IMIILOSOIMIIR PI-: 1, KKFOHT
sphéticlli' du crislalliii dans l'adaptation de la vision au dislanros (sphinclor de Tiris). Leur étude nous montrerait égale iiumiI des séries tTaclions mécaniques se conditionnant successivemenl, comme» [)our les sphincters destinés à empêcher récoulemenl continu des lirpiidcs des réservoirs, et de le rendre intermittent.
Restons donc dans ces limites, et voyons si le mécanisme dont nous venons de parcourir les divers processus exclut d'une manière évidente toute recherche de la réalisation d'une lin. '
In li(juide sécrété d'une manière plus ou moins continue est dé\ersé dans un tuhcou canal dont nous devons supposer le calihre uniforme, car la dilatation ne saurait être que consécutive à la rétention du liquide et par conséquent à l'établissement d'un sphincter. Ce liquide tend à s'écouler d'une manière continue, au fur et à mesure de sa sécrétion. Cet écoulement continu aurait pour l'organisme des inconvénients sérieux. Il est donc utile et sage de les éviter.
Pour cela il faut rendre l'écoulement intermittent. Comment? En transformant le tube en réservoir dilaté oi^i le liquide puisse être accumulé pendant quelque temps, avant d'être rejeté. Comment peut être provoquée cette dilatation ?
Par une constriclion de l'orifice de sortie, constriction capable de produire l'accumulation du liquide et la dilatation du canal qui en résulte, sous forme de réservoir, mais capable aussi d'être vaincue à un moment donné, de manière à permettre l'écoulement intermittent du liquide accumulé. Comment produire une constriction à la fois permanente et intermittente?
Par le développement, au niveau de l'orifice d'un anneau composé d'éléments contractiles, sans doute, mais présentant une combinaison heureuse de contractilité et de tonicité. Car la contractilité sans tonicité suffisante ne produirait qu'une constriction temporaire, et suivie très souvent de fatigue et de relâchement. Cet élément est une fibre musculaire distincte, physiolpgiquement et anatomiquemenl, des fibres de la vie de relation, aussi bien que des fibres
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de la vie végétative pure. Les muscles dos sphincters sont certainement autres que les autres nuiscles, car il y a relation intime entre la forme et la fonction.
IMais, ces muscles annulaires spéciaux, qu'est-ce qui en provoquera la formation? Une excitation locale des nerfs sensibles du voisinage de rorifice.
Pourquoi cette excitation se localisera-t-ellc à ce niveau, ou dans son voisinage ?
Parce qu'à ce niveau la forme de Tépithélium change ; et que l'épithélium du voisinage de Torifice du canal plus sensible à la stimulation du liquide sécrété que celui du canal lui-même qui est toujours en contact avec lui, transmettra aux terminaisons nerveuses sensibles une impression, qui sera transmise aux centres nerveux sensitifs, lesquels répondront par une excitation des centres moteurs.
Cette dernière provoquera au niveau de Torifice une contraction musculaire active et souvent renouvelée, qui sera le point de départ d'une activité musculaire extraordinaire et, pai- suite, d'une hyperformation musculaire, c'est-à-dire d'un appareil musculaire capable de fermer l'orifice et d'y constituer un sphincter.
En outre enfin, ces impressions apportées par les nerfs centripètes aux centres nerveux correspondants, et les excitations motrices qui en résultent, déterminent dans ces centres des modifications de structure qui aboutissent à la constitxition d'un centre nerveux spécial, d'une masse spéciale de neurones constituant un mécanisme organique destiné à assurer et à régler l'activité de l'anneau musculaire constricteur.
Voilà, me semblc-t-il, la série des phénomènes qui peuvent expliquer la genèse des sphincters, dans la plupart des cas. A oilà, si l'on veut, pour employer la terminologie d'IIaeckel, « une autoformation fonctionnelle de la structure conforme à une fin ». Mais cette autoformation est-elle absolument et nécessairement autonome? C'est-là ce qui est très contestable. Qu'y voyons-nous ? Une fin à réaliser, c'est-à-dire l'établissement d'une structure correspondant à une fonction utile à l'organisme.
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T/inn)(trliiiice cl le caractère impératif, dirai je, de Fulililé de la loiiclion, c'est-à-dire de la lin à réaliser, manque d'autant moins d'évidence que T importance et la valeur de la structure se montrent en relation directe avec la nécessité et l'ntililé de la fonction. Là, en efTel, où les liquides peuvent avoir un écoulement continu sans préjudice pour l'animal, soit [)arce que le liquide est iiuitile et peut être rejeté sans inconvénients directs ou indirects, soit parce que le milieu aquali([ue on vit l'animal est appelé à entraîner ce liquide et à lui errlever sa nocivité etc., les constrictions spliinclériques sont faibles ou même nulles à l'extrémité terminale du luhe digestif, ou ailleurs. De sinqiles valvules membianenses, où simplement la tonicité de la membrane cutanée snllisent à clore Torilice, el à protéger en même temps la cavité du réservoir contre Tintroduction des corps extérieurs ou contre l'invasion de l'eau ou des liquides ambiants. Dansd'aulrescasoù le séjour momentané des matières dans les réservoirs est justifié par leur utilisation, le sphincter peut également faire défaut; mais il est alors renq)ln(,é par des dispositions qui ont rendu la formation inutile. C'est ainsi que chez les oursins dont l'orifice anal est entoiué de plaques et d'une enveloppe cutanée plus ou moins rigides qui le maintiennent fermé, tant que la poussée intestinale ne le dilate pas, le sphincter anal fait entièrement défaut. Il en est de même chez l'antédon. C'est ainsi encore que les sphincters font détaut en général là où l'appareil moteur des liquides à expulser se réduit à des cils vibratiles, qui peuvent l)ien assurer une progression lente du liquide, mais qui ne sauraient provoquer une accumulation rapide et une pression importante au voisinage de l'orifice de sortie. Dans ces cas la résistance de l'appareil cutané ambiant sullil à retenir les liquides dans le réservoir jusqu'à ce que Taccunudation ait atteint un degré suilisant. Les sphincters paraissent donc se développer en raison de leur utilité et de l'importance de la lin qui leur est assignée pour les besoins et l'intérêt de l'organisme.
Il y a donc là une série très remarquable et très ingénieuse de processus anatomiques, et physiologiques, s'enchaî-
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nant avec une lof^i<|iio cl une sagesse, dirai je, qui n'excluent certes en rien Fintervention d'une intelligence et d'une volonté, c'cst-à dire d'une sorte de conscience biologique. Contre cette opinion argucra-t-on ce que ces processus sont des phénomènes généraux de la naliiie qui n'ont rien d'absolument spécial à la constitution des sphincters, et qui se retrouvent dans mille autres formations organiques dilTérentes de celle-ci 1* Je ne le nie certes pas.
Mais est-il nécessaire que toute formation nouvelle, que toute création d'organe ait pour moyens d'exécution, des processus et des mécanismes entièrement nouveaux et différents de tous les autres? Cela est-il nécessaire pour qu'on soit autorisé à admettre une cause agissant en vue d'une fm? Je le nie absolument. Est-il nécessaire encore que pour toute disposition organique ayant pour effet de répondre à une fin il faille invoquer une influence miraculeuse? Je le nie également. Est-il encore nécessaire que, pour chaque cas particulier de la réalisation d'une disposition anatomo-physiologique, il y ait intervention directe de l'intelligence et de la volonté suprêmes, intervention j^ersonnelle du Créateur, et production d'une détermination spéciale de sa volonté ? Je le nie encore absolument.
Mais ce qui est nécessaire pour qu'il me soit démontré qu'il y a une cause agissant en vue d'une lin, c'est d'abord qu'une (in à réaliser soit évidente, (et par fm, j'entends ici une disposition, une organisation, une fonction nécessaires ou utiles il l'organisme); c'est ensuite que cette fin soit réalisée.
Le caractère d'une cause intelligente et volontaire n'est pas d'user pour la réalisation de chacune de ces œuvres de processus qui n'ont rien de commun avec d'autres processus employés par cette même cause dans la production d'autres œuvres. Le caractère d'une cause intelligente et volontaire, c'est d'avoir su, dans l'exécution d'une œuvre générale et grandiose, comme l'est l'univers, ou même comme l'est seulement la nature organisée, d'avoir su, dis-je, établir im ensemble merveilleux de moyens composés d'actions et de réactions, de formes et de stiiictures, de pouvoirs et de
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propriétés, un ensemble, tlis je, si riche, si élastique, si souple, si puissant et si bien harmonisé, qu'il réponde par sa lépélition, par son eiu[)lt)i renouvelé, par ses combinaisons diverses et innombrables, par ses adaptations si variées, qu'il réponde, dis je, aux exigences de la construction de tous les organismes, à l'achèvement de tous les appareils nécessaires, au jeu de tous les mécanismes, à l'accomplissement de toutes les fonctions, à la satisfaction de tous les besoins, et pour tout dire à la réalisation de toutes les fins louables et utiles.
C'est dans cet ensemble de moyens, que peut être reconnu en eflct un mécanisme dans lequel les forces générales de la matière ont leur place naturelle. Le Monisme qui reproche tant aux philosophes spiritualistes et théistes leur illusion, peut trouver là certainement l'explication de la sienne. Car dans chacun de ces moyens il est aisé de discerner encore des traces de mentalité. Mais où l'illusion est complète, à mon sens, c'est quand le matérialisme moniste veut considérer comme un pur mécanisme aveugle, comme une autoformation sans finalité, les jeux très variés, les combinaisons innombrables, les harmonies merveilleuses qui se révèlent dans l'emploi de ces moyens, de ces processus, en vue des fins si diverses et si sages qui se laissent clairement discerner.
C'est là surtout, en effet, que se manifeste le caractère d'une cause intelligente et libre agissant en vue d'une fin, dune puissance qui raisonne et qui veut, et qui a su déposer dans les matériaux primaires de l'édifice à construire des germes d'intelligence et de volonté, capables de mettre sagement ces matériaux en œuvre conformément à un plan sagement conçu.
« Que le mécanisme gouverne le monde, dit avec raison M. Charles Richet ÇLe Problème des causes finales, par Sully Prudhomme et Charles Richet, 2" édition, Paris, Alcan, 1908), cela n'est pas douteux. Mais rien n'est expliqué par le mécanisme. C'est une constatation, voilà tout. La formule de l'attraction n'est pas une théorie; c'est l'énoncé d'un fait. »
Uni, le mécanisme du monde est un fait ; mais il n'est pas
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une explication. Il y a à cnlr de lui le plan nécessaire pour le construcleur ; et il y a le moteur du mécanisme. Pour Sedg^vick-Minot, le moteur prochain, c'est-à-dire celui qui paraît résider dans les choses mêmes, c'est la conscience, c'est-à-dire une des deux choses fondamentalement différentes qui composent Tunivers, la force et la conscience Çtwo fundamcntnUy (Ufferent lliinf/s in the univcrsc, force and conscioasness^y
Minot désigne sous le nom de conscience, ce que d'autres (et moi notamment) appellent e.ç/)/^'/. Il la considère comme une cause véritable (a triie caiise^, affectant directement le cours des événements.
« La conscience, dit-il, est le pouvoir de changer la forme d'énergie, et elle n'est ni une forme d'énergie, ni un état du protoplasma, Conscioiisncss Juis Ihe poiver lo change the forni of enercjy, and is neilher o form of ener<jy nor 0 slale of protoplasm. »
C'est donc une faculté douée d'intelligence, de volonté et de liberté ; et c'est elle qui préside aux adaptations et aux évolutions du monde animal et peut-être de toute vie. « Une étude fianche de la conscience, dit-il, doit convaincre tout biologiste que c'est le phénomène fondamental de la vie animale au moins, sinon (comme cela est tout à fait possible) de toute vie. » Et plus loin : « L'impression téléologique est gravée sur toute la vie ; les fonctions vitales ont un but. Ce but est toujours la conservation de l'individu ou de la race dans son environnement (m its environnieni). L'évolution entière des plantes et des animaux est essentiellement l'évolution des moyens d'adaptation de l'organisme aux conditions extérieiires... La conscience est un facteur évident et prépondérant des moyens d'adaptation chez les animaux. Sa supériorité est si grande, qu'elle a été, pour ainsi dire, impatiemment développée par la sélection naturelle et dotée diiistruments constammentaméliorés en vue de son œuvre ».
I. « Tlie prnl)lem of conscloiisiiess in its biological Aspects», Science, N. S., vol. XVI, 11° 892, '4 juillet i(j02. Addrcss of the Président of the American Association for tlie Advanccmenl of Science (Piltsburg Meeting, 1902).
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El [)liis loin encore : « Il me paraît inconcevable que révolution des animaux ail [)u avoir lieu comme elle a lieu aciucllemcnl, à moins rpie la conscience ne soil, un facleur réel el dominant. A mon avis, il n'est pas possible de se soustraire a celle conclusion : que la conscience se trouve en relation causale immédiate avec les processus physiologiques. »
La conception de Minot est donc franchement finaliste ; et au-dessus du mécanisme physique dont il reconnaît la réalité, ce naturaliste-penseur n'hésite pas à mettre conmie cause prochaine des adaptations organiques et fonctionnelles, c'està-dire de révolution du monde animal et probablement aussi du monde végétal, l'esprit sous forme de conscience.
Mes convictions déjà énoncées bien des fois dans mes publications antérieures aussi bien que dans la publication présente, ont avec les convictions de Minot de très grandes affinités sur lesquelles je désire revenir dans un Essai spécial. Comme lui je crois que rétablissement des mécanismes et des fonctions dans le domaine de la vie est le fait d'une cause capable d'apprécier, de vouloir et d'introduire dans l'être vivant les modifications utiles à son évolution. La présence et les effets de celte cause je les retrouve dans l'analyse des mécanismes et des structures des constructions organiques en apparence les plus modestes, aussi bien que dans les édifices organiques les plus brillants.
Et cette cause intelligente et bienfaisante je n'hésite pas à la considérer comme émanant de la cause suprême chez laquelle la sagesse et la bonté sont à la hauteur de la puissance.