Snialler Logic. Traduction Wallace, p
par la manière purement technique et professionnelle dont elles arrivent à être administrées, finissent par devenir des obstacles aux vues mômes de leurs fondateurs.
Une fois contracté le pli de penser en appliquant ainsi le principe de contradiction, vous aurez de la chance si jamais vous arrivez à vous en défaire. Vous devenez incapable de voir autre chose. Que n'importe qui énonce n'importe quoi, et votre sentiment qu'une contradiction y est impliquée devient une habitude : ce sera presque une habitude motrice chez certaines personnes qui symbolisent par une mimique stéréotypée l'affirmation, la négation et la conciliation finale impliquées dans ce que l'on dit. Si vous dites : deux^ ou plusieurs^ votre discours vous trahit, car le nom lui-même les réunit en un. Si vous exprimez un doute, votre expression contredit son propre contenu, car le doute lui-même n'est pas mis en doute, mais affirmé. Dites-vous : désordre ^ qu'y a-t-il là, sinon une certaine mauvaise espèce d'ordre? Y) \iQ?>-yo\i^ indétermination : vous êtes en train de déterminer le fait de cette indétermination, précisément. Dites-vous : « rien n'arrive que l'imprévu » : l'imprévu devient ce que vous prévoyez. Dites-vous : « toutes choses sont relatives » : à quoi le tout formé par ces choses est-il lui-môme relatif? Si vous dites, « rien de plus », vous avez dit déjà quelque chose de plus en sous-enteiidantune
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PHL.OSOPHIE DE l'eXPÉRIENCE
région dans laquelle on ne trouve rien de plus. Connaître une limite comme telle, est consëquemment l'avoir déjà franchie; et ainsi de suite pour tous les exemples qu'on peut vouloir citer.
Ainsi, toute chose que vous affirmez paraîtra affirmée par un de ses côtés seulement. En outre, elle paraîtra nier son autre aspect. Celui-ci, n'ayant figalement qu'un seul côté, niera le premier à son tour; et, puisque cette situation est intenable, les deux termes contradictoires devront, suivant Hegel, engendrer ensemble une plus haute vérité dont tous deux apparaissent comme des parties indispensables, chacun d'eux rendant possibles certains aspects de Qe concept supérieur ou de cette situation supérieure pour la pensée.
De cette manière, chaque synthèse supérieure, quelque provisoire et relative qu'elle soit, concilie les contradictions que contenaient implicitement les parties abstraitement considérées. Vous vous souvenez que le rationalisme est, d'après moi, une manière de penser ayant pour méthode de subordonner les parties aux touts : Hegel est donc ici on ne peut plus rationaliste. L'unique tout par lequel toutes les contradictions soient conciliées est pour lui le tout absolu des touts, cette Raison qui enveloppe tout, à laquelle il a lui-même donné le nom dldée absolue, mais que je continuerai d'appeler V « absolu >>, purement et simplement, comme je lai fait jusqu'ici.
HEGEL ET SA METHODE
Dans une foule de cas, Texpérience nous montre comment les unités supérieures concilient les contradictions, de sorte que, ici encore, la vision de Hegel, prise d'une façon tout impressionniste, s'accorde avec un nombre incalculable de faits^ D'une manière ou d'une autre, la vie, en déployant ses ressources, trouve le moyen de donner du même coup satisfaction aux contraires. Et c'est précisément là l'aspect paradoxal que présente, sur bien des points, notre civilisation. Nous assurons la paix par des armements; la liberté, par des lois et des constitutions. La simplicité et le naturel sont le dernier résultat d'une éducation et d'un entraînement artificiels; la santé, la force et la richesse ne s'accroissent que si l'on en fait usage et que si on les dépense sans compter. Notre méfiance de la méfiance engendre notre système commercial de crédit; notre tolérance à l'égard des manifestations anarchistes et révolutionnaires est le seul moyen d'atténuer leurs dangers; notre charité doit dire non aux mendiants, afin de ne pas aller contre son propre but; le véritable épicurien doit observer une grande sobriété; le moyen pour arriver à la certitude réside dans le doute radical; la vertu ne signifie pas l'innocence, mais la connaissance du mal et sa défaite; c'est en obéissant à la nature que nous en devenons les maîtres; etc. La vie religieuse et la vie morale sont pleines de contradictions sem-
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blables dont la solution est en suspens. Haïssezvous votre ennemi? Eh bien! pardonnez-lui, et par là vous entasserez des charbons brûlants sur sa tête. Pour vous trouver vous-même, renoncezvous vous-même; pour sauver votre âme, perdez-la d'abord; bref, mourez pour vivre.
En partant d'exemples d'une telle évidence, on peut facilement généraliser la vision de Hegel. En gros, son tableau « dialectique » rend fidèlement compte d'une grande partie des choses de l'univers. Il a un air paradoxal ; mais, une fois placés au point de vue de n'importe quelle synthèse un peu élevée, vous voyez au juste comment elle absorbe en ellemême les contraires. Considérez, par exemple, le conflit de nos appétits carnivores et de nos instincts chasseurs, d'une part, et, d'autre part, notre sympathie pour les animaux, — cette sympathie que le raffinement de notre civilisation est eu train d'amener avec lui. Nous avons trouvé le moyen de concilier ces contraires on ne peut plus effectivement, en établissant des lois sur la chasse et sur les saisons où elle est fermée, comme en nourrissant des troupeaux domestiques. Les animaux conservés ainsi le sont pour être massacrés, à vrai dire; mais, s'ils n'étaient pas conservés pour cette raison, pas un seul d'entre eux ne resterait en vie. Leur volonté de vivre et notre volonté de les tuer 'se combinent ainsi harmonieusement dans cette synthèse supérieure, d'une espèce toute
HEGEL ET SA METHODE
particulière, qui est la domestication et Télevage.
A ne considérer que le compte rendu qu'il présente de certains aspects empiriques du réel, Hegel est donc grand, et il est exact. Mais ce qu'il se proposait, c'était quelque chose de bien supérieur à un compte rendu empirique. Aussi dois-je ne point passer sous silence cet aspect essentiel de sa pensée. Hegel était dominé par la notion d'une vérité qui devrait se présenter comme indiscutable, s'imposer à tous, être la vérité, une, indivisible, éternelle, objective et nécessaire, à laquelle la pensée particulière de nous tous doit conduire comme à son propre achèvement.
Voilà bien, en effet, l'idéal dogmatique de tous les professionnels du rationalisme en philosophie ; voilà leur postulat, qu'ils ne soumettentjamaisni au doute ni à la critique. « Je n ai jamais douté, disait récemment un écrivain d'Oxford, que la vérité fût universelle, unique et éternelle, ni qu'elle fût chose une, intégrale et complète par son unique élément essentiel, par sa signification unique » *. Pour se mouvoir dans l'univers hégélien, la pensée doit, en résumé, adopter la formule apodictique : il faut que telle chose soit, et non pas cette for-mule hypothétique et inférieure : telle chose est
1. JoACHiiM. The Nature of Truth, Oxford, 1904, pp. 22, 178. L'argument, au cas où la croyance serait mise en doute, serait l'idée synthétique supérieure : si deux vérités étaient possibles, la dualité de cette possibilité serait elle-mîme la vérité unique qui les unirait.
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PIIILOSOPUIE DE l'expérience
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possible, seule formule que l'empiriste puisse employer.
Ainsi, Hegel jugeait que son idée d'un mouvement immanent, qui se poursuit à travers le champ des concepts sous la forme de la négation a dialectique », faisait admirablement le compte de ces rationalistes réclamant une vérité qui fût quelque chose d'absolu et d'inébranlable. 11 est facile de voir comment. Si vous affirmez n'importe quoi, — par exemple, que A existe, — et que vous en restiez là tout simplement, vous laissez les choses à la merci d'un tiers qui peut survenir et dire : « Ce n'est point A qui existe; c'est B ». S'il parle ainsi, votre affirmation ne le réfute pas : elle le contredit seulement, tout comme la sienne vous contredit. Le seul moyen de faire que votre affirmation sur A porte en elle-même sa garantie, c'est de lui donner une forme qui niera implicitement et par avance toutes les négations possibles.
Il ne suffirait pas que la négation fût simplement absente : il faut la mettre en présence de l'affirmation, mais lui arracher ses crocs. Ce que vous posez comme étant A doit avoir déjà supprimé, en la niant par avance, l'alternative opposée, ou l'avoir rendue impuissante. La double négation est la seule forme d'affirmation qui fasse bien le compte de l'idéal dogmatique. Les constatations simplement et naïvement affirmatives, voilà qui est bon pour les empiristes, mais non pour les
rationalistes, car elles prêtent le flanc aux attaques du premier contradicteur venu et demeurent exposées à tous les souffles qui apportent le doute. La vérité définitive doit être une chose pour laquelle A n'y a plus aucune alternative imaginable: toutes celles qu'on pourrait lui opposer, cette vérité les contient en elle-même, comme des moments déjà expliqués et déjà franchis. Toute chose qui renferme ses propres alternatives comme autant d'éléments d'elle-même, est, pour me servir d'une expression souvent employée précédemment, « son propre autre », rendu tel par la méthode de la négation absolue. (Méthode der absoluten negativitât.) Cette idée d'un organisme de vérité qui a déjà lire de quoi vivre, pour ainsi dire, du fait même d'être soumis à la mort dans des conditions telles que, la mort étant une fois morte pour lui, il ne saurait plus mourir désormais, voilà bien l'idée où la tendance rationaliste trouve pleinement à se satisfaire. Ce seul et unique tout, avec toutes ses parties impliquées en lui, — qui se nient et se rendent mutuellement impossibles, si elles sont prises à part, mais qui s'appellent mutuellement et se maintiennent l'une l'autre à leur place, si l'on prend intégralement le tout qu'elles forment : tel est, à la lettre, l'idéal cherché; tel est le diagramme et le tableau même de cette notion de la vérité, qui ne laisse en dehors d'elle aucune alternative; de cette vérité à laquelle rien ne peut
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être ajouté; de laquelle rien ne peut être retranché, et par rapport à laquelle serait absurde tout ce qui s'en écarterait; de cette vérité enfin qui dépasse infiniment l'imagination humaine.
Une fois saisies les lignes de ce diagramme, qui résout d'une façon si heureuse un problème vieux comme le monde, les anciens procédés par lesquels se prouvait la nécessité des jugements cessent de nous satisfaire. Aussi pensons-nous que le moyen de Hegel doit être le bon moyen. Le vrai doit être essentiellement la réalité récurrente, se réfléchissant sur elle-même et renfermée en elle-même; il doit être ce qui trouve sa propre sauvegarde dans le fait de contenir en soi sa contradictoire et de la nier ; ce qui forme un système sphérique, sans aucun de ces bouts flottants, suspendus au dehors, dont s'emparerait quelque chose d'extérieur et d'étranger; ce qui, pelotonné sur soi-même, demeure à jamais clos, au lieu de se dévider en droite ligne indéfiniment, et de rester ouvert à ses extrémités, comme cet univers d'une forme simplement constituée par collection ou par addition : cet univers, que Hegel nomme le mauvais infini, et qui est le seul auquel puisse jamais atteindre l'empirisme ne posant à son point de départ que de simples parties et des éléments séparés.
Nul ne peut nier la sublimité de cette conception hégélienne. Elle a certainement grande allure, si une grande allure est bien chose que puisse
comporter la philosophie. Pour nous, cependant, cette conception reste, jusqu'à présent, une forme pure, un simple diagramme; carie contenu positif de la vérité absolue, tel que Hegel essaie matériellement de le dégager, n'a contenté qu'un petit nombre de ses disciples, et je n'entreprends pas de considérer le moindrement les parties concrètes de sa philosophie. Le principal, en ce moment, est de saisir sa vision généralisée, et de s'assurer du crédit que mérite le schéma tout abstrait d'un système trouvant sa sauvegarde en lui-même, par le fait d'impliquer une double négation.
Ceux des partisans de l'absolu qui n'emploient pas la technique particulière de Hegel, ne cessent pas, en réalité, de travailler d'après sa méthode. Vous vous rappelez les preuves de l'absolu, dont je vous ai donné des exemples dans ma dernière leçon, — ces preuves de Lotze et de Royce par la réduction à l'absurde, établissant que toute connexion, si faible soit-eUe, inconsidérément supposée dans les choses, aboutira logiquement à leur union absolue, et toute séparation, même minime, à leur disjonction absolue : ce sont bien là des arguments construits sur le modèle hégélien. La vérité est ce que vous affirmez imphcitement par votre efl'ort même pour le nier : c'est ce dont vous ne pouvez vous écarter sans que chacun de vos écarts trouve sa propre réfutation dans le fait d'être en contradiction avec soi-
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être ajouté; de laquelle rien ne peut être retranché, et par rapport à laquelle serait absurde tout ce qui s'en écarterait; de cette vérité enfin qui dépasse infiniment l'imagination humaine.
Une fois saisies les lignes de ce diagramme, qui résout d'une façon si heureuse un problème vieux comme le monde, les anciens procédés par lesquels se prouvait la nécessité des jugements cessent de nous satisfaire. Aussi pensons-nous que le moyen de Hegel doit être le bon moyen. Le vrai doit être essentiellement la réalité récurrente, se réfléchissant sur elle-même et renfermée en elle-même; il doit être ce qui trouve sa propre sauvegarde dans le fait de contenir en soi sa contradictoire et de la nier ; ce qui forme un système sphérique, sans aucun de ces bouts flottants, suspendus au dehors, dont s'emparerait quelque chose d'extérieur et d'étranger; ce qui, pelotonné sur soi-même, demeure à jamais clos, au lieu de se dévider en droite ligne indéfiniment, et de rester ouvert à ses extrémités, comme cet univers d'une forme simplement constituée par collection ou par addition : cet univers, que Hegel nomme le mauvais infini, et qui est le seul auquel puisse jamais atteindre l'empirisme ne posant à son point de départ que de simples parties et des éléments séparés.
Nul ne peut nier la sublimité de cette conception hégélienne. Elle a certainement grande allure, si une grande allure est bien chose que puisse
comporter la philosophie. Pour nous, cependant, cette conception reste, jusqu'à présent, une forme pure, un simple diagramme; carie contenu positif de la vérité absolue, tel que Hegel essaie matériellement de le dégager, n'a contenté qu'un petit nombre de ses disciples, et je n'entreprends pas de considérer le moindrement les parties concrètes de sa philosophie. Le principal, en ce moment, est de saisir sa vision généralisée, et de s'assurer du crédit que mérite le schéma tout abstrait d'un système trouvant sa sauvegarde en lui-même, par le fait d'impliquer une double négation.
Ceux des partisans de l'absolu qui n'emploient pas la technique particulière de Hegel, ne cessent pas, en réalité, de travailler d'après sa méthode. Vous vous rappelez les preuves de l'absolu, dont je vous ai donné des exemples dans ma dernière leçon, — ces preuves de Lotze et de Royce par la réduction à l'absurde, établissant que toute connexion, si faible soit-elle, inconsidérément supposée dans les choses, aboutira logiquement à leur union absolue, et toute séparation, même minime, à leur disjonction absolue : ce sont bien là des arguments construits sur le modèle hégélien. La vérité est ce que vous affirmez implicitement par votre efî'ort même pour le nier : c'est ce dont vous ne pouvez vous écarter sans que chacun de vos écarts trouve sa propre réfutation dans le fait d'être en contradiction avec soi-
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même. Tel est le suprême aperçu que donne le rationalisme, et aujourd'hui les meilleures nécessités logiques, invoquées par l'argumentation rationaliste, ne sont qu'autant d'efforts pour le faire accepter par l'auditeur.
Ainsi, vous le voyez, ma dernière leçon et celle-ci sont elles-mêmes connexes à leur tour, en ce que nous pouvons considérer Hegel et les autres partisans de l'absolu comme soutenant le même système. Le premier point sur lequel je désire insister maintenant, est le rôle joué dans la structure de ce merveilleux syslcme par ce que j'ai appelé rintellectualisme vicieux.
En général, le rationalisme pense atteindre la plénitude du vrai en abandonnant la sensation pour le concept, parce que celui-ci fournit évidemment le tableau le plus universel et le plus stable de la réalité. L'intellectualisme, au sens vicieux du mot, je Tai défini plus haut l'habitude de supposer qu'un concept exclut de toute réalité conçue par son moyen tout ce qui n'est pas inclus dans la définition de ce concept. Cet intellectualisme, je Tai qualifié d'illégitime, tel que je l'ai vu pratiqué dans les arguments invoqués par Lotze, Royce et Bradley en faveur de l'absolu, — arguments que, par suite, je n'ai pas considérés comme prouvant l'absolu; et j'ai conclu en affirmant ^^ propre croyance qu'un univers pluraliste, un univers incomplètement systéma-
tisé, qu'on ne saurait décrire qu'à la condition d'employer librement le mot « plusieurs », est une hypothèse légitime.
Or Hegel lui-même, en construisant sa méthode de double négation, offre l'exemple le plus marquant de ce vice de l'intellectualisme. Toute idée d'un objet défini est naturellement le concept de cet objet, et non le concept de n'importe quel autre. Mais, sur ce fait de n'être pas le concept d'un autre objet quelconque, Hegel raisonne comme si c'était là un fait équivalent au concept de quelque autre chose qui n'existe pas, ou en autres termes, comme si c'était la négation de toute autre chose. Puis, comme les autres choses, ainsi implicitement contredites par la chose conçue d'abord, la contredisent également d'après la même loi, on commence à sentir battre le pouls de la dialectique, et les fameuses triades de Hegel se mettent à ronger et à dévorer le Cosmos.
Si quelqu'un trouve lumineuse la méthode employée, il faut le laisser jouir en paix de cette illumination et l'abandonner à son hégéiianisme. D'autres que lui sentiront les insupportables défauts, — ambiguïté, prolixité, audace par trop peu scrupuleuse, — qui se voient dans la manière dont le Maître déduit les choses : notre hégélien n'y verra sans doute, — les oracles divins étant notoirement difficiles à interpréter,
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— que cette « difficulté » dont la profondeur des pensées donne presque toujours le sentiment !
Pour ma part, il me semble qu'il y a quelque chose de grotesque et de saugrenu^ dans ce fait qu'un style si contraire aux règles élémentaires qui président à l'échange des idées entre les esprits, ait la prétention d'être la véritable langue maternelle de la raison, et de se trouver en harmonie, plus rigoureusement que tout autre style^ avec les modes de pensée appartenant à l'absolu. C'est pourquoi je ne prends pas du tout au sérieux l'appareil technique de Hegel. Je le regarde plutôt, Hegel, comme un de ces nombreux voyants, d'ailleurs pleins d'originalité, qui ne peuvent jamais apiprendre à s'exprimer. Sa prétendue logique impérieuse, irrésistible, ne compte pour rien à mes yeux. Ce fait ne porte, du reste, aucune atteinte à l'importance philosophique de sa conception de l'absolu, pourvu qu'on la prenne simplement pour une hypothèse, pour l'un des grands types de la vision cosmique.
C'est en la considérant ainsi, que je vais la discuter brièvement. Mais, auparavant, je dois appeler votre attention sur une étrange particularité de la vision hégélienne. Cette particularité, nous la rencontrerons de nouveau pour la juger