‹ Philosophie de l'effortChapitre 24 sur 51 · FINALISME · texte numérisé non relu

FINALISME

Je tiens à éclairer celte proposition par un exemple, et je le choisis à dessin parmi les dispositions anatomiques les plus lMind)Ies et en apparence les plus simples, parce rpie la démonstration de la nécessite cFune direction finaliste pour

sciences. Dans ce discours remarquable sur La Conscience au point de vue bioloijique, et sur lequel j'aurai roccasion de revenir, l'auteur soutient avec raison que la conscience est un problème strictement biologique. « La dilTcrcnce la plus frappante, dit-il, entre les processus des corps animes et ceux des corps inanimés, c'est que les premiers ont un but ; ils sont téléolo(jiques. La distinction est si nette que le biologiste peut très souvent dire /)oi/r</(io/ telle structure existe, ou pourquoi telle fonction est accomplie, alors qu'il ne peut dire que très imparfaitement, et le plus souvent pas du tout, comment la structure existe, ou comment la fonction est accomplie. La conscience n'est qu'un exemple particulier de ce fait; c'est du reste un exemple excellent de cette particularité des sciences biologiques : nous ne savons pas ce que c'est que la conscience, nous ne connaissons pas ]e comment de ses fonctions, mais nous savons po(/r(jaoJ elle existe. La conscience n'est, du reste, pas seule à échapper à nos tentatives d'analyse; tous les autres phénomènes de la vie sont finalement dans le même cas. »

Je crois trop à l'impossibilité d'établir une distinction radicale, une séparation entre la psychologie et la biologie pour ne pas applaudir aux considérations qui précèdent. Un point seul me paraît mériter de ma part les plus expresses réserves; c'est celui de la différence que veut établir Minot entre les processus des corps animés et ceux des corps inanimés. Serait-il vrai que ces derniers n'ont pas de but et ne sont pas téléologiques? Je ne le pense certes pas. Je reconnais que le pourquoi des processus inanimés nous apparaît bien moins clairement, dans la plupart des cas, que celui des processus animés. Mais est-ce là une raison pour déclarer que ce pourquoi, c'est-à-dire un but leur manque entièrement. Outre que cette proposition est très téméraire, en ce sens qu'elle sépare la nature en deux parts très différentes, l'une téléologique avant un but, et l'autre atélcologique livrée au hasard aveugle et au mécanisme grossier (ce qu'il sera difficile de faire accepter par une saine logique), il faut encore et surtout ajouter que les processus des corps inanimés ont certainement leur but, leur fin, leur pourquoi, quelque difficile qu'il nous soit le plus souvent de l'apercevoir. L'affinité et la combinaison des acides et des bases est un fait trop général, trop universel pour qu'il soit l'effet d'un pur hasard et qu'il n'ait pas son pourquoi, son but, sa raison d'être. C'est là un processus dont je ne crains pas d'affirmer qu'il est téléologique. Sous ce rapport donc la différence des processus n'est pas dans l'existence ou l'absence d'un but, d'un pourquoi, mais dans l'évidence plus ou moins grande pour nous de ce pourquoi.

Allons d'ailleurs plus loin, et disons qu'il ne saurait y avoir, sous ce rapport, comme sous tous les autres, de différence radicale, absolue entre le monde dit animé et le monde dit inanimé, et qu'il n'y a entre les deux ordres de processus que des ditférences de degré, de complication, de perfectionnement, d'activité et que partout est la vie.

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l'établisscmcnl d'une disposition rclativemenl simple, ne saurait évidemment manquer d'acquérir une plus grande autorité vis-à-vis des structures et des dispositions organiques, savantes et compliquées.

I/autolormalioii lonctionnelle seule n'expliquera [)as comnionl il s(> lail (|ui', thns Téconomie animale, im sphincter ou tout autre moyen de rétention soil élabli à Torilice de tout réservoir dans lequel il est visiblement utile, que le liquide soit temporairement conservé, soit parce qu'il faut qu'il y séjourne suiïisamment pour y être mis à profit (aliments, sécrétions utiles, venins oll'ensifs et défcnsifs), soit parce que son écoulement continuel aurait des inconvénients plus ou moins sérieux pour les tissus voisins, ou pour l'hygiène générale de l'individu, ou même pour la simple commodité de l'animal (urines, substances odorantes, matières fécales, excréments quelconques). Voilà cependant une disposition constante à laquelle il n'y a peut-être pas une exception réelle et complète, tandis que les réservoirs dont les liquides peuvent se déverser conslaunnent sans inconvénients conservent la liberté de l'orifice. On invoquera ici des causes mécaniques. Je les admets. On dira que les liquides qui exigent la présence d'un sphincter sont ordinairement des agents irritants qui provoquent au voisinage de l'orifice de sortie des stimulations capables de provoquer à leur tour des contractions musculaires, qui à leur tour aussi sont de nature à produire à l'orifice de sortie une hyperformation de fibres contractiles dans la couche des muscles circulaires du réservoir et de son conduit excréteur. Celte explication mécanique est admissible, quoique non sans réserves dans bien des cas. Mais cette explication mécanique admise, elle n'est certes pas suffisante pour répondre aux exigences d'une causalité rationnelle et allant au fond des choses. 11 faut expliquer, encore et surtout, cette heureuse coïncidence, cette suite favorable de causes et d'effets, cet enchaînement logique qui fait que ces phénomènes mécaniques se produisent précisément là où ils sont utiles et nécessaires, et ce fait général qu'il a pu y avoir et qu'il y a eu surproduction de fibres et de contractions musculaires là même où il était important et très utile qu'elle eût lieu.

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l\^iir allcindre cctle fin, l'cxcilalion procluilo ymv le liquide et Tefiet de ce stimulus sur le développement des muscles jouent le rôle de louayes ou d'('lapes intermédiaires ; mais il faut encore les e\[)rK|uer. Pourquoi j'oxcitalion aiguë ne se produit-elle qu'au voisinage de l'orifice du canal excréteur, et non dans tout le parcours de ce dernier ? Parce que, dira-t-on, a ce niveau la forme de répitliélium qui recouvre la surface extérieure voisine est modifiée. L'épitliélinm du canal était, par adaptation, moins sensible à l'excitation du liquide, que répilélilium de l'orilice lui-même, et il protégeait [)lus enicacemeni les terminaisons nerveuses sensitives. (.rest très vrai ; l'épithélium du canal s'est adapté par im contact permament avec le liquide excitateur, et la sensibilité s'est émoussée. Mais pourquoi cette modification si bien localisée de l'épithélium au voisinage de l'orifice de sortie, modification appelée à produire de si utiles résultats? Pourquoi pas en ce point un épitliélium moins sensible aux conditions excitantes et altérantes du liquide rejeté? Parce que, répondra t-on, le nMe de cet épithélium étranger à la cavité du canal excréteur, ou situé sur ses confins, est d'être le plus souvent en rapport avec un autre milieu, liquide (eau, etc.) ou gazeux (air, etc.); et qu'étant par cela même moins adapté au contact du liquide déversé, il est plus facilement excité par ce dernier. L'épithélium transmet aux terminaisons nerveuses sensibles qui l'avoisinent une excitation qui provoque par action réflexe des conlrations vives et répétées des muscles de la région et par là la formation d'une couche musculaire prohibitive sous forme de sphincter.

Voilà en efîet une série d'actions mécaniques qui peuvent expliquer la formation de bien des sphincters. D'autres sont dus à des causes mécaniques diflérentes, le sphincter labial par exemple, le sphincter palpébral, le sphincter de l'iris ; ces sphincters sont appelés où à retenir dans les cavités des matières cjui leur viennent du dehors (sphincter buccal), soit à protéger le globe oculaire et à étaler sur la conjonctive le liquide lacrymal qui la lubréûe (s[)hincter palpébral), soit à mesurer la quantité de lumière qui doit pénétrer dans l'œil, soit à remédier aux inconvénients de l'aberration de

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