‹ Philosophie de l'expérience [microform]Chapitre 26 sur 58 · Voir plus haut, page 51. [Trad · texte numérisé non relu

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abandonner tous les résultats particuliers de sa tentative et se contenter de louer ses intentions, — à peu près comme nous les avons louées nousmêmes à notre manière.

M. Haldane, par exemple, dans ses merveilleuses conférences de la fondation Gifford, porte Hegel jusqu'aux nues; mais ce qu'il dit de lui se réduit, ou peu s'en faut, à ceci : « Les catégories où l'esprit dispose ses expériences et les interprète, les universaux où les idées particulières sont saisies dans l'individu, forment une chaîne logique dont le premier terme présuppose le dernier, tandis que celui-ci présuppose le premier terme et le rend vrai. » C'est à peine si M. Haldane essaie de donner un peu de corps à cette idée logique si mince. Il dit bien que la pensée absolue en elle-même, et la pensée absolue posée comme autre, avec la distinction qu'elle établit pour ellemême à l'égard d'elle-même, ont pour antécédent réel la pensée absolue synthétiquement posée ; et, telle étant la vraie nature de la pensée absolue, toujours d'après M. Haldane, son caractère dialectique doit se montrer sous des formes aussi concrètes que la poésie de Gœthe ou de Wordsworth, ainsi que sous des formes religieuses. « La nature de Dieu, la nature de la pensée absolue, est de manifester le triple mouvement de la dialectique ; et ainsi, la nature de Dieu, tel qu'il est représenté dans la religion, doit être une triplicité,

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une trinité. » Mais, après avoir ainsi nommé Gœlhe el Wordsworth, puis établi la trinité, c'est à peine si l'hégélianisme de M. Haldane nous fait pénétrer d'un pouce dans le détail concret de Vunivers qu'effectivement nous habitons!

Également mince est M. Taylor, tout à la fois dans ses principes et dans les résultats qu'il leur attribue. A l'exemple de M. Bradley, il commence par nous assurer que la réalité ne saurait être en contradiction avec elle-même ; mais que cette contradiction existerait pour une chose en relation avec une autre qui lui serait réellement extérieure ; et qu'ainsi la réalité dernière doit être un seul tout, une synthèse unique et totale. Cependant, tout ce qu'il peut dire de ce tout à la fin de son livre, si parfaitement écritd'ailleurs, c'est qu'il n'y a pas là une notion « qui puisse rien ajouter à nos connaissances, ni fournir par elle-même aucun mobile pour nos efforts pratiques ».

M. Mac Taggart nous régale d'un menu presque aussi maigre. « Le principal intérêt pratique de la philosophie de Hegel, dit-il, réside dans la certitude abstraite, donnée par notre logique, que toute réalité est rationnelle et absolument bonne, même quand nous ne pouvons aucunement voir comment elle est telle... Ce n*est pas que la logique nous montre en quoi sont bonnes les choses qui nous entourent, ni comment nous pouvons les rendre meilleures; mais elle prouve que, comme n'importe quelles

autres réalités, elles sont parfaitement bonnes sub specie œternitatis, et destinées à devenir parfaitement bonnes, sub specie temporis, »

Ici, encore, pas le moindre détail : rien que la certitude abstraite que le détail, quel qu'il puisse être, sera bon. Déjà, le vulgaire, étranger à toute dialectique, possède cette certitude, généreux résultat de l'enthousiasme vital qu'il éprouve, dès la naissance, à l'égard de l'univers. Or, la philosophie transcendantale se distingue par son mépris souverain pour ce qui, comme l'enthousiasme, n'est qu'une fonction de la vie, et par sa prétention de donner à ce qui est chez nous un simple acte de foi, une croyance immédiate, la forme d'une certitude logiquement élaborée qu'il serait absurde de mettre en question. Mais toute la base sur laquelle repose si solidement la certitude particulière de M. Mac Taggart en vient, par un effet de tassement, à tenir, comme dans une coquille de noix, dans l'unique formule où il fait rentrer l'évangile de Hegel, lorsqu'il déclare que, dans toute parcelle de l'expérience et de la pensée, si bornée qu'elle soit, la réalité tout entière, l'Idée absolue, comme Ta nommée Hegel, est « implicitement présente ».

Telle est bien la vision de Hegel, et Hegel pensait que les détails de sa dialectique en démontreraient la vérité. Mais les disciples qui ne sont pas satisfaits des détails de l'argumentation, et qui

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s'obstinent pourtant à conserver la même vision, ne sont nullement supérieurs, malgré leur prétention déposséder une conscience plus rationnelle, au vulgaire, avec ses enthousiasmes ou ses croyances adoptées délibérément. Nous avons vu nous-mêmes, sur quelques points, la faiblesse de l'argumentation moniste. M. Mac Taggart jette, pour son propre compte, de nombreuses pierres dans le jardin, c'està-dire dans la logique, de Hegel, et finit par conclure que « toute véritable philosophie doit être mystique, non pas, certes, dans sa méthode, mais dans ses conclusions finales ». Qu'est-ce à dire, sinon que les méthodes rationalistes nous laissent dans l'embarras, malgré toute leur supériorité, et, qu'en fin de compte, la vision et la foi doivent les prolonger? Mais qu'ici la vision est mince et abstraite, pour ne rien dire de la croyance! La réalité tout entière, explicitement absente de nos expériences finies, doit néanmoins être implicitement présente en elles toutes, quoique aucun d'entre nous ne puisse jamais voir comment le simple mot implicite soutient ici sur sa frêle pointe toute la pyramide du système moniste!

Avec M. Joachim, la théorie moniste de la vérité repose sur une pointe encore plus frêle. — « Je n'ai jamais douté, dit-il, que cette vérité universelle et éternelle soit un contenu ou une signification unique, qu'elle soit une, totale et complète » ; et il avoue franchement l'échec des tentatives

rationalistes faites pour élever cette « certitude immédiate » au niveau de la connaissance réfléchie. En résumé, il n'y a pour lui, dans ce que nous offre la vie, aucun intermédiaire entre la Vérité, avec une majuscule, d'une part, et toutes les petites vérités, d'une basse condition, — erreurs comprises, — que présente la vie. Il n'a jamais « douté » : voilà un fait psychologique, et €e fait suffit !

Toute cette pyramide moniste, reposant sur des pointes aussi frêles que celles-ci, me paraît, à moi, être un acte d'autorité (Machtspruch), un produit de la volonté bien plus que de la raison. L'unité est bonne ; donc il faut que toutes choses soient cohérentes ; il faut qu'elles ne fassent qu'un ; il faut qu'il y ait des catégories qui en forment un tout unique, quelque séparées que les choses puissent apparaître empiriquement. Dans les écrits de Hegel lui-même, l'esprit décisionnaire est partout et commande de haut : que le langage et la logique lui opposent une résistance, il leur passe sur le corps. L'erreur de Hegel, comme le professeur Royce le dit si bien, « ne consistait pas à faire pénétrer la logique dans la passion », ainsi qu'on l'en accuse quelquefois, « mais à concevoir la logique de la passion comme la seule logique... Par là, il est suggestif, dit Royce; mais il ne donne jamais rien de définitif. Son système en tant que système s'est émietté; tandis que

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sa conceplion vitale de notre vie subsiste à

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Cette conception vitale, nous l'avons déjà vue. Elle consiste en ce que les choses réelles, en un sens, ne sont pas simplement elles-mêmes, tout sec; mais comportent d'être d'une façon moins rigoureuse considérées comme étant aussi leurs propres contradictoires. La logique ordinaire n'admettant pas cela, il faut la dépasser. La logique ordinaire n'admet pas cela, parce qu'elle substitue des concepts aux choses réelles et que les concepts sont bien eux-mêmes tout sec et sans plus. Ce que Royce appelle le système de Hegel consiste dans l'efTort fait par Hegel pour nous convaincre que tout son travail s'exécutait par des concepts, et, qu a les moudre jusqu'à épuisement de leur contenu, il en tirait une logique supérieure ; — alors qu'en réalité, son expérience sensible, ses hypothèses et ses sentiments passionnés lui fournissaient tous les résultats qu'il obtenait.

Ce que je puis moi-même entendre par les choses qui sont leurs propres contradictoires, nous le verrons dans une prochaine leçon. Le moment est venu de considérer Fechner. Ce qu'il a d'épais, de substantiel, offre un contraste reposant avec cet aspect décharné, abstrait, indigent, famélique et comme râpé, avec cette allure sco-

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