En français dans le texte. [Trad.j
PHILOSOPHIE DE L'EXPÉniENCE
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U auteur est facile à comprendre si l'on sait saisir le centre de sa vision. Du centre H. . de Ffpwi v;»„ , '•"" centre delà vision
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systématique de vous faire savoir s'il parle eu 'og.c.en en physicien ou en psychologue tout paru pris, qu'il-a délibérément adopté, de rëlter
HEGEL ET SA METHODE
dans le vague et dans l'ambiguïté: tout cela porte ses lecteurs d'aujourd'hui à s'arracher les cheveux, ou à lui arracher les siens, dans un accès de désespoir. Gomme le corsaire de Byron, il a laissé « aux âges futurs un nom qui ne leur rappelle qu'une seule vertu et un millier de crimes ».
Cette vertu, chez Hegel, c'était sa vision. Elle comprenait en réalité deux parties. D'une part, il voyait la raison comme embrassant tout; et. de l'autre, il voyait les choses comme une « dialectique ». Permettez- moi de vous dire quelques mots sur cette seconde partie.
L'impression qu'éprouve un homme naïf qui s'installe en toute simplicité au milieu du flux des choses, c'est que les choses ne sont pas en équilibre. Quels que soient les équilibres qu'atteignent nos expériences finies, ils ne sont que provisoires. Wordsworth croyait que nous sommes en équiîjbre avec la nature : cet équilibre, le volcan de la Martinique le fait disparaître avec fracas. De même, les équilibres lentement construits auxquels parviennent les hommes dans leur vie de famille et dans leurs relations civiques ou professionnelles, des accidents de l'ordre moral, de l'ordre mental, ou de l'ordre physique viennent les détruire. Des énigmes intellectuelles déjouent nos systèmes scientifiques, et le cruel dernier mot de l'univers, bouleversant la pensée religieuse, lui fait perdre son attitude et ses espérances. D'aucun « système
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BEGEL ET SA MÉTHODE
de bien » particulier, une fois atteint, la valeur n'est reconnue comme sacrée par Tunivers luimême. Le voilà qui fait la culbute, le voilà qui s'écroule, assouvissant le vorace appétit de destruction qu'il y a dans ce système lui-même, — dans ce système historique plus vaste où il s'est tenu nn instant comme pour faire escale ou comme sur un marchepied.
Cette fuite des choses que suivent de près leurs contradictoires • la destinée de chacune et sa destruction; cette perpétuelle marche en avant vers un avenir qui va supplanter le présent : telle est l'intuition hégélienne du caractère essentieliemenl provisoire, et, par conséquent irréel, de toutes les choses empiriques et iînies.
Prenez, en effet, une chose quelconque, concrète et finie, et essayez de la fixer. Vous n'y réussirez pas, car, fixée ainsi, elle se trouve n'être plus concrète du tout. Elle n'est plus qu'un extrait ou un « abstrait » arbitraire que vous avez taillé à même le reste de la réalité empirique. D'ailleurs, toutes les autres choses fenvahissent et la submergent, vous envahissent et vous submergent au même moment, en faisant évanouir votre folle entreprise. Toute vue ne portant que sur une partie de l'univers, arrache cette partie à ses relations, laisse à l'écart quelque vérité la concernant, est fausse à son égard, la dénature. La vérité pleine et entière, sur quelque chose que ce soit, renferme plus que
cette chose elle-même. En définitive, il ne faut pas moins que l'ensemble total des choses pour rendre possible un degré quelconque de vérité à l'égard de l'une d'entre elles.
Ainsi compris, et compris en gros, non seulement Hegel n'offre aucun danger, mais il est exact. 11 y a bien, dans les choses, un mouvement dialec^ tique, s'il vous plaît de l'appeler ainsi, un mouvement auquel donne naissance la structure tout entière de la vie concrète.
Toutefois, ce mouvement peut se décrire el s'expliquer en termes empruntés à la vision pluraliste des choses, d'une manière bien plus naturelle qu'au moyen des termes monistes auxquels Hegel la finalement réduit. L^empirisme pluraliste sait que toute chose est dans un milieu; que d'autres choses l'entourent, et que, si vous la laissez se mouvoir dans ce milieu, elle subira inévitablement un frottement et une opposition de la part de ses voisines : ses rivales et ses ennemies la détruiront, à moins qu'elle ne puisse les soudoyer en abandonnant, à titre de compromis, une partie de ses prétentions primitives.
Mais c'est sous un jour qui n'a rien d'empirique, que Hegel a vu ce caractère indéniable de l'univers que nous habitons. Que Vidée mentale de la chose travaille dans votre pensée toute seule, imaginait-il, et les mêmes conséquences se dérouleront exactement. Elle sera niée par les idées opposées
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niILOSOPHIE DE L EXPERIENCE
HEGEL ET SA METHODE
qui la suivent de près, et ne pourra subsister qu'en passant avec elles un traité quelconque. Ce traité sera un exemple de la prétendue <» synthèse supérieure» de chaque chose avec sa contradictoire; et l'originalité de Hegel consistait à transporter cette opération de la sphère des perceptions dans celle des concepts, et à l'interpréter comme étant la méthode universelle qui rend possible la vie sous n'importe quelle forme : logique, physique ou psychologique. Ce n'est donc pas dans les faits sensibles, comme tels, que Hegel nous invite à chercher le secret de ce qui entretient le cours de Texistence : c'est plutôt dans l'élaboration conceptuelle que nous leur ferons subir. A ses yeux, les concepts n'étai'ent pas les choses immobiles et renfermées en elles-mêmes que les logiciens d'autrefois avaient supposées : non, ils travaillaient comme des germes et se développaient au dehors l'un dans l'autre, en vertu de ce qu'il appelait leur dialectique immanente. En voulant s'ignorer l'un l'autre comme ils le font, ils s'excluent virtuellement et se nient l'un l'autre, pensait-il ; et, par là, d'une certaine façon, l'un amène l'autre. Ainsi, la logique dialectique, selon lui, devait supplanter la « logique de l'identité » dont touto l'Europe avait été nourrie depuis Aristote.
C'est dans cette manière d'envisager les concepts que consiste la révolution accomplie par Hegel, mais partout accomplie en des termes si intention-
nellement vagues et ambigus qu'on ne peut guère dire si ce sont les concepts comme tels, ou bien les expériences et éléments sensibles servant à les former, que Hegel veut effectivement mettre en
œuvre.
La seule chose certaine est que, quoi que vous puissiez dire de sa méthode, il y aura quelqu'un pour vous accuser de l'avoir mal comprise. Je n'ai pas la prétention de la comprendre : je l'interprète uniquement d'après mes propres impressions.
A l'interpréter ainsi, je regrette qu'il lui ait donné le nom de logique. S'attachant, comme il Ta fait, à la vision d'un monde réellement vivant, et ne voulant pas se contenter d'un tableau intellectualiste qui le présente haché menu, il est fâcheux de lui voir précisément adopter le mot dont lintellectualisme s'était déjà réservé l'emploi. Mais il ne s'est pas, — bien au contraire! — affranchi du traditionnel dédain des rationalistes pour le monde des données immédiates, pour le monde sensible et toutes les basses particularités qui le souillent; et il n'a jamais admis cette idée que la forme de la philosophie pût être tout empirique. Il fallait que son système à lui fût un produit de la raison éternelle : c'est pourquoi le mot « logique n , avec tout ce qu'il suggère de nécessité irrésistible, était le seul qu'il pût trouver naturel.
Hegel a donc prétendu pratiquer constamment la méthode a priori et faire tout son travail au
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lîioyen d'un maigre attirail de vieux termes logiques : proposition, négation, réflexion, universel, particulier, individuel, et autres du même genre. Mais sur quoi opérait-il en réalité? C'est sur ses propres perceptions empiriques; et celles-ci dépassaient et débordaient ses catégories logiques, qui se trouvaient misérablement insuffisantes dans tous les cas où il les appliquait.
Le coup le plus original qu'il ait frappé, c'est celui qui se rapporte à la catégorie des négations. L'opinion orthodoxe est que vous ne pouvez avancer logiquement à travers le champ des concepts qu'en allant du même au même. Hegel a senti profondément la stérilité de cette loi de la pensée conceptuelle : il a vu que, d'une certaine façon, la négation met, elle aussi, les choses en relation ; et il a eu l'idée originale de dépasser la logique ordinaire en s'avançant du différent au différent, comme si c'était aussi une nécessité de la pensée. « Le prétendu principe d'identité, dit-il, est supposé admis par la conscience de chacun. Mais dire : une planète est une planète, le magnétisme est le magnétisme, l'esprit est l'esprit,— comme l'impose une telle loi, — c'est là un langage qui mérite d'être taxé de niaiserie. Aucun esprit ne parle, ne pense, ne forme ses conceptions d'après cette loi, €t aucune existence d'aucune sorte ne s'y conforme. Nous ne devons jamais considérer l'ideniité comme une identité abstraite, à l'exclusion de
toute différence. C'est là la pierre de touche pour distinguer toutes les mauvaises philosophies de ce qui seul mérite d'être appelé une philosophie. Si penser n'était pas quelque chose de plus qu'enregistrer des identités abstraites, ce serait une opération absolument superflue. Les choses et les concepts ne sont identiques que dans la mesure où ils impliquent en même temps une distinction^ .»
La distinction que Hegel a ici dans l'esprit, commence naturellement par être la distinction entre une chose ou un concept, d'une part, et les autres choses ou concepts, d'autre part. Mais, avec lui, cette distinction ne tarde pas, en se développant, à devenir une contradiction de la chose ou du concept avec les autres choses ou concepts, et, par un choc en retour, elle finit par devenir une contradiction des choses avec elles-mêmes ou d«jo concepts avec eux-mêmes : désormais la contradiction interne et immanente de tout concept fini devient la force de propulsion logique qui met le monde en mouvement^.
« Isolez une chose de toutes ses relations, — dit le docteur Edward Caird^, exposant Hegel, — et essayez de l'affirmer toute seule : vous consla-