Ibid. pp. 16, 21, 36, et passim
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rillLOSOPHlE DE l'fAPÉRIENCE
L'intellectualisme de Green avait un tel accent <ie conviction qu'il ne pouvait manquer d'avoir de récho. Mais ces sensations conçues par lui comme pareilles à des atomes sans rapports entre eux, n'étaient que des fictions de son imagination intellectualiste. Notre psychologie d'aujourd'hui les répudie absolument*. Green nous fait peine, quand nous le voyons se donner tant de mal pour malmener le pauvre vieux Locke, - et cela faute d'avoir soupçonné que, s'il y avait quelque chose d'inacceptable, c'était justement sa propre manière de concevoir la sensation, comme aussi faute d'avoir su trouver un autre refuge, un autre remède, que fcon idéalisme transcendantal !
A examiner concrètement la vie sensible, il est impossible de ne pas voir ,que les relations de toute sorte : temps, espace, différence, ressemblance, changement, mesure, cause, etc., font partie intégrante du fiux des sensations tout autant que les sensations elles-mêmes; et pareillement impossible de ne pas voir que les relations conjonctives font partie de ce flux tout aussi réellement que les relations disjonclives^. C'est la
1 Vnvpz entre autres, le chapitre sur le « Stream of Thoulhn 'dans ma Psyc^o/o,ie; H. ConNÉuus, Psycholoo^e m7 ch. I et in ; G. H. Luquet, Idées générales de Psycko^
^Tcî^L^:^":iuestion, un -icle d^ 'auteu^ inUt^^^^ LemondedeVcxpérience pure clans le Journa/ ofîhiloso rhy. New-Vork, vol. 1, pp. 533, o6i (190o).
LA CONTINUITE DE L EXPERIENCE
ce que, dans certaines de mes dernières publications, j'ai appelé « l'empirisme radical », pour le distinguer de cette doctrine des atomes psychologiques que suggère si souvent le mot empirisme.
Les objections de l'intellectualisme portent principalement sur ce point que les sensations apparaissent comme disjointes, et non pas autrement. D'après l'empirisme radical, les conjonctions qui les unissent ne sont pas données moins immédiatement que les disjonctions; et, disjonctive ou conjonctive, une relation, prise à sa source, c'est-àdire dans les données sensibles, est tout aussi fugitive et momentanée, tout aussi « particulière », pour parler comme Green, que les sensations ainsi qualifiées par lui. Plus tard, sensations et relations deviennent des idées générales, des concepts exprimés par des noms*. Mais tout ce qu'il y a de profond, de « substantiel » , de concret et d'individuel dans Texpérience, on le trouve dans les premières données immédiates non encore exprimées par aucun nom, ou à peine. Et c'est sur la richesse de l'expérience à son premier stade, comme sur l'impuissance de nos concepts à l'égaler jamais,
1. La tentative faite par Green pour discréditer les sensations en alléguant leur a mutisme », c'est-à-dire le fait qu'à la différence des concepts, elles ne se présentent pas accompagnées de noms, — cette tentative montre seulement à quel point l'intellectualisme est dominé par le verbalisme. Innommé apparaît chez Green comme synonyme d'irréel.
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PHILOSOPHIE DE L*EXIÉRIENC8
LA CONTINUITE DE L EXPERIENCE
que le professeur Bergson nous invite avec tant de force à fixer notre attention.
Maintenant nous allons, et j'en suis bien aise, pouvoir commencer à rattacher ensemble quelquesuns des fils épars de notre argumentation, et à voir un peu mieux vers quelle conclusion générale nous tendons. Veuillez vous rappeler ce que j'ai dit dans mon avant-dernière leçon sur la difficulté de comprendre comment se fait la synthèse des états de conscience. Qu'il s'agisse, en psychologie, de savoir comment certains états de conscience définis peuvent se former à même d'autres états définis, plus élémentaires; ou qu'il s'agisse, en métaphysique, de savoir comment l'esprit absolu se forme, en général, à même les esprits finis, la difficulté restait la même. Telle est toujours, en effet, la difficulté que soulève le conceptualisme : une chose ne saurait être identique à plusieurs autres, que celles-ci soient données ensemble ou successivement, car les concepts abstraits d'unité et de pluralité doivent nécessairement s'exclure l'un l'autre. Dans l'exemple particulier qui nous a retenus si longuement, le soliveau unique est la forme tout, la forme collective de Texpérience; les multiples porteurs successifs sont les formes chaque ou les formes individuelles de la même expérience en vous et en moi. Pour juger identiques entre elles ces deux sortes de formes, il faudrait les considérer comme si chacune
d'elles était en même temps son « propre autre »; et c'est là un tour de force rendu impossible par les principes du conceptualisme.
En adoptant, au contraire, comme principe d'aller voir ce qu'il y a derrière la fonction conceptuelle, d'aller chercher dans le flux primitif de la vie sensible le véritable aspect de la réalité, une issue s'ouvre devant nous, ainsi que j'ai essayé de le montrer dans ma dernière leçon. Non seulement l'absolu est son « propre autre »; mais les moindres parcelles de notre expérience immédiate sont « leurs propres autres », pour employer l'expression hégélienne. Les pulsations concrètes de l'expérience n'apparaissent nullement comme parquées dans les limites déterminées où se trouvent enfermés les concepts que nous leurs substituons. Elles courent se jeter les unes dans les autres et semblent se pénétrer mutuellement, sans aucune solution de continuité. Ce qui en elles est relation se distingue malaisément des termes mis en relation. Il n'en est pas une que vous éprouviez intérieurement comme simple, et il n'y en a pas deux dont vous sentiez qu'elles se rencontrent sans aucunement se confondre. Pas une seule donnée, si minime soit-elle, qui n'offre ce mystère, si mystère il y a. La plus infime de nos impressions se présente comme ayant une première phase et une phase ultérieure qui forment un processus continu dont nous avons le sentiment.
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PUILOSOPHIE DE L EXPEIIIENCB
M. Shadworth Hodgson a montré, il y a longtemps, que le moment présent n'existe littéralement pas, si ce n'est à titre de postulat abstrait sans réalité*. Le moment rjui passe n'est, comme je vous l'ai déjà rappelé, qu'un fait réduit à sa plus simple expression, impliquant « Tapparilion d'une différence » en lui aussi bien qu'en dehors de lui. Si nous ne percevons pas à la fois le passé et le présent dans un seul et unique champ de conscience, nous ne les sentons pas du tout.
Nous rencontrons de même l'unité dans la multiplicité pour les données remplissant le temps qui passe. La vie de notre pensée a toujours comme trait distinclif l'élan dont elle se porte au delà des contours où elle s'effrange, pour ainsi dire. C'est une vie qu'on se représente, dans sa réalité, comme celle d'une chose en équilibre toujours instable; quelque chose à l'état de transition; quelque chose qui jaillit de Tobscurité sous l'aspect d'une aurore, pour devenir cette pleine lumière que nous sentons être l'aurore elle-même, complètement épanouie. Au milieu môme de la continuité, notre expérience offre l'aspect du changement. « Oui, disons-nous devant la pleine lumière; voilà bien ce dont j'avais le sentiment. » FA quelle est notre impression devant l'aurore? 'X Non, disons-nous alors; ce n'est pas encore