VIE ET ESIMUT DANS LA NATURE
première est a(Jmiral)lenicnl disposée a comprendre la seconde. Il y a adaplalion réciproque ». Adaptation n'est pas assez diic. Il laul ajoiilor qu'entre ces deux termes ainsi rapprochés, intelligence humaine et nature, il y a même ori(jine et même essem-c. L'intelligence et les forces dites naturelles sont en elTet de même essence. L'intelligence retrouve en elle-même les lois de la nature; et elle les conçoit et les réalise consciemment tandis que la nature les réalise plus ou moins inconsciemment.
« L'activité intelligente, dit M. Marin ' dans un article très suggestif sur L'Origine des espèces, est la seule activité réelle qui soit dans l'univers.
«... Rien ne ressemble mieux aux différentes solutions que l'intelligence des hommes imagine pour venir à bout d'une fin par des instruments ou des méthodes diverses, que la diversité des procédés employés par des organismes dans des conditions analogues... On conçoit donc que l'intelligence dans la nature soit identique à la raison humaine, comme l'on pensé de grands esprit ». Il y a dans la nature « des responsabilités et un principe supérieur d'organisation auquel elles obéissent comme a un devoir pour enrichir le monde. »
« Le facteur actif du développement universel dans la nature est capable de s'efforcer de réaliser un progrès, d'atteindre un idéal. Il est... un facteur spirituel, intelligent, principe de toute action véritable, de toute organisation ; il est un etfort incessamment répété, partout et toujours ; il est spontanéité, dynamisme, finalité. Il n'agit pas toujours en se manifestant à notre conscience, mais la conscience ne paraît pas nécessaire aux actes intellectuels. »
Aces citations, je tiens à ajouter une belle page empruntée à un philosophe qui a prêté à l'exposition de ses idées une rare sagacité et la beauté du langage... » Chaque philosophe en France à la lin du xi\° siècle, dit M. V. Fouillée", y com-
1. Marin, L'Ori£:ine des Espèces. Revue scicntijhiue, q novembre 1901.
■A. A. Fouillée. I-,os deiiv^ directions possibles dans l'enseignement de
la philosopliie, etc.. Remr de méUiphysique cl rie morale, novembre iqoï.
Sabatikr. 3o
Ilifi IMIll.OSOPIIIE DE l'effort
pris Hcnan et Talne, a fini par reconnaître que l'idéal doit 1 être fondé, au sein de la réalité même, sur quelque chose qui le rende possible et qui nous rende possible de Tatteindre. Cette condition réelle de lu possibilité de l'idéal est pour les ' uns, comme Yaclierot, Taine, Renan, Guyau, une aspiration iuunanenlc au monde même, une conscience obscure qui tend à la pleine clarté; pour d'autres, comme Ravaisson, Lachelier, Renouvier, Sécrétan, Boutroux, elle est cela et de plus une pensée suprême ou un suprême amour présent au monde sans s'y épuiser. Ces deux assertions, en elles-mêmes, n'ont rien d'inconciliable, puisque le désir immanent au monde peut se fonder sur quelque réalité supérieure au désir même — réalité dont l'homme ne saurait, évidemment, se faire qu'une conception inadiquate et plus ou moins anthropomorphique. Mais quelque opinion qu'on adopte sur cette question réservée, une conciliation du réel et de l'idéal demeure possible dans le monde même, par une conception de la réalité qui, dans le mouvement retrouve l'appétition et dans l'appétition l'idée plus ou moins consciente. »
On sait peut-être combien depuis longtemps je me suis fait Tapôtre de ces conceptions de la nature et des forces dont l'activité assure en elle la vie et le progrès \ J'ai en effet afïirmé la présence partout d'un principe animateur, d'un élément de mentalité que j'ai désigné comme esprit, comme force capable de sentir, de penser et de vouloir et par conséquent capable de liberté et d'effort ; et que j'ai considéré comme la cause essentielle et primordiale de la progression évolutive dans la nature entière. En outre avec MM. Ravaisson, Lachelier, Renouvier, Sécrétan, Boutroux, j'ai placé au-dessus et à l'origine de cette énergie pensante et immanente au monde, la source même de cette énergie, c'est-àdire Dieu. J'ai donc la satisfaction et l'honneur de me trouver sur ce grave sujet en conformité de vues avec ces hommes éminents qui jouissent d'une autorité incontestable dans le monde de la pensée.
I . Voir mon Essai sur la vie et la mort, mon Essai sur Vlmmortalilé et d'autres Essais dont quelques-uns sorit contenus dans ce volume.