‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 100 sur 132 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DESCRIPTION DES PEUPLES QUI HABITENT l'aSIE.

Gomme il est vraisemblable que c*est dans cette partie du monde que se trouve le berceau du genre humain, on est tenté d'y chercher la plus belle race. Vaine illusion! On connaît les Kalmouks et les Mongols : taille moyenne, figure plate, barbe peu fournie, la couleur brune du climat du nord ; ils se font encore remarquer par la cavité de l'œil s'abaissant à partir du nez et mollement remplie : les sourcils sont minces, noirs, à peine arqués, le nez est petit, écrasé, trop large vers le front , les oreilles sont grandes et s'écartent de la tête, les jambes et les cuisses sont tordues, la denture est blanche et forte ce qui avec le reste de la figure les fait ressembler à des bêtes parmi les hommes. — Mais quelle cause assigner à cette organisation? et d'abord la difformité des genoux et des jambes est le résultat de leurs habitudes. Dès leur enfance ils se traînent sur la terre ou bien ils se suspendent à cheval. Ils passent leur vie soit assis, soit à cheval et là seule position qui puisse donner au pied ses proportions belles et régulières, la marche leur est

entièrement inconnue, même pour quelques pas. Leur manière de vivre n'a-t-elle pas eu encore d'autres conséquences sur leur organisation? L'oreille écartée à la manière des bêtes, toujours tendue, toujours attentive, l'œil petit et perçant, qui découvre au loin la moindre fumée et la plus petite poussière, le dent blanche et proéminente comme celle des rongeurs, l'épaisseur du cou surmonté d'une tête inclinée, tout ces traits ne sont-ce pas des témoignages des caractères propres de leur manière d'être? Ajoutons encore, suivant la remarque de Pallas, que leurs enfants conservent souvent jusqu'à l'âge de 10 ans une figure informe, bouflBe, et une apparence chétive ; c'est alors seulement que les membres commencent à se développer : remarquons qu'une grande étendue de ces contrées ne reçoit jamais de pluie et manque presque absolument d'eau pure; n'oublions pas non plus que le bain reste pour ces peuples une chose à peu près inconnue : leurs lacs, leurs marais, leur sol même renferment du sel; Ils aiment à retrouver le goût de cette matière dans leurs aliments et même dans les flots de thé chaud qu'ils absorbent chaque jour au grand détriment de leur constitution. Ajoutons qu'au niveau oh ils habitent Tair est plus rare, les vents secs, qu'il y a là des émanations acides, que l'hiver se passe à regarder la neige, enfermés qu'ils sont dans leurs buttés au milieu de la fumée, et puis encore une foule de circonstances accessoires : n'est-il pas probable qu'à mille ans en arrière, alors peut-être que plusieurs de ces causes agissaient avec beaucoup plus d'efficacité, leur organisation se soit formée sous l'effîpire des circonstances extérieures et soit devenue héréditaire. Rien n'est plus propre à donner de l'activité à notre corps et à lui donner plus de nerf et de vigueur que l'habitude de se hkigner dans l'eau pure, la marche, la course, la lutte et les autfes exercices. Rien n'affaiblit autant le corps que la boisson chaude qu'ils aviilent sans mesure, et que de plus ils assaisonneat de

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sete €)austiques et astringents. — De lui, suivant la remarque (te Pallas, la taille faible, féminine des Mongols et des Sursis ; 5 au 6 d'entre eux, en réunissant toutes leurs forces, n'arrive^ raient pas à faire Tœuvre d'un seul Russe ; de là encore la remarquable légèreté de leur corps qui semblent ne faire qu'un avec leurs chevaux pour voler et voltiger ; de là encore cet état maladifest devenu l'héritage de leurs enfants. Quelques tribus tMares des frontières naissent avec les caractères du type mongol, mais ils les perdent en grandissant : c'est ce qui prouve que le climat est pour beaucoup dans les causes dont l'effet sur la constitution des peuples se modifie suivant la manière de vivre et l'origine de ces mêmes peuples. Du croisement de Russes et deTatares avec les Mongols naissent de beaux enfïmts» tandis que s'ils s'unissent entre eux ils ne produiront que des enfitnts délicats et semblables à eux. Ici encore là nature est restée fidèle à sa méthode : des peuples nomades, sous ce ciel, sur cette partie de la terre, avec cette manière de vivre devaient arriver,

Am loin s'étendent des ramifications de cette l^mille ; où ces oiseaux de proie n'ont-ils pas pénétré? Plus d'une fbis ils se sont abattus triomphants sur une partie du monde. Ainsi, les Mongols se sont établis dans plusieurs contrées de l'Asie et ont relevé leur race par des croisements. Mais bien avant ces conquêtes, il y eut des émigrations de ces hautes régions dans les contrées voisines. C'est pourquoi probablement le côté oriental jusqu'au Kamchatka, et au delà du Thibet, dans toute la pénin^ siile de l'autre côté du Gange on rencontre des traces du type mongol. Examinons cette partie du monde qui présente plu-^ sieurs traits remarquables.

La plupart des dessins des Chinois nous ofiQrent des types mongols. Chez ces peuples, nous remarquions la difformité des pieds et des oreilles ; probablement que bous une civilisation

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primitive, ces mêmes défauts donnèrent lieu à la mutilation contre nature des pieds et des oreilles, habitude commune à plusieurs peuples de ces contrées. On avait honte de sa conformation, on voulait la modifier; mais on atteignit des parties qui, se soumettant aux changements, donnèrent lieu à une beauté repoussante. Les Chinois conservent encore, en tant que le comporte la grande diversité de leurs établissements et de leur manière de vivre, les caractères du type oriental qui se fait surtout remarquer sur les hauteurs habitées par les Mongols. La figure longue, les yeux petitlS et noirs, le nez écrasé, la barbe rare; à tout cela, un autre climat a seulement ajouté une taille plus arrondie et plus molle, et le goût chinois semble être le résultat d'organes mal réglés, comme leur gouvernement et leur culture intellectuelle sont empreints de despotisme et de dureté. Les Japonais, peuple de civilisation chinoise, mais probablement d*origine mongole, sont presque généralement mal formés : grosse tête, œil petit, nez camus, les joues plates, point de barbe, les jambes tordues. Leur forme de gouvernement, et leurs institutions sont pleines de dureté et accommodées à leur pays. Une troisième forme de despotisme règne dans le Thibet, dont le culte religieux s'étend au loin dans les steppes barbares.

La race orientale se prolonge de ce côté du Gange, comme les chaînes de montagnes dans la presqu'île, où les peuples sont descendus comme les montagnes. Si l'on en croit les voyageurs, le royaume d'Assden qui touche à la Tarlarie, se fait remarquer au nord surtout par les gottres, les nez plats. La parure informe des oreilles allongées, la nourriture grossière et la nudité dans un climat aussi tempéré dénotent la barbarie d'un peuplé grossier. Les Ârrakans avec leurs nez longuement ouverts, leurs fronts plats, leurs petits yeux et leurs oreilles qu'ils abaissent de force jusqu'aux épaules présentent égale-

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ment Taspect difforme des peuples orientaux. Les Birmans à Ava et Pegu détestent la barbe et n'en souffrent pas la moindre trace, pas plus que les Thibétains et les autres nations des hauteurs. Ils ne veulent pas perdre le signe tartare, même sous un climat plus riche. Gela se prolonge ainsi , malgré la diversité des climats et des peuples, jusqu'aux îles.

Il n'en est pas autrement vers le Nord, jusqu'aux Koriaks et aux Kamchatkins qui habitent les limites de la terre orientale. Le langage de ces derniers doit avoir encore quelques analogies avec celui des Chinois-Mongols, comme s'ils avaient été séparés anciennement de ces peuples, alors qu'ils ne connaissaient pas encore l'usage du fer : leur constitution ne dément pas encore leur climat. Leur chevelure est noire, leur figure large et flasque, leur nez et les yeux profondément enfoncés ; et nous retrouvons encore la tournure de leur esprit, en apparence extraordinaire pour ce climat froid et inhospitalier, en réalité conforme à ce même climat. Les Koriaks, les Tschuchtschi, les Ruriles et les insulaires encore plus éloignés sont, à mon avis, une transition insensible de la race mongole à la race américaine : et lorsque nous connaîtrons les rivages nord-ouest de cette dernière contrée, encore presque inexplorés, lorsque nous connaîtrons l'intérieur de Jeddo et toute la ligne qui s'étend au delà du Nouveau Mexique, contrées qui nous sont aussi étrangères que l'Afrique intérieure, je pense qu'avec le dernier voyage de Cook nous verrons bien des nuances se perdre et se confondre les unes dans les autres.

Telle est l'immense étendue occupée par la race orientale, en grande partie défigurée, mais partout plus ou moins. imberbe; la diversité des langues et des mœurs des nations montrent qu'elles n'ont pas toutes une seule et même origine. Quelle est donc la cause de leurs ressemblances? Par exemple, qu'est-ce qui a excité leur répulsion contre la barbe, qu'est-ce qui les a

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poussés à mutiler leurs oreilles, à percer leur nez et leurs lèvres? Je pense que la cause primitive doit se trouver dans une infirmité originaire, qui appela un art barbare lequel à son tour passa dans les mœurs des ancêtres. — L'abâtardissement des animaux se montre, avant qu'ils aient atteint leur taille, au poil et aux oreilles ; ensuite, plus bas vers les pieds, comme dans la figure, la saillie, le profil se modifient. Quant à la généalogie des peuples, lorsque les mœurs de ces peuples reculés, mais surtout lorsque les déviations de la physiologie des peuples auront été étudiées, nous pourrons aussi donner à ces questions des solutions plus solides. Et ne sera-ce pas Pallas^ si savant dans les matières ethnologiques, qui nous donnera le premier un specUegium anthropologicum.

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