‹ Philosophie de l'effortChapitre 4 sur 51 · I.^ORTENTATION DE î,.\ METHODE EN KYOLUtlONlSME fU · texte numérisé non relu

I.^ORTENTATION DE î,.\ METHODE EN KYOLUtlONlSME fU

pas moins des mobiles sudisanls pour raclion. I^a volonté suj)rème, le législateur, ce n'est plus Dieu, c'est le maître, c'est l'homme, celui qui peut commander, qui peut récompenser ou punir. La sanction n'a peiil-rlre avec le remords, avec l'approbation intérienrc qu'une; assez lointaine parenté, mais c'est aussi une sanction, c'est la peine (•<)r[)orelle, c'est le châtiment physique, c'est le fouet ou le bâton d'une part, c'est la caresse de la main du maître, ou l'octroi de quelque gourmandise préférée. Tout cela ne constitue pas, il est vrai, les éléments d'un sens moral supérieur, mais c'est tout au moins l'enfance du sens moral, et j'emploie le mot enfance intentionnellement, car, je le demande, cela diffère-t-il beaucoup de la forme que revêt le sens moral pendant les premières années de la vie humaine et chez les primitifs de l'humanité? On chercherait en vain une démarcation sensible, nne dilTérence accentuée.

Mais, d'ailleurs, n'y a-t-il pas plus que cela chez le chien, chez le cheval? N'y a-t-il pas quelque chose de la joie intélieme, de la satisfaction intime, de la fierté, de la dignité satisfaite après une action d'éclat, après un résultat obtenu avec un grand ellbrt, après un sauvetage chez certaines races de chiens (chiens du Saint-Bernard, chiens de Terre- Neuve), après une chasse heureuse, après une course rapide et triomphalement menée, après un obstacle vaillamment franchi pour obéir à la volonté du maître? N'y a t-il pas aussi quelque chose du remords dans ce chien qui a désobéi au maître, et qui évite sa rencontre et son regard, qui se présente à lui dans une attitude humble et embarrassée, et qui demande, pour ainsi dire, grâce et pardon de la faute commise ? N'y a-t-il là que la crainte du châtiment, que la peur du fouet justicier ? Je laisse à d'autres le courcKje ou Vortjiieil de Tailirnier.

Les animaux supérieurs, dira-t-(tn, |iourraient bien posséder un rudiment du sens moral ; mais les animaux inférieurs en auraient-ils un aussi? Cette question, qui veut être gènanle, ne l'est pas autant qu'on pourrait le croire. Si les animaux les plus voisins de l'homme, comme certains singes, comme le chien, le cheval, ont un rudiment de sens moral,

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est-il logique de penser ([iie les animaux qui sont placés dans réchelle inuncdiaLcmcnl au-dessous d'eux, en sont entièrement dépourvus? Je ne le pense pas ; et il est peut-être possible de retrouver chez eux un rudiment encore plus modeste, plus simple, plus inférieur que la notion d'obligation; en descendant encore et encore, le rudiment s'amoindrit et s'atténue progressivement ; et certainement un moment arrive oii il ne nous est plus possible de rien discerner de j semblable. Mais est-il sûr même alors, que le rudiment fasse entièrement défaut? Non, certes ; il y a une limite à notre faculté de connaître, et rien ne permet d'établir la place exacte de cette limite. Mais, en supposant que le rudiment fût absent, le fait seul qu'il a subsisté dans des formes plus élevées, et qu'il a été le point de départ et le lieu d'une évokition progressive, permet logiquement de penser qu'il est la manifestation d'une énergie potentielle, d'une virtualité j qui a présidé à son apparition et à son développement, et qu'il a existé en puissance dans les êtres qui ne le manifestaient pas en acte.

Il faut d'ailleurs se garder avec soin d'une méprise, et il le faut d'autant plus qu'on s'en garde moins en général. La difficulté, dans la solution du problème, n'est pas tant pour ceux qui considèrent le sens moral comme une disposition primitive de l'être, qui d'abord à l'état potentiel, doit ensuite et progressivement se manifester et grandir, la difficulté, dis-je, n'est pas tant pour eux que pour ceux qui, se trouvant lovalement contraints, et malgré quelques répugnances, de reconnaître l'existence d'un certain degré de sens moral, d'un sens moral plus ou moins rudimentaire chez les animaux les plus élevés, manquent de courage et de logique pour accorder aux animaux inférieurs la puissance ou le rudiment d'une semblable faculté! Ils sont tenus, en effet, de déterminer le point de la série animale oii apparaît ce facteur nouveau et complètement étranger à ce qui est au-dessous ou en arrière ; et je laisse à ceux qui comprennent tout ce que comporte de difficultés à vaincre, je dis plus, de difficultés invincibles et insurmontables une pareille tâche, je leur laisse, dis-je, le soin de décourager les hommes cpii seraient

l'orientation de la. méthode en évolutionisme 33

tentés de l'entreprendre. Sur ces confins, où le sens moral est sur le point d'échapper à l'œil de l'observateur, il faudrait, pour discerner ce qui est rudiment du sens moral de ce qui est toute autre chose, il faudrait, dis-je, des appareils d'optique d'une grande puissance, doués à la fois d'un grand pouvoir pénétrant et d'une remarquable puissance de définition, microscopes psychiques ou moraux qui attendent encore leurs inventeurs et leurs constructeurs. Dans l'impossibilité donc où nous sommes de discerner la première apparition de ces lueurs pour lesquelles nos yeux sont des instruments trop imparfaits, le plus sage n'est peut-être pas de vouloir préciser le moment de l'apparition de lueurs que nous ne percevons pas, mais de penser que les lueurs assez intenses pour ébranler notre rétine ont été précédées d'une aurore imperceptible qui succède non pas à la nuit absolue (qui n'aurait pu leur donner naissance, puisqu'elle en est la négation), mais à une lumière virtuelle, à une clarté latente, pour ainsi dire, qu'une impulsion évolutive révélera peu à peu par des lueurs de plus en plus vives et par un éclat grandissant.

Ce que je viens de dire delà conscience morale, de l'obligation d'en rechercher les rudiments en descendant l'échelle, et de la légitimité d'une semblable recherche, je pourrais le redire, à plus forte raison, de la faculté de connaître, de comparer, de juger, de généraliser, de la faculté d'aimer et de haïr, etc. Je m'en tiens là pour cet ordre de faits, mais je désire examiner un exemple qui lui soit, pour ainsi dire, parallèle dans Tordre des phénomènes physiologiques.

L'œil, ou organe de la vision, est un des instruments les plus complexes, les plus étonnants. Considéré chez les animaux supérieurs, chez les vertébrés, il offre un ensemble de dispositions savamment combinées, qui, malgré quelques imperfections, en font un appareil d'optique très remarquable et où la différenciation a atteint un degré très élevé. Aussi, pour ceux; qui se font d'un appareil visuel l'idée que leur en donne l'œil humain par exemple, cette idée comporte immédiatement une chambre opticpie pourvue de lentilles et de milieux de réfringences différentes, avec des surfaces courbes Sabatier. 3

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de rayons variés, susceptible d'adaptation aux distances grâce à des diaphragmes ou à l'action musculaire ou à la pression sanguine, avec un diaphragme capable de proportionner l'ouverture de pénétration de la lumière à la richesse de la source lumineuse elle-même, avec une membrane ner- 1 veuse ou rétinienne d'une complexité telle qu'elle a fort embarassé et embarasse encore les micrographes et les histologistes, avec des pigments sagement distribués autour des terminaisons nerveuses soit pour s'opposer, en les absorbant, à la dilTusion des rayons lumineux, soit pour en accumuler l'action sur les terminaisons nerveuses, soit pour délimiter nettement les impressions de chaque élément nerveux, de manière à donner aux fractions très minimes de chaque image la définition et la relation nécessaires pour une vision distincte. A cela il faut joindre des appareils vasculaires très compliqués, des muscles appelés à influer sur la direction et sur la forme de l'œil, etc., etc.

Voilà donc un appareil dont la structure représente un perfectionnement très avancé. Que si l'on considérait comme dépourvus de tout appareil de la vision, tous les animaux qui ne sont pas munis d'im organe aussi complexe, on commettrait une bien grande absurdité. Personne ne la commet, sans doute ; et même les naturalistes les plus étrangers à l'idée transformiste, ont reconnu comme appareils visuels des organes qui, sans avoir une structure aussi complexe que celle de l'œil humain, n'en possédaient pas moins les représentants bien reconnaissables des éléments de l'œil humain, c'est-à-dire éléments réfringents à surfaces courbes régulières, éléments sensitifs à structure spéciale, à renflements en cônes, en cylindres, en bâtonnets, éléments pigmentaires distribués régulièrement autour de ces derniers et les enveloppant, les isolant, appareils diaphragmatiques appelés à modérer la pénétration des rayons lumineux, à supprimer l'action des aberrations de sphéricité, etc.

Tous ces éléments, plus simples, plus isolés, moins solidarisés pour une action commune, moins perfectionnés en vue d'une fonction plus délicate et d'une sensibilité plus aiguë, sont encore assez nettement caractérisés pour que leur

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