I. UNIVKUS MATKKIl-I, KST IF, ÉtEHM:i, :' /|3r
lirih' par des forces qui dérivenl d'un [)olcnliel, esl |>âiii d'un coilaiu élal avec une certaine Ibrce vive, et qu'il revient au même état, il y revient avec une force vive amoindrie ; le long du cycle forme parcouru par le système (pour revenir au point primitif de dépail) il y a eu nécessairemeiU perle de /hrce rire.
Donc on ne peut construire un mécanisme qui de luimême revienne périodiquement au même état, et avec la même force vive, ou avec une lorce vive accrue à chaque révolution ; d'où lésulte que le inourement perpétuel est impossible.
Donc encore dans un système sollicité par des forces quelconques, le liavail des forces ap|)liquées au système pendant un certain tenqis n'est pas, comme l'exige la mécanique de Lagrange, égal à l'accroissement de la force vive pendant le même temps. Il surpasse toujours cet accroissement. Les forces supposées pour expliquer cet écart, les forces de viscosité de Navicr par exemple, devront donc avoii- un travail toujours négatif, et tendront à diminuer la force vive, à relarder ou à arrêter le mouvement ; ce seront toujours des résistances passives, jamais des puissances actives, et l'on a le droit de se demander pourquoi ces forces cachées n'iront jamais dans le même sens que les forces sensibles, et pourquoi les transformations non compensées n'auraient pas quelquefois des valeurs négatives et les transformations com|)ensées des valeurs positives. A cela la mécanique ne peut faire aucune réponse.
Elle avait à répondre à deux desiderata : démontrer l'exislence réelle, déteiminer la valeur et le sens des forces cachées, des forces ordonnées, etc., et expliquer pourquoi res forces agissenl toujours dans \\n sens négatif, opposant toujours leurs ell'ets à ceux de la force vive et ne les ajoutant jamais à ces derniers. Elle n"a répondu à aucune des deux questions posées que par des hypothèses que l'on |kmiI (jualifier (le gratuites et pleines de fantaisie.
Et cependant cette sorte d'im[)ulsion négative imprimée aux phénomènes naturels est d'une généralité absolue. Elle se rencontre non seulement dans les mouvements sensibles.
/|o() l'iiii.osoi'iiii. ))K I. RrionT
dans les (Irplacoinonls, mais aussi dans les ctlianlVcmcnls ol les rcrroidisscniciils, dans les conijn'cssions cl les dilalalidiis, dans les l'usions ol les vaporisations, dans les léaclioiis clii nii(|ues, les élccliisalioiis ci les fermentations. Si bien, i'cronsnous remarquer, que le monde est un chantier où se consomment d'une manière continue des pertes énormes de force vive.
« La conclusion s'impose, dit M. Duliem : les mouvemenls C4iclii's, les mouvements ordonnés, que l'on a invoqués pour rcndn^ compic des écarts loujours de même sens que les modilicalions réelles présentent par rapport aux lois de la dynamique et de la ihermodynamique, ne sont pas entièrement (|uelconques ; ils forment vme catégorie déterminée dans linliiiic diversité des mouvements |)ossibles.
« Mais ak)rs on est amené à se demander jirmrquoi, parmi linlinie variété âes mouvenK^iIscachés el ordonnés possibles, ceux-là seuls sont léalisés qui correspoiidcnl à des /Y'.s/.s7r//?rc.s* passives ; pourquoi les autres ne se rencontrent jamais dans la nature, pourquoi à côté des systèmes incapables de mouvements perpétuels, on ne trouve jamais de systèmes où le mi»u\emenl |)erpétuel se réalise. A ces questions la im'rdiiniiic ne ixintil ixis anoir de réponses.
« I^M tliermodynamique impose à tous les phénomènes du monde matériel une tendance dans un nicine sens ; il non résulte pas que ces phénomènes ne puissent tous s'expliqu(>r par des combinaisons de ligures, de mouvements, déniasses et de forces. Mais V hypothèse rjiie tous les effets de la matière lirule sont d'essence mécanirjue ne rend aucun eonijile de la commune tendance (jui sollicite tous ces effets. »
Les principes de la gravitation newtonienne avaient lait croire à la stabilité des astres et de leurs orbites. Lagrangc, Laplace, Poisson, Delaunay, Tisserand, Cilden avaient accu mule des travaux pour démontrer que cette stabilité est assurée. Mais M. Poincaré a dû abandonner cette conception et reconnaître ([ne cette stabilité des astres n'est que relative, et pour des durées très longues sans doute, mais non pas éternelles. La dissipation de l'énergie, telle qu'elle résulte des lois
L UMVKUS MAlKKirj. EST-IL ÉTKIINEI, ? 'j,)^
de 1.) Uicriiioclyiiaiiiiqtic el du [)iinci[»c de CarnoL, est une raison siillisante pour douter sérieuseiiicnl de la constance i'l(Miielle des orljiles des astres el de la stahilité de TuniNers matériel.
i'^n outre, dit iM. l'oinrarré, les astiesne S(jnl pasdes points nialliématiques, et ils sont soumis à d'autres forces que la •gravitation newtoniemie ; el ces forces complémentaires el les propriétés physiques particulières des astres (solidité, élasticité, viscosité, température, étal magnétique) doivent avoir [)(iur ellel de modifier peu à peu les orbites.
\o[[h donc des raisons de croire à Tinstiibilité de l'univers matériel .
Il y n là des résultats importants pour la conception de l'avenir possible de l'univers. Tls gènenl fort (il n'en pouvait être autremenl) les spécijlalions des théoriciens de la stnhi/ilc de Tunivers, et par suite de son élcrnite. L'école moniste a senti la valeur de ces objections tpii menaçaient son docjinc de Vélcniilé et de la slahi/ite t\o Tunivers.
• Ses représentants, y ont répondu non par des aiguments probants, mais pai- une fin de non-recevoir. L'entropie les gênait; ils ont trouvé commode de la nier dans l'univers, ('e principe, disent-ils, se vérifie sans doute dans toutes les tianslormalions de Corées mécaniques et physiques s'cxerçanl sur des qnantilt'-s limitées cl dans des lem[)s finis, dans nos opérations industrielles ou nos expériences de laboratoire; mais il n'est pas démontré que dans un système infini et éternel, la réversibilité ne se réalise [)as, et que si la gravitation, le travail, le mouvement se transforment constamment en chaleur, la chaleur ne puisse redevenir gravitation, pesanteur, tra\ail, mouvement. Ainsi raisomie M"" Clémence Royer (///.s7o//r du ciel, i()Oi).
Iheckel, le pontife actuel du monisme, lla-ckel, auquel ses beaux travaux de zoologie feront certainement plus d'honneur que ses spéculations philosophicpies, n'use même pas de la formule dubitative de M"'' lioyer. Il n'est pas démontré..., avait dit celte dernière, llœckcl formule sans hésitation la négative.
43S l'iiii.dsopiiii. 1)1. i,'i.iiniir
« Le monde, dil-il, n'a pas plus cuninieiué qu'il ne linira. De nirnie (pie Tuniveis est infini, de même il restera éternel- Irnienl vu ukhivcuk ni ; la ("oice vive se Iranslbrme en force de tension el iurcrscinciiL l)ar un j)rocessus iiu'nlerroiiipii... T. a seconde proposilion de la lliéorie mécanicpie de la clia- Icuf conlrcilil la prciiticrc et doit cire Sdcri/icc. » VA lla-ckel (Lt'A' fjiifjnics (le l'univers, traduction française de 1902) de dire, comme Clémence Uoyer, cpie la dissipation de l'énergie, que l'entropie sont des réalités dans des cas particuliers, dans certaines conditions mais que dans le giand tout du cosmos, les choses se [lassent bien autrement.
La faiblesse d'une telle argumenlation est Araiment inouïe. Comment ? peut-on dire aux logiciens que je cite, vous rejioussez le second principe de la thermodynamique parce (piil contredit le premier, celui de la conservation de Fénergie, et parce qu'il ne s'appuie pas sur une expérience ayant pour cliain[) le grand Imit? Et (pie r(^j»ondrez vous au raisonnement inverse? (^)ue lépondre/.-vous à quel(ju'un qui viendrait nous dire : « le [)rincipe de la conservation de l'énergie dans Tunivers est en contradiction avec le second, celui de l'entropie, et doit être sacrifié. Il le peut d'autant plus aisément qu'il n'est démontré que dans des applications particulières, dans nos machines el dans nos laboratoires; mais dans le grand tout du cosmos, les choses se passent bien auliement. »
Je ne vois pas ce que les auleius de la prcmi('re argimienlatidii [xiuiraient ré|)ondr(' à la seconde. (>ar la généralisation du princi|)e de la conservation de l'énergie de l'univers n'est pas le résultat d'une autre manière de raisonner que la généralisation du principe de l'entropie. Dans l'un comme dans l'autre cas, la science use d'un procédé qui est, certes, loin d'avoir une valeur absolue, et qui consiste à étendre au tout, à l'univers, des résultats qui sont forcément, pour nous, localisés et circonscrits aux minimes proportions des parties que nos observations et que nos expériences peuvent attein dre. C'est tout ce que peut faire la science ; mais il faut qu'elle sache ce que valent ses alïirmations, et qu'elle les formule avec une dose de prutlencc et de niinh-ratioii que n(;