‹ Philosophie de l'effortChapitre 5 sur 51 · I.'DniEMATION DE LA MÉTHODE EN ÉVOLUTIOMSME · texte numérisé non relu

I.'DniEMATION DE LA MÉTHODE EN ÉVOLUTIOMSME

ensemble doive être considéré comme un organe visuel. Mais il y a encore là un organe élevé el compliqué par sa structure et par le mécanisme qui préside à sa Ibnclion ; et on ne le trouve que dans des groupes /oologitjues placés euxuièmcs à un degré assez élevé de l'échelle. Au-dessous ou à côté se trouvent des animaux qui ne possèdent rien de comparable au premier abord, de telle sorte que l'on a pu être tenté de considérer la sensibilité de l'élément vivant pour la lumière proprement dite et en dehors de son action chimique, on a pu, dis-je, être tenté de considérer cette sensibilité comme un privilège des animaux placés au-dessus d'un certain degré de l'échelle et, par conséquent, comme quelque chose qui n'avait dans les groupes inférieurs, ni représentant, ni précédent. C'était donc une disposition nouvelle, qui n'était pas issue de l'évolution, puisqu'elle n'était connue que sous des formes complexes et élevées, qui ne sauraient marquer les débuts et les balbutiements d'une origine évolutive. Aussi l'œil humain, et Toeil en général, tel qu'on le connaissait, c'est-à dire cet organe complexe et merveilleux, a-t-il été, dès le début, opposé, comme une objection sérieuse aux idées transformistes.

Ce n'est pas, en effet, sous vme forme si différenciée qu'un évolutioniste peut concevoir les premiers linéaments des organes. Mais l'étude attentive des rudiments a bien facilement réduit Tobjection à sa valeur réelle, en la renversant. Il n'y a pas, a-t-on vu, il n'y a pas que les animaux pourvus d'un bon et bel œil qui soient sensibles à la lumière, et qui reçoivent d'elle des clartés indicatrices ; il y a, en effet, bien des animaux qui, sans avoir des yeux, exécutent des mouvements déterminés dans tel ou tel sens, dès que la lumière (et la lumière seulement, c'est-à-dire isolée de la chalevu- qui l'accompagne souvent) les frappe sur telle ou telle partie de leur cctrps. Ce sont, chez les uns, des rétractions pour fuir une lumière trop vive ; chez d'autres, des allongements, pour aller à la recherche de la lumière ; de telle sorte que ces êtres voient, quoiqu'ils n'aient pas • d'yeux, c'est-à-dire ce que l'on a coutume d'appeler des yeux. Mais s'ils n"ont pas des yeux proprement dits,

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ils possèdent ce|3endant des modifications de certains points de la surface du corps, qui constituent des rudiments d'appareil visuel. Or ces rudiments présentent précisément les caractères des rudiments, c'est-à-dire qu'il y a en eux les éléments essentiels de l'appareil visuel, mais éléments si simples, si peu ditîérenciés encore qu'on les a méconnus jusqu'à ces derniers temps. Ce sont quelques petites taches pigmentaires répandues çà et là, placées à la surface du corps, et parfois dispersées sur toutes les parties du corps exposées à la lumière, et notamment, chez les mollusques Lamellibranches, sur les bords du manteau, et sur les siphons. Là, les cellules cutanées se sont modifiées, pour prendre deux formes diflërenles : les unes, les rélinophores, qui sont les organes sensibles, qui reçoivent les filaments terminaux du nerf optique, et qui sont incolores et impressionnables ; les autres, les rétiniilcs, cellules pigmentées qui entourent les premières, formant une couronne autour d'elles. L'appareil lenticulaire, les milieux diversement réfringents peuvent manquer entièrement, et manquent même dans bien des cas. Ces petits groupes, disséminés et sans saillie, ne sont pas visibles à l'œil nu. Ainsi, l'appareil visuel représente ici, dans une très grande simplicité, et réduit à deux éléments qui ne sont que des différenciations des éléments cellulaires de la peau, les éléments qui sont sensitifs et les éléments pigmentés qui entourent les premiers, qui les isolent, les protègent et constituent pour ainsi dire des appareils conservateurs de la lumière, des appareils destinés à intercepter le mouvement vibratoire de l'éther pour l'accumuler sur l'élément sensitif, et appelés à s'opposer à la diffusion et à la dispersion du phénomène lumineux. Deux éléments composent donc cet organe visuel rudimentaire ; les autres dispositions sont des perfectionnements surajoutés. Il y a ici un élément devenu plus sensible à la lumière, et un élément capable de conserver et de circonscrire cet excitant. Voilà un rudiment de l'appareil visuel. Ce rudiment, multipliez-le en un point, groupez-le de manière à former une masse distincte, ajoutez-y des appareils dioptriques divers, et vous aur( / l'appareil supérieur et perfectionné qui se nomme l'œil.

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Nous possédons donc là un rudiment capable d'évoluer; mais ce rudiment lui-même n'est-il pas le fruit de l'évolution fl'tni rudiment plus simple encore? Nous pouvons répondre adirmativemenl.

L'appareil visuel peut être encore plus simple; il peut consister en de simples cellules renfermant des grains de pigment recevant une terminaison nerveuse et formant de simples taches oculaires, des ocelles. Enfin, l'on est conduit à penser que des organes visuels plus rudimentaires existent encore, et ne sont que de simples cellules de la peau, légèrement modifiées et dépourvues de pigment. Le pigment existe très généralement dans les appareils visuels; mais il n'est pas nécessaire, puisqu'il fait défaut dans les yeux d'une structure complexe, et qu'on ne peut se refuser à reconnaître pour des yeux. Le pigment existe si souvent qu'on Ta pris comme indicateur et critère des appareils visuels rudimentaires, qu'on ne saurait découvrir et déterminer autrement. Il constitue un perfectionnement. Mais puisque le pigment peut manquer dans des yeux déjà bien différenciés, il peut, à plus forte raison, faire défaut dans des organes très rudimentaires ; et nous sommes ainsi appelés à penser que la sensibilité pour la lumière est plus répandue et plus générale que Ton aurait pu le croire au premier abord.

Il ne faut pas oublier que bien des animaux, les Infusoires, les Hydres, qui ne nous ont encore révélé aucune trace 'd'organe oculaire, se dirigent cependant vers les parties éclairées du vase qui les renferme, que des animaux assez élevés comme l'Amphioxus, beaucoup de Mollusques et d'Annélides présentent une sensibilité à la lumière qui paraît répandue sur toute la surface de leur corps : que les Actinies qui n'ont pas d'yeux s'épanouissent sous l'influence d'un rayon de soleil, ou même dun rayon de lumière électrique ; il ne faut pas oublier encore que chez certains animaux les organes oculaires rudimentaires sont dispersés et multipliés sur toutes les parties du corps, accessibles à la lumière, et que même chez quelques-uns, l'Onchidie par exemple, il existe outre les yeux normaux

situés sur la Iclc, dos yeux spéciaux distribués sur la surface dorsale de l'animal et se renouvelant continuellement chez Tadulle comme des modificntions de l'épilhélium des pnpdles cutanées; il ne faut pas oublier encore que la lumière agit sur la surface cutanée tout entière des animaux, et peut déterminer soit des effets temporaires, comme la rougeur, ou même des phlyctèncs, soit des eiTets plus permanents, comme la production de pigment cutané; il ne faut pas oublier encore que l'influence de la lumière (bien dégagée de l'action calorifique) a sur le développement des œufs de certains animaux (Limnée, Calmar, Seiche, Truite, Grenouille, etc.), une influence accélératrice non douteuse; que les phénomènes généraux de respiration, de nutrition, sont fortement influencés par la présence ou l'absence de la lumière, agissant soit sur l'œil, soit sur la peau.

On est donc [autorisé à dire que la sensibilité pour la lumière n'est pas limitée à l'organe oculaire, mais qu'elle est une propriété delà peau, et répandue comme telle sur toute la surface cutanée. Les yeux ne sont donc qu'une modification de l'organe Adsuel cutané, en vue de la formation et de la perception des images. Mais nous pouvons certainement aller plus loin et penser que dans tout élément cellulaire, que même dans toute parcelle de matière vivante, il y a un certain degré de sensibilité à la lumière et par conséquent la virtualité d\\n organe sensible à la lumière ; seulement cette virtualité reste obscure et, pour ainsi dire, latente dans les parties et dans les éléments cellulaires qui sont soustraits, par leur position, à l'influence de la lumière; tandis que dans les parties exposées aux radiations lumineuses, cette virtualité, s'accroissant et se développant sous l'influence même de l'excitant lumineux, aboutit à des modifications morphologiques de l'élément dans le sens d'une adaptation plus grande à la réception des vibrations lumineuses et à la sensibilité spéciale. Quelques cellules situées dans des régions variables suivant les animaux, et douées d'une virtualité primitive plus accentuée, placées sur des points et dans des milieux plus favorables, devancent et surpassent les autres dans cette voie de modification et de différenciation et, devenant domi-

l'orientation de T,\ -méthode en ÉVOI.UTIONISME 3()

nantes, semblent monopoliser, pour ainsi dire, dans une certaine mesure, la fonction visuelle. Ces modifications de réiément scnsilif ont pnjvoqué dans les cellules voisines des modifications dans le sens du développement d'un appareil dioptrique convenablement adapté, car les éléments des tissus sont reliés entre eux par des influences corrélatives fonctionnelles et morphologiques dont nous nepouvonsdouter, quelque inconnu qu'en soit pour nous le mécanisme. Ainsi peut être conçue l'évolution de l'a^il de vertébré, cet organe si complexe, si élevé, si étonnant, que l'on a considéré comme le type de l'organe visuel, et dont on a voulu regarder l'évolution comme indémontrable. On voit que cet organe, quelque merveilleux qu'il soit, n'est que le fruit d'une évolution progressive dont l'étude des rudiments a pu nous rendre compte '.

Mais la conception évolutive serait à la fois illogique, impuissante et avortée, si elle ne s'appliquait qu'à la production des formes si multiples et si variées des êtres vivants. Elle doit embrasser et elle est appelée à résoudre encore une question, autrement délicate et obscure, celle de l'origine de la vie dans la nature.

Qu'est-ce que la vie? La vie est-elle quelque chose de nouveau ? Y a-t-il un abîme entre les êtres vivants et la matière dite non vivante ou matière brute? La vie, avec tout ce qui en constitue les attributs, c'est-à-dire la sensibilité, la motilité, la nutrition, la multiplication, et aussi les phénomènes d'ordre psychique, la vie a-t-elle apparu un jour dans une phase du développement de l'Univers, comme une pure nouveauté, comme une nouvelle création, comme un fait sans analogue, sans précédent, sans ascendant, dirai-je? Ou bien la vie et l'esprit dans la nature ont ils commencé avec

I . Dans cet examen j'ai à dessein laissé fie coté les dillérences de détail, et les dispositions particulières qui permettent d'établir entre les yeux des différences de divers ordres, et par exemple la distinction entre l'œil cérébral des vertébrés, et les yeux cutanés des invertébrés. Ces distinctions n'enlèvent rien à la valeur des liens morpbologiques que j'ai reconnus entre les rudiments de l'œil, et l'œil des animaux supérieurs, c'est-à-dire l'œil ayant atteint sa plus grande complexité.

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la nature ello-nicme, el onl-ils rlé, dè;^ le début, des éléments constants et pefmanents de ce qui constitue ce que nous appelons l'Univers ? Je ne surprendrai personne en disant que presque Tunanimité des suffrages appartient à la première opinion, h celle qui fait de la vie et de l'esprit des phénomènes qui, étrangers aux premières périodes d'existence de rUnivers, y ont ensuite fait une apparition aussi brusque que scientifiquement inexplicable et inexpliquée. Mais, s'il était établi, d'une manière incontestable, que cette opinion est la vraie, il faudrait considérer la conception évolutioniste comme irrévocablement condamnée, car un évolutionisme qui admettrait l'apparition de commencements nouveaux, n'est qu'un évolutionisme inconséquent et bâtard, qui ne saurait être pris au sérieux. Un tel évolutionisme, en effet, est la négation même du principe de l'évolution, puisqu'il demande à des créations successives et indépendantes l'apparition des éléments qui semblent être à la base des groupes principaux de phénomènes. Admettre les créations indépendantes dans une succession et une progression évolutives, c'est donner le droit d'attribuer à des créations semblables toutes les phases du développement. Les évolutionistes (et il y en a) qui s'accommodent de ce système mixte et illogique, ne sont pa,s moins repréhensibles qu'un naturaliste qui, étudiant le développement embryonnaire d'un œuf d'animal, voudrait voir une création nouvelle dans l'apparition de chacun des tissus, tissu nerveux, tissu musculaire, tissu conjonctif, etc., ou de chacun des organes principaux, le foie, la rate, le cerveau, le rein, l'estomac, le poumon, etc., au lieu d'admettre que dans l'œuf étaient contenus la virtualité ou les rudiments de toutes ces parties, et qu'il a suffi du déploiement de ces puissances ou du perfectionnement de ces rudiments, pour produire tous ces systèmes et tous ces organes.

On me dira, il est vrai, que l'important n'est pas de savoir si cet évolutionisme mitigé est ou n'est pas compatible avec l'évolutionisme absolu, mais s'il est conforme ou non à la vérité. Je l'accorde; et je crois qu'il importe, en effet, d'examiner si ce que nous appelons la vie, avec toutes ses mani-

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