‹ Philosophie de l'expérience [microform]Chapitre 47 sur 58 · Appliquez cela à l'exemple du « livre-sur-la-tablc · texte numérisé non relu

Appliquez cela à l'exemple du « livre-sur-la-tablc

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Jiquer pour une faculté mutilée et amputée à ce point, le droit de régenter absolument la pensée philosophique; et pourquoi taxer d'irrationalité le monde de l'expérience tout entier?

Il est vrai que M. Bradley attribue ailleurs à l'intellect un proprius motus de transition, tout en disant que quand il cherche ces transitions dans les particularités de l'expérience concrète, il est (( incapable de vérifier une telle solution » (p. 569). Cependant il n'explique jamais ce que pourraient bien être ces transitions intellectuelles, dans le cas où elles se produiraient en nous. Il ne les définit que d'une façon négative : elles ne sont point spatiales, ni temporelles, ni attributives, ni causales ; elles ne sont pas sérielles, que ce soit qualitativement ou d'une autre façon, ni « aucunement « relatives à la manière naïve dont nous établissons ces relations, car les relations séparent les termes et ont elles-mêmes besoin d'autres relations pour être accrochées les unes aux autres, à l'infini.

Où M. Bradley approche le plus de la description d'une transition vraiment intellectuelle, c'est quand il parle de A et de B comme étant « unis, parce que leur union résulte, pour chacun d'eux, de sa propre nature et aussi de la nature du tout dans lequel se fait cette union » (p. 570). Or voilà, n'en déplaise à M. Bradley, quelque chose de délicieusement analogue au fait de « prendre en bloc », sinon « d'immerger en bloc »,à la manière d'un morceau de sucre, « tout un agrégat de particules » ; et voilà qui ne fait pas penser à autre chose qu'à ce flux complexe et si abondant sans cesse offert par l'expérience pure, comme, par exemple, lorsque « de l'espace », « du blanc » et « du doux » se trouvent avoir pour confluent un « morceau de sucre » ou lorsque des sensations kinesthésiques, des sensations cutanées et des scnsati(» <? visuelles ont pour confluent « ma main ». Tout

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ce que je puis reconnaître et admettre dans les transitions que Tentendement de M. Bradley postule comme constituant son mouvement propre, c'est une réminiscence de ces liaisons sensibles ou des autres liaisons du même genre, telles que les liaisons spatiales ; mais une réminiscence si vague que les données originelles en sont impossibles à distinguer.

En somme. Bradley répète la fable du chien et de l'os dont l'image se reflète dans l'eau. En présence d'un monde d'objets particuliers qui vous sont donnés comme formant l'union la plus adorable; en présence d'un monde aux connexions offrant une variété définie en ce qu'elles apparaissent comme nettement définies dans leur variété même ; en présence d'un monde dont le » comment » vous est intelligible dès le moment où ces connexions se perçoivent à titre de fait accompli*, puisque le comment n'est rien en dehors des éléments constitutifs du fait lui-même : alors que tout cela, dis-je, est donné à M. Bradley dans l'expérience pure, il exige qu'on effectue dans l'abstrait je ne sais quelle mystérieuse union qui, s'il l'obtenait, ne serait qu'un duplicata de celle que l'expérience lui fournit toute faite! Vraiment, il abuse du privilège, que la société ne nous conteste pas, à nous autres philosophes, de voir des énigmes partout I

Toute cette polémique est bien déplaisante; mais, si je m'abstenais de défendre mon empirisme radical contre le plus réputé de ses adversaires, une telle abstention me ferait passer pour un esprit superficiel, ou bien elle serait regardée comme un aveu d'impuissance, à l'heure

1. La question du «pourquoi» et la question de 1' « origine » sont de toutes autres questions, et ce n'est pas d'elle» qu'il s'agit en ce moment, si je comprends bien M Bradley. Il ne s'agit pas de savoir comment naît l'expérience : l'énigme à résoudre, c'est de savoir comment l'expérience se trouve être ce qu'elle est, une fois née.

Où S'affirme presque partout la suprématie de l'absolutisme.

Ma conclusion est que la dialectique de M. Bradley n'a pas infirmé le moins du monde la croyance ordinaire aux connexions faisant du monde sensible un monde si divers et si cohérent tout à la fois. J'ajoute que sa diaectique, en particulier, laisse subsister une théorie de la connaissance fondée sur l'expérience : il nous reste permis de continuer à croire avec le sens commun que SI 1 on juge valablement qu'un certain objet est eff-ectivement connu d'un certain sujet, il sera connaissable pour plusieurs.

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