‹ Philosophie de l'expérience [microform]Chapitre 40 sur 58 · VIS · texte numérisé non relu

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son exemple, on regarderait, non pas au-dessus de soi, mais au-dessous. Or, la philosophie, pensez-vous, ne se traîne pas à plat ventre au sein de l'expérience, en plein sable, en plein gravier, comme le veut ce bergsonisme qui jamais ne cherche à entrevoir les choses d'un peu haut. La philosophie, au contraire, s'.élève au-dessus de la réalité pour en avoir la vision. Elle ne se borne pas à percevoir le détail des choses: elle embrasse leur plan intelligible, leurs formes et leurs principes, leurs catégories et leurs lois, leur ordre et leur nécessité. Elle se place au point de vue supérieur de rarchitecte. Est-il concevable qu'elle doive jamais abandonner ce point de vue pour se laisser vivre dans le débraillé de la sensation immédiate? Que vous dirai-je? Sans parler de votre culte pour Aristote et Platon , qui est traditionnel à Oxford, il est probable que le levain déposé par Green y fermente encore trop puissamment pour que l'horreur du sensualisme puisse rapidement y décliner. Certes, plus que personne, Green a vu que toute connaissance relative aux choses était une connaissance portant sur leurs relations; mais rien ne pouvait le convaincre que notre vie sensationnelle pût rien contenir qui donnât une relation quelconque. Il appliquait aux sensations la méthode intellectualiste dans toute sa rigueur ; et, pour lui, ce que la définition de la sensation ne renfermait pas expressément, la sensation même

LA CONTINUITÉ DE l'expÉRIENCE

devait l'exclure. Les sensations ne se définissant pas par l'idée de relation, Green pensait qu'en fin de compte elles ne pouvaient avoir de rapports entre elles que grâce à l'action sur elles exercée d'en haut par un esprit absolu, éternel, conscient de lui-même, partout présent là où des relations existent, mais demeurant étranger lui-môme à toute relation, a Une relation, dit-il, n'est pas rendue contingente par la contingence de la sensation. Sa permanence est la permanence même de la pensée unifiante qui seule peut l'établir par des comparaisons^ ».

En d'autres termes, les relations sont des objets purement conceptuels, et la vie de nos sensations, prises comme telles, ne saurait les mettre en relation les unes avec les autres. La sensation pure, écrit Green, est fugitive, momentanée, impossible à nommer, puisqu'à l'instant même où elle reçoit un nom, elle est déjà devenue autre chose. Pour la même raison, elle est inconnaissable : elle est même la négation de toute connaissance possible. S'il n'existait pas des objets posés d'une façon permanente par nos concepts et auxquels nous puissions rapporter nos sensations, il n'y aurait pas de noms ayant un sens, mais seulement des bruits, et un sensualisme conséquent avec luimême devrait être muet^.

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