DEUXIEME ESSAI
La question de la liberté morale est, on n'en peut douter, une de celles qui préoccupent le plus les esprits sérieux. ^ a-t-il réellement une liberté morale ? ou bien l'homme n'est-il que le jouet d'une illusion, en se croyant libre ? Si la liberté morale existe, est-elle le propre de l'homme ? ou bien la retrouve-t-on à des degrés divers dans d'autres êtres soumis à notre observation? Quelle est d'ailleurs l'origine de la liberté morale? Grave question qui mérite bien qu'on s'y arrête. A elle se rattache une autre question bien importante aussi, celle de l'origine et de la nature du mal moral. A cette question la foi a déjà donné une réponse ; la science peut aussi prétendre à donner la sienne. Il sera intéressant de comparer les solutions et de voir ce qu'elles ont de contradictoire ou de conciliable.
La première question à examiner est évidemment celle-ci : ^ a t-il une liberté morale ') l'homme est il libre ? peut-il se déterminer librement? Inutile d'insister sur la gravité de la question. S'il y a une liberté morale, l'homme est responsable de ses actes, il y a une conscience morale. Sinon, pas de responsabilité; et la conscience morale n'est qu'une acquisition artificielle qui résulte de la prise au .sérieux d'un fantome. — 11 n'y a alors ni bien ni mal moral dans le sens rigoureux du mot ; il n'y a ni coupable ni innocent ; il n'y a que des indifférents. Les conséquences sociales d'une telle opinion ont quelque chose d'elTrayant.