de sa part.
Néanmoins, tout en croyant à la possibilité d'une intervention directe de Dieu dans l'accomplissement des vœux de ceux qui l'invoquent, je vois quelques raisons sérieuses de penser que c'est surtout par l'intermédiaire de l'homme et
en lui déléguant SCS pouvoirs sous forme d'énergie spirituelle cpie Dieu assure l'exaucement des prières.
Si le rôle de Veffort dans les progrès de la nature créée, et surtout dans l'exlialtation de rame humaine, a l'importance capitale que nous lui prêtons, il faut penser que Dieu a réservé à Texcrcice de l'elTort une place spéciale dans la répartition des énergies, et qu'il lui a octroyé une part prépondérante de ces dernières. L'homme qui prie reçoit de Dieu la mission et le pouvoir de réaliser ce qu'il désire ; et il est l'exécuteur de sa propre volonté, que par la prière il a transformée en volonté divine.
C'est là une conception qui ne rabaisse certes pas la dignité humaine, et qui manifeste à la fois la puissance et la bonté divines. Je m'y rattache volontiers.
Voilà, me semble-t-il, comment on peut envisager, sans faire le sacrifice de sa raison, les relations que la prière peut établir entre Dieu et l'homme, et le rôle que Dieu peut jouer à côté de l'homme en collaborant avec lui à la réalisation des désirs de l'âme qui sollicite son concours par un élan vigoureux de confiance et de volonté. Voilà des manières de penser, dontj'ai établi sulïisamment, me semble-t-il, le caractère rationnel. Il y a pourtant une objection qui pourrait leur être faite, et que je ne veux pas laisser sans réponse. L'intervention de Dieu, soit pour aider l'âme à s'agréger de nouvelles énergies puisées dans les énergies du monde, soit pour lui octroyer directement des parcelles de sa propre énergie, constitue aussi bien que l'intervention directe de Dieu dans les phénomènes naturels, constitue, dis-je, l'introduction dans l'univers d'énergies nouvelles, et un nouvel a[)port d'énergie de la part de Dieu à son œuvre.
C'est là une circonstance qui mérite notre attention, car elle paraît nettement en contradiction avec le premier principe de la thermodynamique connu sous la désignation de principe de la conservation de l'énergie, et qui peut se formuler ainsi : La somme des énergies diverses est constante pour un système qui n'est pas soumis à une influence extérieure. L'énergie ne se perd pas ; elle est impérissable, elle ne s'annule pas, elle se transforme.
if)0 pinr.osopiiTE de i, efiout
Si donc nous devions considérer Tunivers, le monde coninu> nn système isolé, non soumis à une influence extérieure, nous serions certainement autorisés à croire que ses énerf,'ies se conservent, et ne s'annulent pas ; mais nous ne pourrions admettre qu'elles augmentent, qu'elles reçoivent de nouveaux apports.
Or, il faut reconnaître que Fétude des forces cosmiques, des forces dites du monde matériel n'a pas révélé d'une manière sulfisamment claire, l'introduction de forces précédemment absentes, et dont l'origine devrait être forcément recherchée dans une source d'énergies cosmiques extérieure à l'univers. On ne pourrait donc penser à une intervention divine dans le domaine des foits d'ordre physique directs. Mais il convient d'examiner si nous devons attacher au principe de la conservation de l'énergie, même dans le domaine des forces cosmiques, une précision et ime rigueur si absolue que même la plus faible intervention divine ne puisse trouver place dans les mailles d'un réseau si serré.
Dans l'essai Evolution et liberté, et dans une note du présent essai, j'ai exposé assez longuement ce que je croyais devoir penser et ce que d'autres pensent aussi de la contingence des lois delà nature. J'ai insisté sur cette considération que même le monde matériel, le monde des forces cosmiques paraissait être le siège d'un certain degré d'indéterminisme et de contingence qui se traduisait par des variations de très faible importance, produisant ainsi dans le jeu des lois de la nature des oscillations contingentes assez petites pour échapper dans rimmense majorité à l'observation directe, mais qui dans certains cas se manifestent par une sorte de spontanéité.
Je ne veux certes pas imiter l'exemple de certains naturalistes philosophes qui, lorsqu'ils sont embarrassés dans leurs spéculations par une loi naturelle, ne trou\ent rien de mieux que de la couvrir d'une négation purement gratuite. Jusqu'à ce que la loi de la conservation de l'énergie ait été contredite par la science et par l'expérience, je veux donc fermement en tenir compte. Mais je tiens aussi et avec raison à ne lui prêter que le degré de rigueur et d'exactitude précise qui est en harmonie avec la nature des choses.
t.\ Piiir.uE if)l
Or s'il csl iino loi fjiii puisse rtre considérée comme le résultat crune moyenne, et non comme l'expression d'une quantité directement constante, c'est bien la loi de la conservation de l'énergie. La formule de cette loi est le résultat de Textension théorique à tous les phénomènes de l'univers, d'observations et d'expériences liés [)arlielles, très localisées, et dont nous avons même le devoir de penser que leurs détails intimes, leurs conditions profondes et fondamentales échappent à notre perspicacité. La loi de la conservation de l'énergie dans le monde matériel, est donc une loi d'approximation, et sous ce rapport elle est dans le cas, on peut le dire, de toutes les lois de la physique.
S'il en est ainsi, elle n'exclut pas des interventions cachées, j)eu sensibles, peu observables pour nous, d'énergies venant de l'extérieur, et par conséquent de l'énergie divine, de l'énergie venant de la source suprême de l'énergie.
J'ai d'ailleurs à propos de cette intervention insisté dans les pages qui précèdent sur les limites réservées, où nous pensons que Dieu lui-même a cru devoir la renfermer puisque c'est lui qui a fait le monde ; et l'exception irrationnelle ne saurait trouver place dans l'œuvre d'im tel architecte. Mais quant à l'intervention de Dieu dans le monde de l'esprit, nous pouvons la concevoir comme très large et très importante, car aucune loi connue et vérifiée n'est encore venue apporter dans le domaine spirituel des restrictions et des limitations d'influence qui seraient imposées parles lois de la thermodynamique. Et si, comme nous le verrons dans l'essai : KiU'r(jic et malicrc, si, dis-je, il est vrai que même certaines formes de l'énergie cosmique se montrent à nous comme émancipées à divers degrés des lois de la thermodynamique, nous n'avons certes aucune raison pour refuser ces privilèges de la liberté, cette manifestation libre d'activité et de s[)ontanéil('' à l'énergie libie et spontanée, c'est-à-dire à rénergie-esprit ; et chacun reste autorisé à penser que dans telle ou telle circonstance, il a reçu dans son Ame de la source suprême de l'énergie un concours direct et un apport réel. Il V a des consciences très élevées et des esprits très puissants qui ont le sentiment profond qu'il en est ainsi ; et rien dans
If)2 PIULOSOPIIIK nE L El FORT
Triai cl(! la science ne s'oppose à ce qu'ils restent fidèles à celle inluilion qu'ils considèrent comme appuyée sur l'expérience du cœur.
Pour clore ces considérations sur la possibilité do Tinlcrvention divine dans l'univers, et sur la réserve que la science elle-même commande aux tendances négatives, je soumets à la méditation du lecteur cette belle page du grand physicien W. Crookes'.
« L'univers entier, tel que nous le percevons, est le résultat du mouvement moléculaire. Les mouvements moléculaires se conforment strictement à la loi de la conservation de l'énergie, mais ce que nous appelons loi est simplement une expression de la direction suivant laquelle agit une forme de l'énergie, ce n'est pas cette forme de l'énergie elle-même. Nous pouvons expliquer les mouvements moléculaires comme ceux des masses, nous pouvons découvrir toutes les lois physiques du mouvement, nous n'en serons pas moins aussi éloignés que jamais de la solution du problème de beaucoup le plus important; quelle sorte de volonté et de pensée peut bien se trouver derrière les mouvements des molécules, forçant celles-ci à suiAre un sentier tracé d'avance ? Quelle est la cause déterminante qui agit dans la coulisse ? Quelle combinaison de volonté et de pensée guide, en dehors de nos lois physiques, l'agitation purement mécanique des atomes, de manière à leur faire former ce monde matériel où nous vivons?
« Dans ces dernières phrases, c'est avec intention que je me suis servi de mots à signification large, que j'ai parlé de direction le long de sentiers tracés. Etre vague en pareil sujet, c'est être sage, car nous ne pouvons absolument pas dire si en telle circonstance un pouvoir extérieur ne peut pas produire un changement dans le système actuel des forces terrestres. Nous ne pouvons pas plus en être sûrs que, voyageant dans un train-express, je puis être sur qu'aucun aiguillem- n'a appuyé sur une poignée pour diriger le train
I. Sir W. Crookes, Discours prononcé devant la Société pour les Recherches psychiques, le 2g janvier 1897; trad. par M. Sage.
LA PRIÈRE Iq3
sur telle ou telle voie. Je puis calculer exactement la quantité de charbon brûlée par kilomètre, de manière à pouvoir dire à chaque minute combien de kilomètres nous avons couverts ; mais à moins que je ne puisse voir sans interruption les aiguilles de la voie, je ne puis pas dire si elles ont été manœuvrées ou non, avant le passage du train.
« Un être tout puissant pourrait régler le cours de cet univers, sans qu'aucun de nous pût jamais en découvrir les ressorts cachés. Il n'aurait pas besoin pour cela d'arrêter le soleil au-dessus de Gibéon. Il pourrait faire tout ce qu'il voudrait par une dépense infinitésimale de force produisant des modifications ultra-microscopiques sur le genre humain. »