I.'lMM;I'.v MAirilU-.l. I.ST II, ICriCKMI.? \?>f
coimaîl pas réminciil iialiualislc cl'lcna, dans sa ilt'liriilioii et sa proclamation des dogmes du monisme.
V ces affirmations gratuites et à ces jugements partiaux d'ILeckel je me contente d\ip[)oser, en les répétant ici, les ])aroles im[)orlanles du 1res éniinent président du Congrès inlernalional de plivsifpie, allinnaiil (pie m le conce[)t de l'entropie est amsi unircrscl que celui de ['cner(jic, et f[u'il .semble, comme lui, recouvrir une realîlé. »
Je suis disposé à croire que ce sont les affirmations si gratuites que je viens de combattre qui (jnt, au sein du Congrès de physique (3" section : Thermodvnaniique ; 2" séance, procès-verhaux sommaires), qui ont, dis-je, conduit M. Brunlies à laire qnrhpies réilcxions relatives à notre sujet, et à propos d'une comniunicalion de M. Lippmann. « [^.a (pieslion la plus importante peut-ètrede la pliilosopliie scientiliqueactuelle, dit A[. Brunlies, est celle de la compatibilité ou de l'incompatibilité de la ibermodynamique et du mécanisme. Le mécanisme... a été contesté de notre temps au nom de la thermodynamique. 11 paraît, en ell'et, très bien s'accorder avec l'idée de la conservalion de Ténergie, mais non avec le second [)rin ci|)c auquel les Anglais ont donné le nom de dérjradalioii de l'éiienjie. Il y a, en elTet, dans le monde quelque chose qui se conserve, mais aussi quelque chose qui5'a.fe. Rien ne se crée, mais quelque chose se perd. Si on arrivait à concilier celte idée avec la conception d'un nioile purement mécanique, on ne verrait pas, en tout cas, triompher le mécanisme auquel nous ont habitué ceiidin.s riifi/di-isnlcûrs cl f[ni cvchil lidée de dêrjradntioii et (Wisure du monde. »
Je me permets de faire ici remarquer que ce n'est pas un philosophe, un simple idéologue qui parle ainsi, mais que c'est un physicien, dans un congrès international de physique.
,1e laisse à la compétence dv^^ [)hysiciens, que ces problèmes intéressent particulièrement, le soin de résoudre cette contradiction apparente entre les deu\ principes de la thermodynamique. Je me permets seulement de donner, de cette contradiclion, une explication métaphysique, qui s'accordera peut être un jour avec l'explication d'ordre physique qui
'l'io PiiiT.osoT'HiF ni: i. r,i tout
nouna en rlit- |iru)Ki.s(''r. Tdul |»li('iiom<;MO f^énci-al, loutc question conccniaiil imo loi nalurcllo esl susceptible à la fois (l'une solution d'ordre [)liysi(|ne et (Tnix' solntion d'ordre niélahysiquc. La solution d'ordre physique envisage le mécanisme et le comment des phénomènes ; tandis que la solution irordic iiii'l(iiiliYsi(jiic concvviir la recherche du pour^Ho/, des misons et de la /in du phénomène. « Il > a du géométrique jKutonl. a dit Leibnitz, et il y a du moral partout. » Ilicn nest pin^ m\ù cl plus conrorme à hi natniedes choses.
Mais il convient d'exposer d'ahord les faits, les données fondamentales et préliminaires de la question avant d'aborder la solution d'ordre métaphysiqvie que je propose.
« Il \ a dans le monde, quelque chose qui s'use », dit M. lirindies. (Juel est ce quelque chose i' C'est, semblerait-il l'énergie. Serait-il vrai que l'énergie subit l'usure et la dégradation, tandis que la matière resterait constante et indestructible ;>
Et d'abord l'énergie s'usc-t-elle .^ Le principe de la conservation de l'énergie nous la représente comme constante et indeslincliblc ; le principe de Carnot nous dit qu'elle ne se détruit pas sans doute, mais qu'elle devient peu à peu inutilisable et indisponible. Certains physiciens parlent de dissipation de l'énergie, terme d'ailleurs assez vague, et qui me semble presque un aAcu de l'ignorance du sort de cette énergie inutilisable et dont on ne peut plus disposer. Les physiciens anglais, et M. Brunhes avec eux, parlent de f/c^^/*adation et iV usure de l'énergie, ce qui send)Ie dire quelque chose de plus, et ce qui est plus piécls et plus significatif.
Il send)le ([ii'il y ait là des contradictions irréductibles. « Dans la niesine où il est vrai de dire que l'énergie de l'univers se conserve, il est vrai de dire aussi que cette énergie se dégrade et que l'énergie utilisable se perd, dit M. Brunhes dans un travail très clair et très intéressant publi(' dans La Quinzaine '^ ».
Essayons de résoudre ces dillicidlés en philosoplic.
I. i>. lirunlics, Le Mécanisme cartésien et la IMiysique actuelle, Le (Jiiiit:,iinc, n"^ des i" juillet, i5 décemljrc \Si)(') et if) janvier 1897.
1, IMVEHS MAlKlilll. i:ST-II, KTi: IIMU. ? ^^I
Croyons à la conservation de lY-nci-gic, croyons aussi à la i(''alilé fie r('nlio[)ie, dans rédilicalion de la llierniodynanii(jne générale, présidant à la niarche de I univers, (les |)rincipes sont, pour le monieni, ('lablis a\ec le (li;gré de cerliludc el de |)récision relatives cpio roni|)orle noire infirmité, et rpie pernieltenl nos mesures toiijdurs inlininienl grossières el insuflisanles, au [)oinl de vue de la vérité absolue.
Lt; principe de la conservation de Ténergie nesl en réalité (pie le résultat d'expériences approximatives, Iransl'oriné en une convention, une définition « inspii^éc par l'expérience, et rpie l'expérience ne saurait renverser » (Poincaré, loc. c/7.).
Acceptons donc ces deux principes ; mais demandons-nous si, dans le fait de la dissipation de rénergie,il lau! \oir un simple dt-faul de disponibilité de l'énergie dexenue même inutilisable, ou s'il v a même simplfuicnt d/'gradaliim et usine.
Est-il bien sûr qu'il n'y ait pas une perte réelle et progressive d'énergie, dans Tunivers matériel ;' Sur quoi se base cette assertion !*
Est-ce une certitude résultant d'une vérification, ou est-ce une sim|)le croyance résultant de nos babitudes de penser sur la matière et sur l'énergie ; personne n'oserait soutenir, preuves en mains, qu'il n'y a pas dans le mécanisme de l'univers une décroissance graduelle et elTective de l'énergie, une (Icifradation réelle. Le seul appui de celte affirmalion, (jue l'iMiergie de l'univers matériel y reste tout entière à Vélat polcnliel, iiuUiUsnlitc. indisponible, me parait être en réalité l'iiabitude que nous avons de considérer l'énergie de l'unixeis, comme constante et indestruclilile. Il y auraildonc là une pétition de princi[)e évidente.
Les emprunts considérables que j'ai laits au mémoire de M. Dubem nous ont montré l'inanité de tous les efforts laits par des [)bysiciens de génie, poui- donner l'explication de la perte constante de force vive dans tous les [)bénomènes delà naliu-e. Plutôt que de consentir à consiilércr cette énergie comme délinilivement et radicalement détournée de la somme des forces cosmiques, et du monde pbysicpie, les hommes de science ont eflectivement fait appel au\ b\[)ntbèses les plus
y\î PIIlLOSOl'IllF, DE 1, Kl Ff)UT
ilivcises puis('cs clans le domaine de la niera nique, forces et inoiivonicnls cachés, nionvcnicnls urdonncs, viscosité, etc. Mais nous avons vn le jugenient sévère porté par iVI. Duhcm sur ces Iin pollicscs dcslinrcs à doniici- la clef du problème. « A ces (piestions, conclul-il, la mécaniqne ne paraît pas (( avoir de réponse. I/liypothèse que tous les elîets de la inaa lièie hrnie sonl d'essence mécani(|n(' ne rend aucun (i compte de la conHunne tendance qui sollicile tons ces « elVets. »
Kn présence de cet4e inq)nissance constatée de la mécanique pour evplicpicr ces ellets de la matière brûle, nous nous bornons à user d'un droit légitime en essayant de substituer à cette hypothèse mécanique impuissante et stérile une hypothèse ])uisée dans un aulto domaine de la pensée, prêtant à ces elTets de la matière brute et des forces cosmiques une autre essence, une essence psychique ou mentale, cette hypothèse a\ant, aussi bien que les autres, droit à l'existence et à la considération connue hypothèse, lant (pie des observalions on des laits précis n'en auront [)as établi l'inutilité et ruiné la valeur.
I'\pli(|nons-nous.
Nous axons représenté l'univers créé comme un germe constitué par l'évolution d'une parcelle d'énergie, détachée de la source suprême de l'énergie. Cette parcelle, dilluse, impersonnelle, inconscicnle, oj)piimée par la forme matélielle, a été le lieu et l'artisjin d'ini long et dur labeur, destiné à élever l'énergie dilluse, à travers des étapes successives, à l'état de menlalilés de plus en [)lus élevées et individualisées, par l'agrégation et la coordination de portions d'énergies plus importantes, plus affinées, plus subtiles, plus Voisines de l'énergie supérieure qui avait fourni le germe primitif.
En délinitive, la signification ci la i\\\ de l'univers ont été d être im roloasal clinnlicr destiné à opérer la transformation de l'énergie impersonnelle et musslee (s'il est permis de pailer linsi) en personnalités psychiques et conscientes, de fragmenter celle énergie totale pour en faire des centres distincts et supérieurs d'énergie. L'univers est le lieu de construction
l'l'mveus M\ii';iui.r i.si ii. iVi i.unii,? 'i'i3
(les individualilés menlalcs el des persomialitcs inlellccliiolU.'s cl morales, centres de conscience de pins en |»lns paifails.
Dans rens(Mid)le tir rnn'ners, cm penl lalioiuiellcnient el K'-^itiinenicnl I alliinici-, une s^nmie innucnse d^'ner^ie a él(' dt'loninée tic léneii^ie ln|;de, de Ténergie c(»sini(|ne nu pliN si(pie pour acquérir Télal d'énergie psychique.
Or, qu'est devenue, depuis le commencenienl des siècles correspondant à l'origine de l'univers actuel, qu'est devenue, dis-je, celte masse dérobée à l'énergie cosmique, à l'énergie générale de l'univers pour acquérir une indé[)endance relative el une l'orine si dilTérenle de la forme iniliale, ipie leur lilialion a écliap[)é à tant d'esprils ?
Deux réponses sont possibles à une telle question .
Ou bien ces agrégats, ces monuments, ces édifices psyclii (pies ont subi le sort des édifices matériels qui en formaient le soutien passager, et se sont effondrés et dissociés avec eux pour re])rendre leurs places res[)ectives, le corps matériel dans la |)(iussière dont il avait élé tiié, et la conscience psycliicpieau sein des forces cosmiques (pii avaient Inurni les mati-riaux pour sa construction.
Ou bien ces quantités iniionibrabics d'édifices, formés d'énergie psychique, se sont définitivement débarrasés de lenveloppe ou forme matérielle et ont échappé à la destruction pour revenir au sein de la source suprême de l'énergie, vers laquelle les enliainail la roi.r du saïKj. c'est-à dire le souvenir d'iuie filiation réelle; et étroite el le sentiment d une communauté de nature.
Voilà, me semble-l-il, les deux solutions [lossibles. Avant de les discuter, je tiens à faire remarquer que la première est en harmonie avec le premier principe tie la thermodynamique. Il V a conservation de l'énergie. Alais celle solution ne [lerinet pas de CDinprcndre (|u il v ail dégradalidu nu perle de l'énergie.
I.,e seconde solulion, (pii n'est autre (juc rallirnialion de liuuuortalité personnelle tIe l'Ame, possible jdiil au moins dans des cas déterminés, concilie à la fois le princi|)e de la conservation totale de l'énergie, (puisrpie l'énergie peut changer de destination sans perdre de sa quantité), el en
yil nm.osoi'iiii; dk i/ekfout
mCmo temps le principe Me la dégradation ou de la dimimilioM léelle de réneigir liée à ruiiivcrs matériel, piiis(jtriiiie pail Iniiiomstioissaiile de celle énergie se détache de rmiivers matériel |it)nr de |)lns liantes destinées, el penl èlre regaidée coinm(^ perdue ponr la mécanique physique de l'uiiivcrs.
Il um; reste à ilénionlin que cette solution dernière, qui est icinai(|nal)l( nient en liai iim mie avec la conception d'une évolution ascendanle du c>cle actuel de la vie universelle, n'est certes pas en coiitrailiction avec ce que la science nous a ixiniis iKni pas de savoir, (car (jni a des lumières suilisantes à cet égard P)niais de [irésumer et de concevoir sur Ténergie, sur la matière el sur leurs rapports réciproques.
L'école du monisme matérialiste raisonne ainsi qu'il suit : la nialièie el la force existent Tune et Fautre comme substances el sont à la fois éternelles et inséparables. C'est la loi de substance d'Ila'ckel « éternelle loi d'aiiain », dit-il en lapporlanl des paroles de (iœllie. Quanti la mort arrive, la matière organique se décompose, se dissocie, et ses éléments renirent dans la |)oussière. Ce qu'on appelle la vie, c'est-àdiie la force, l'énergie, attachée à la matière, ne meurt pas |)liis fpie la matière. Elle suit celte dernière dans sa dissocialion el ie|)rend avec elle sa place dans l'ensemble énergétique et mah'-riel général, dans le cosmos matériel. L'école monisliijiie ne dit donc point: l'àme disparait comme substance; mais elle se décompose, se désagrège et cesse d'être un système de forces liées. 11 en restfe les éléments dispersés à l'état d'énergie cosmique. Le faisceau est rompu et dissocié. I^a |)ersonnalitc s'est évanouie.
L'école que j'oppose au monisme malérialiste raisonne au- Iremenl. Pour elle, l'énergie est le fondement et l'essence (II' i"iiiii\eis; la matière n'est qu'une figure contingente et passagère de l'énergie. Celle forme est appelée à disparaître. Quant à l'énergie, elle est impérissable, et elle subsiste malgré la dis|)arition de cette forme temporaire et fugace. Mais l'énergie peut se |)iésenter sous plusieurs formes, l'énergie jibvsicpie ou cosmique, celle (|ui est étudiée dans les sciences physiques, et l'énergie psychique ou mentale, qui est surtout considérée par les biologistes et les psychologues.
l'univers matériel EST-IT, KTERNET, i* /i/|5
Si l'on peiU penser qu'il n'y «i pns entre ces deux formes (le Fénergie une différence absolue «le nalure, il n'en est p.is moins vrai que les attrihtils des (leur modes |)rinri|)anx de la lorrc manileslciil des diilérences remar(pial)les à colé de ressemblances Irappanles. Parmi les poinis de ressend)lan('e, parmi les conditions communes (|u'il est permis de C()nce\i)ir et d'accepter comme réels, on peut noter |)our les deux modes de forces la faculté de constituer des systèmes plus ou moins indépendants, composés d'éléments dynamiques réunis entre eux par des liaisons plus ou moins solides et durables. Dans le mode physique, ces liaisons m('cani(pies [taraissenl nécessairement associées à des conditions matérielles, dont la desiniction entraîne la tiestruclion même ou la dissociation du système de forces. Mais rien ne prouve (|iril doit en être nécessairement ainsi dans tous les cas, et nous avons produit assez de faits dus aux recherches modernes pour montrer avec quelle vigueur parfois les éléments de l'énergie paraissaient tendre à se dégager des liaisons matérielles (radio-activilé, mouvement des élliers, moiivem(M)l brownien, etc.).
Mais si cette lendance s'accuse dans le monde physique, à condîien plus forte raison devons-nous la comprendre dans la destinée des systèmes composés d'éléments psychiques. Ces systèmes, en elTet, peuvent acquérir, même dans l'univers visible, un degré remarquable d'indépendance (pii trouble le l)iologiste en le mettant en présence d'une viguemd'esprit, d'une hauteur de pensée, d'une puissance de volonté, qui jurent avec la dévastation organique. Les exemples abondent et je n'ai pas le temps de les citer.
J'ai développé longuement ces considérations dans mon essai sur l'immorlalilé'. Je n'y reviens pas. Mais qu'il me soit permis de loi nuder quelques Considérations nouvelles.
Si la matière n'est qu'une ligure de l'énergie, et une ligure de l'àme par conséquent, la destinée de l'Ame ne saurait être entièrement liée à la destinée de la matière et con-
I. Essai sur V Immorlalité au point de vue iln naluralisine éeohdionisle ; Paris, Fischbacher, iSgS.
\\{\ DTllî.OSOnilF, DE I, FI' TOUT
(lilioiiin'o cojii|ilèlemeiil |);ir rllc. C'esl i'invorso qui doil avoii- lieu. ( !\'sl l'Aiiic (|ui règle dans une cerl.iiuc luesiue la deslinée de sa l'orme el, de sa figure. VA\c peut donc la rejeter quand celle dernièie lui est devenue inutile ou même nuisible. Car Fàme n'est pas un système ordinaire d'énergies ; en elle la Aolonlé el la conscience ont atteint un degré d'élévation qui leur permet de tenir la barre du navire el de l'orienter vers la cohésion ou vers la dissociation.
En outre dans aucun système de forces autre que l'Ame, ne peut se réaliser un transport volontaire du système vers le passé. C'est là un point très digne de remarque et sur lequel j'appelle l'attention. Or, la conscience réalise réellement ce transport en replaçant consciemment l'individu psychique dans des circonstances passées, dans un milieu qui n'est plus et dans un temps dès longtemps écoulé. La conscience ressuscite le passé et reporte la personnalité dans une existence déjà écoulée. Par elle, noiis pouvons revivre des scènes que le temps ne connaît plus, rappeler à la vie des impressions voilées ou même, semble-t-il, éteintes, et reconstruire et rendre mentnlemenl réelles les phases évanouies de noire existence.
\(iil;i (jnnc un syslènie (pii, malgré la disparition ou tout au moins l'altération des témoins et des mécanismes matériels du passé, peut se transporter dans le passé, peut y revivre, et s'y retrouver avec l'état de combinaison dynamique fju'il avait dans le passé. N'est-ce pas une faculté e.xlraordinaire ? N'est-ce pas une |)uissance presque incroyable ? et n'y a-t-il pas plus de difliculté à concevoir celte possibilité que de comprendre la conservation du système dans l'avenir ? Pour moi, je ne puis me rehiser à penser qu'un système d'énergies, capable de refaire son passé, de le faire revivre, de le reconstituer, est a /or//or/ capable de préparer son avenir et de se prolonger dans le futur.
A oilà donc quelques considérations, propres à incliner notre jugement en favevu' de la deuxième sohuion, c'est-à-dire celle de limmortalité personnelle.
Mais, me dirai on, rien ne nous prouve que la matière
i/uNiVEns MATi':iui:r. rsT-ir, kt^iinri, •' /l^'cj
n'osl pas une léalilc dislinclc, cl loulc volio iiiaiiièic tic rai sonner repose sur cette supposition extraordinaire.
Pas si extraordinaire! Je crois avoir lail valoir en sa l'avenr l)ien des raisons d'ordre scientifique ; je ne veux pas les répéler. Mais laissez-moi vc^us citer rpielipies mots prononces [lar Fun des naluralislcs pliilosoplies l<s |tlus éminents de noire épo(jue. Dans son discours présidenliel du Congrès de l'Association américaine pour Tavancement des sciences, de 1902, le professeur Charles SedgAvick-Minot, parlant de In conscience au point de eue hioh(fi(jue et comme phénomène d'ordre biologique, a prononcé les paroles suivantes:
'< Il y a deux choses dinérentes fondamentales dans l'uni- \ers': la force el la conscience. Nous vous demandez pdur- (pioi je ne dis pas trois en ajoutant la nialière'^ Ma réponse, c'est c(ue nous n'avons pas, et nous n'axons Jamais eu une preuee (juelcouijue de V existence de la nuitière. Toutes nos sensations sont causées par la force et par la force seulement, de sorte que le biologiste peut dire que nos sens ne nous aiifiortent aurune preuee de la matière. Le concept matière (•■~tun transfert irrationnel i\n mond<^ moh'culairc de notions dérivées des informations des sens sur la masse matérielle. H y a longtemps (jue haraday a démontré que l'h^polbèsc des atomes matériels élait plutôt fâcheuse, et la position qu'il a prise à cet égard parait inej:pn(jnahle ; ce serait imc grande (•(iniribution à la scieilce que de iiiiner l'hvpothèse de la malière distincte de la force. »
Ainsi donc, rien ne s'oppose logiquement et scienliliqu(> ment à ce que nous acceptions l'innuorlalité personnelle ronnne possible dans certaines conditions. Ceux qui nient I ininKtrtalilé au nnm de la science commettent réellement un crime de lèse-science. Un des esprits les plus dégagés de toute doctrine reçue, un des adeptes les plus ferv(^nls non ]>as seulement de la libre-|)ensée, mais aussi (ce qui \aul mieux) de \i\ pensée lihre. M. (iuyau, a écrit loyalement dans L'Irrélif/ion de l' \renir, les lignes sui\ahtes: « Devant la
I. Je me suis cx[)liqué dans un Essai préccilent sur la non réalilû de celle diUéreiiC'.
/|/iS PIIII.OSOI'HIF, 1)F. i/eI'KOUT
science iiioderne, l'immorliililr (leincure. Si le problème ni\ pas reçu de soliilimi positive, il rTii p.is recjii davaiilage, comme on le />/v7<'/k/ parfois, de solution négative. »
A ce net et franc aveu je crois rernienient (pi'on [)eut ajouter qnel(|ue chose; et je le ferai en disant que, si nous n'avons pas encore en faveur de rinmiortalité personnelle des preuves ou des démonstrations scientifiques irréfutables, nous avons cependant des présonq)tions qui ne sont pas sans valeur, et en outie dans Tordre moral et dans les intuitions de la conscience (qui sont aussi une source de coimaissance) des indications sudisamment persuasives, auxquelles on n'a pas le droit d'iuqwser silence.
Cela élant, et l'immortalité de la personnalité étant admise, la conservation de l'énergie est maintenue comme principe fondamental de l'univers, et, en outre, la pert(! de l'énergie trou\e une explication d'ordre plutôt métaphysique pour le moment, mais qui pourrait revêtir, plus tard, un vrai caractère scientifique. Insistons un peu sur ces considérations !
L'énergie est indestructible. Nous l'admettons avec tous les physiciens, et nous ^admettons avec tous les philosophes, car la destruction de l'énergie aboutit fatalement au néant ab.solu, résultat devantlequel recule la raison. Si donc, quelque parcelle d'énergie disparaît, semble se perdre, nous devons penser que cette parcelle est soustraite au monde sensible, sans être détruite, et qu'elle reçoit une destination qui la cache présentement à nos moyens d'observation. C'est un élément que n'atteignent pas encore nos réactifs : voilà tout. Or, il est incontestable que l'énergie psychique, que les matériaux dynamiques, qui servent à la construction des âmes, ne sauraient être empruntés qu'à la somme d'énergie qui a constitué le germe de Tunivers. Il est difficile à un embryologiste, à un homme qui a assisté au développement physique et mental d'un être vivant et intelligent, d'avoir une conception difl'érente de l'origine de l'âme. Cette énergie primitive, originelle, a été pourvue d'une forme qui Fa enchaînée, et qui l'a condamnée à un dur labeur d'affranchissement, sans lui ôter ses virtualités. Elle a pu s'élever par degrés à des niveaux progressifs de mentalité et atteindre les sommets de l'esprit.
l'univers matériel est-il éternel? 4^9
C'est là Fœuvre do l'évohilioii ascendante de la nalnre, œuvre qui se poursuit à travers les mondes et à travers les temps, si nous en jugeons par ce qui se passe sur notre planète.
Il y a donc constamment des portions de l'énergie qui se détachent de l'énergie cosmique pour acquérir la dignité d'énergie psychique ; et le principe de la conservation de l'énergie lui-même exige que la somme d'énergie cosmique diminue, puisque s'accroît la somme d'énergie psychique.
Or, la première, c'est-à-dire l'énergie cosmique, est, jusqu'à présent, la seule que nous ayons pu mesurer, et c'est aussi malheureusement, la seule que les hommes de science aient pris l'habitude de considérer quand ils traitent de la mécanique du monde. Mais la part de l'énergie psychique ou esprit n'est certes négligeable, ni comme qualité, ni comme quantité. Comme qualité, personne ne niera qu'elle ne sur- [ passe toutes les autres formes de l'énergie, puisqu'elle est le point culminant de leur évolution ; comme quantité, nous sommes autorisés à croire que les astres ont été, ou sont, ou seront appelés, à leur tour, à être le théâtre de l'apparition I d'êtres dont la forme, dont les conditions spéciales de l'existence pourront et devront différer, dans une certaine mesure, de ce que l'on observe sur notre terre, mais qui, certainement, obéiront aux mêmes lois générales, aux mêmes proj, cessus universels de la biologie et, par conséquent, de la ! psychologie.
Il y a là des causes considérables de soustraction qui dégradent, qui diminuent la somme des énergies cosmiques, c'est-à-dire des énergies encore revêtues de la forme matière.
Il n'est donc pas illogique de penser que la dissipation ou dégradation de l'énergie cosmique trouve, dans cette colossale transformation de l'énergie cosmique en énergie psychique, une ijarlic tout au moins de son cx[)lication.
Mais d'autres raisons viennent à Tappui de cette manière de voir. Nous savons, en elTet, que les diverses formes de l'énergie de l'univers tendent à prendre en définitive la forme de calorique, et que c'est la déperdition du calorique qui coxii^hluc prinripn/cnteni le [)hénomène de la dissipation Sahatieh. 2g
/,5o PHILOSOPHIE DE L El-FOIIT
de rénergie.Or, la chaleur n'est pas la seule forme, mais est par excellence la l'orme de l'énergie, qui est la source de révolution biologique et ])liysiologiquc de l'énergie.
C'est la chaleur de Tincubation qui vient donner à l'œul' la quantité d'énergie nécessaire à son développement, et qui directement ou indirectement se transforme dans les tissus en énergie biologique et mentale.
C'est encore la chaleur qui est la forme d'énergie la plus nécessaire, la plus indispensable, à la plante et à l'animal, c'est-à-dire au protoplasma, à cet état de la matière c{ui est le transformateur- par excellence de l'énergie calorifique ou cosmique en énergie psychique, et l'accumulateur, l'organisateur de celle-ci en systèmes plus ou moins solidement liés qui deviennent individualités ou personnalités.
Aussi la chaleur est-elle la forme de l'énergie dont la science et la sagesse du Créateur aient tenu avant tout à garantir la possession aux êtres vivants, et par conséquent au protoplasme accumulateur et organisateur de l'esprit. Et voilà pourquoi la respiration, c'est-à-dire la faculté de transformer les énergies externes et étrangères en chaleur intérieure, est la fonction primordiale de tout être vivant, c'està-dire de tout être appelé, non à créer l'esprit (car l'énergie ne se crée pas, et l'esprit est énergie), mais à transformer les autres modes de l'énergie en vie et en esprit, qui sont, je le dis bien haut, une seule et même chose.
Et voilà pourquoi encore dans la nature l'énergie biologique et psychique se mesure au pouvoir calorifique des êtres vivants (insectes, oiseaux et mammifères).
Et voilà pourquoi les animaux dits à sang chaud, c'est-àdire ceux chez lesquels une quantité suffisante de calorique est assurée par des dispositions organiques convenables, sont aussi ceux où les énergies biologiques et psychiques sont les plus puissantes.
Et voilà pourcfuoi le règne végétal si capable d'emmaganiser la chaleur, a l'état latent, mais encore incapable d'élever l'énergie au delà de certains degrés inférieurs de la mentalité, a été et est l'intermédiaire logique et nécessaire, le terme de passage indispensable, la roue d'engrenage inévitable
l'univers matériel est-il éternel? 45 1
entre les sources d'énergie cosmique el les sources d'énergie d'ordre spirituel .
C'est donc le calorique cpii paraît être la l'orme par excellence (quoicpie non la seule) de l'énergie cosmique à laquelle le monde organisé fait les emprunts les plus importants pour réaliser par des transformations convenables et successives les états supérieurs de l'énergie. Il n'est donc pas étonnant qu'à mesure que se fait cette transformation la somme de l'énergie calorifique (et en somme de l'énergie cosmique) décroisse, et qu'une partie en soit soustraite à notre observalion et à nos mensurations ; el par là peut s'expliquer, dans une certaine mesure du moins, la dégradation de l'énergie cosmique. Par là peut aussi s'expliquer, enfin, que la chaleur soit le mode le plus constant, le plus répandu de Ténergie cosmique et celui en lequel viennent, en définitive, se résoudre tous les autres modes de cette énergie. Si bien qu'on pourrait croire que cette chaleur irréversible et inutilisable mécaniquement diffère peut-être, au fond, de Fautre chaleur, par des qualités particulières qui font d'elle un terme de passage, une forme de transition spécialement qualifiée pour la transformation finale en énergie psychique. M'y aurait-il pas, en effet, plusieurs espèces de chaleur, comme il y a plusieurs espèces de rayons lumineux, rayons solaires, rayons cathodiques, rayons de Rœntgen, rayons mixtes du radium et des corps radio-actifs, etc. ?
Ainsi donc, Ténergie cosmique voit constamment s'échapper de son sein, sous forme de calorique, mais aussi sous forme de lumière, d'électricité, de magnétisme, de vibrations .sonores, d'influences olfactives, etc., voit, dis-je, s'échapper de son sein des sommes considérables d'énergie, qui sont une perte pour l'énergie cosmique et qui sont destinées à subir des transformations et une évolution ascensionnelle, qui feront d'elles les matériaux des mentalités diverses ([ui animent les êtres, et qui atteindront leur apogée dans la construction des âmes conscientes et personnelles.
Ces considérations comportent f[nelqucs conséquences qui ne me semblent pas sans valeur.
\[);>. l'ini.OSOPIlli; DE 1. ri'FOHT
Si roiiiropie aiiymeiile (ce (jiii csl possible), si, en oiilre, la dégradation de l'énergie cosmique s'accentue, c'est que la force soustraite à l'univers ne lui est pas rendue.
L'allirniation du monisme matérialiste que l'âme revient à sa source première et se résout en forces générales de la matière à laquelle elle est liée, cette affirmation, dis-je, reste non seulement sans appui scientifique, mais elle a contre elle les données mêmes de la science. L'énergie psychique reste donc énergie psychique, ce qui est logique et naturel, puisque c'est le point culminant de son évolution ; et l'on ne voit pas pourquoi cette énergie psychique, débarrassée de l'oppression et de la servitude de sa forme matérielle, parvenue à l'apogée des transformations de l'énergie, en possession d'une raison éclairée, pourvue d'une volonté affermie par la claire vue de sa lin, douée d'une sensibilité aiguisée, capable par conséquent, de comprendre la valeur de la vie, de discerner les causes de dissolution et de les éviter, ne conserverait pas résolument et ne resserrerait pas les liaisons solides de son système personnel, en les harmonisant davantage, et ne continuerait pas à subsister comme àme immortelle et indissoluble.
Il y a, me semble-t-il, dans l'ensemble des considérations qui précèdent, des éléments capables de faire penser, pour l'avenir, à édifier une méthode scientifique de recherches sur l'immortalité. Voici quelles en seraient les lignes directrices.
L'énergie de l'univers ou énergie cosmique est constante et indestructible.
Néanmoins, une partie croissante de cette énergie semble disparaître.
Il convient donc de chercher la destination de cette énergie détournée, mais non détruite. Cette énergie détournée esl naturellement une énergie non réversible et, par conséquent, ne pouvant redonner du travail mécanique. Il convient donc de chercher l'énergie détournée parmi les énergies incapables de produire du travail mécanique.
En première ligne se présente, pour nous, l'énergie psychi-
l'univers MATKHIKl, KSI II. KTICKM:!, ? \ô'.\
que, qui s'est montrée dans rnnivers, après les autres Ibrines de Ténergie, et qui semble, par conséquent devoir résulter des formes qui l'ont précédée. Nous pouvons donc penser que Ténergie détournée est employée en tout ou en partie h la production de forces psychiques capables de se constituer en systèmes et en personnalités.
Nous connaissons ces systèmes psychiques encore attachés à une forme matérielle . Celle-ci disparaissant par la dissolulioii (lu corps, ([iie devient le système psychique personnel ?
Nous avons le droit de penser que ses éléments ne rentrent pas dans la masse des énergies cosmiques et physiques, et cela pour deux raisons :
i" L'énergie psychique, provenant de l'énergie cosmi([ue irréversible, est très probablement irréversible elle-même. On conçoit, d'ailleurs, qu'en vertu de la tendance évolutive, un état inférieur tende vers le supérieur, mais on conçoit moins le contraire.
2" Si l'énergie psychique rentrait dans la masse de l'énergie cosmique, il n'y aurait pas usure et dégradation de cette dernière.
Ainsi donc, l'énergie devenue psychique restera très probablement énergie psychique.
Restant énergie psychique, nous avons bien le droit de penser qu'elle demeure fidèle à sa tendance évolutive, qui est de se grouper, de se disposer en systèmes liés en faisceaux personnels. La forme matérielle lui a permis de réaliser son évolution, d'établir son groupement, de le coordonner et de le lier solidement ; et l'énergie psychique, devenue libre, aura d'autant plus de pouvoir de maintenir par la volonté, par la justice et par la bonté, la solidité de son système.
N'oublions pas, en effet, que la matière semble n'être qu'une figure contingente de l'énergie, et que, si elle ne peut subsister sans énergie, l'énergie semble pouvoir subsister sans matière.
Mais de tous les états de l'énergie, l'état psycliique est certainement celui cliez lequel se manifeste le [)liis claiieiuenl
/J5/i PHILOSOPHIE DE I,' El- FOUT
ol le plus puissamment la possibilité d'une indépendance visà-vis de la matière. J'attire, en effet, l'attention sur ce point que l'énergie psychique est la seule dont la manifestation sensible nous paraisse le moins possible et pour laquelle il semble n'y avoir pas encore de sens spécial capable d'être impressionné. La pensée, le travail psychique n'est pas directement accessible à nos sens, et, par conséquent, les épiphénomènes propres qui nous donnent le concept de matière, lui font entièrement défaut. La chaleur, la lumière, l'électricité, la pesanteur, etc. , ont leurs groupes d'épiphénomènes respectifs. La pensée n'en a aucun qui lui soit propre ; et elle ne peut se manifester que par le concours et l'intermédiaire des énergies cosmiques qui lui font cortège. C'est par la lumière, par le son, par le geste, etc., que nous est communiquée la pensée. Mais aucun de ces groupes d'épiphénomènes n'est propre à l'énergie psychique, et on peut dire que l'énergie psychique n'a pas de figure matérielle qui lui corresponde.
Il y a certes là une précieuse indication, pour accorder à l'énergie psychique, la possibilité de subsister sans forme matérielle accessible à nos sens.
Voilà rapidement esquissé un plan d'études sur cet important sujet au point de vue des considérations d'ordre scientifique que j'ai développées ici.
Certes, ce plan d'études n'est pas près de donner des résultats prochains. Il renferme des difficultés à résoudre pour lesquelles il faut certainement un long avenir, mais tel qu'il est, il peut servir de thème aux méditations de ceux que ce sujet intéresse et attire.
Peut-être se trouvera-t-il quelques personnes qui pourront être étonnées, et plus encore, de cette sorte d'assimilation que je semble établir entre l'énergie cosmique et l'énergie psychique, c'est-à-dire l'esprit, l'intelligence, la raison, etc. Que je leur dise d'abord que je n'établis pas entre ces modes de l'énergie une assimiliation proprement dite, c'est-à-dire une idendité d'état et de fonction, mais plutôt une communauté d'origine, et par conséquent d'essence et de nature. La petite particule, le pelil globule (pfest Tœuf humain et qui
I/UMVERS >tATKRIEr, EST-IL ÉTERNEL ? 'i"),")
sera un Jour un honinip, n'est cependant pas encore un homme, quoiqu'il y ait en Ini les virtualités de l'homme. Il en est de même des énergies cosmiques. Elles sont, par rapport à l'énergie psychique des embryons, des rudiments, mais elles n'ont pas acquis encore toutes les transformations qui constitueront leur dignité finale'. A ceux que pourrait humilier cette origine en apparence modeste de l'esprit, il est facile de faire remarquer que nous ne connaissons pas au fond la nature et l'essence du calorique, de l'électricité, pas plus que la nature et l'essence de l'esprit, que nous sommes tenus de considérer les unes et les autres de ces formes de l'énergie comme des parties intégrantes du germe divin qui a évolué pour constituer l'univers, et qu'en présence de cette communauté d'origine nous n'avons aucun droit et aucune compétence pour établir entre ces formes de l'énergie une barrière infranchissable.
Si l'esprit est puissant et admirable, l'énergie cosmique l'est certes aussi ; leur corrélation est assez intime, et leur collaboration assez nécessaire dans l'univers actuel pour qu'il nous paraisse extrêmement téméraire de tenter de les séparer radicalement. La distance que nous apercevons entre eux n'est certes pas supérieure à celle qui s'étend entre les protozoaires, les animaux tout à fait inférieurs et l'homme ; et il n'est cependant aujourd'hui aucun naturaliste sérieux qui n'admette entre ces deux termes extrêmes une continuité réelle, que de nombreux intermédiaires ont réalisée.
En pensant aux protestations indignées (mais aujourd'hui calmées) qui accueillirent à son apparition cette affirmation de continuité, de commune origine et de commune nature entre les animaux inférieurs et l'homme, nous n'avons aucun doute que notre affirmation de la continuité des énergies cosmiques et des énergies psychiques ne soit, un jour prochain, pour les étonnés d'aujourd'hui l'occasion d'un chemin de Damas.
Et s'il faut donner à leurs habitudes de penser, à leurs
1. Voir dans ce volume le i*""" Essai : De l'orienlation de la méthode en évolulionisine .
scrupules, respectables plus encore que rationnels et bien informés, une raison de s'évanouir, faisons-leur remarquer que, si la source suprême de l'énergie est esprit, la parcelle d'énergie qui anime l'univers ne saurait être d'une autre natuie, et que rabaisser l'énergie cosmique, c'est réellement rabaisser la source d'où elle émane et léser la majesté divine.
Et maintenant l'àme vit immortelle. Que devient cette matière de l'univers que l'énergie cosmique abandonne de plus en plus et qu'elle semble logiquement devoir tout à fait al)antlonner puisque la dégradation de l'énergie poursuit son œuvre.
La matière est appelée à disparaître. Nous avons vu qu'elle n'était qu'une figure contingente et passagère de l'énergie. L'énergie disparaissant, avec elle disparaît la forme de l'énergie.
Mais, dira-t-on, la matière est indestructible. On n'a pas constaté de disparition de la matière. C'est là en effet un point sur lequel on ne peut émettre des affirmations, plus qu'on ne peut formuler des négations. En présence d'une enquête qui embrasserait des millions de siècles et qui atteindrait des espaces indéfinis, il n'y a, semble-t-il, qu'à rester dans le silence et à ne formuler ni négation, ni affumation.
Ce n'est donc pas sur des constatations directes de la disparition de la matière qu'il convient de compter pour établir une opinion. Mais d'ailleurs cette constatation n'est pas seulement impossible par l'étendue énorme du champ de l'observation dans le temps et dans l'espace, mais elle est impossible, par sa nature même, à des observateurs tels que nous. Si nous ne connaissons la matière que par ce qu'elle dit à nos sens, et si elle ne frappe ces derniers que par les manifestations de l'énergie dont elle n'est que la figure, rien ne peut nous enseigner qu'il y a eu autrefois matière, là où rien ne provoque aujourd'hui nos sensations.
Nous avons, il est vrai, dans l'Essai précédent : Matière et Enercjie, rapporté certains faits, appartenant à un même groupe de phénomènes (matière radiante, rayons cathodiques.